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All Apologies

Avis sur In Utero

Avatar Angie_Eklespri
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Ça commence par un accord normal, ensuite ça fait : …nnnmMMmeuhwwwuhh ##...ouuuu h h h !? Un truc complètement dissonant. Je me suis dit : C’est quoi ça ? Et là, on a clairement deux options. Soit prendre l’album et le mettre directement à la poubelle, soit être piqué par la curiosité, et se dire : « Décidément, ce groupe cultive à fond son originalité. Augmentons le volume, et écoutons la suite.» Kurt Cobain et ses potes, « dégoutés » par le succès mondial de leur précédent album, décident de revenir aux origines de leur musique. Rock primaire, sale, ébauché à grands coups de hache, grunge. La voix du chanteur est inaudible, noyé dans la masse sonore, les gars sont aussi décomplexés qu’un jeune groupe plein de rage, prêt à tout, inconnu. Les textes incompréhensibles, le son sans chichis ou effets pour faire joli joli. Tout pour ne pas plaire. Alors pourquoi ça fonctionne ? Qu’est-ce qui sauve Nirvana ? Le compositeur du groupe a un talent inné de la mélodie qui tue. Il sait trouver les lignes qui touchent, et nous vont droit au cœur, quelque soit le contexte, même à grands coups d’accords à deux notes dans la tronche. L’ingénieur du son, qui a compris qu’une telle puissance de feu sera décuplée non pas par la surenchère des arrangements, mais par un minimalisme, et une sécheresse inattendu. Pas de lissage pour embellir, pour plaire aux radios et tout ça. Résultat : Heart Shape Box. Chant inspiré, refrain hurlant, solo maigrelet, retour du chant, accompagné d’un contrechant, lui plus planant, harmonisé. Mettre la chèvre et le chou dans le même sac. La rage et la caresse mélodique ensemble. Subtil et explosif comme le calme avant, ou après la tempête. Il faut admettre que ce groupe a un charisme monstrueux. Avec ce batteur qui envoie autant de bois, et ce bassiste tellement à l’unisson, qu’on a l’impression qu’il est tout seul, et non pas deux. Ça donne le tubesque, Rape Me (!) Il n’y avait que Nirvana pour la sortir celle-là. Dumb, ballade grunge avec violoncelle( ?). Pour moi, c’est un album rock, électro acoustique, tellement tout semble enregistré en direct, dans l’instant, sans intervention extérieure inutile, tous dans la même pièce, on met le bleu de chauffe, et on y va. On entend même le larsen (!!) sur Frances Farmer Will Have Her Revenge On Seattle, titre interminable, mais tout est hors format dans cet album. Incroyable qu’on ait laissé passer ça quand même ! Sacré Albini, il a tout compris derrière sa table de mixage. (Bon, il est vrai que quelqu’un est passé derrière lui, pour rendre l’album plus pop, propre (?) Faut pas déconner, il fallait que ça se vende quand-même), mais le principe était là. Le son est électrique, l’atmosphère moite et acoustique. Artisanal, amateur, fait exprès, grunge ? C’est tellement contrôlé et homogène que le son ne peut être aussi sale que voulut, mais c’était bien essayé. Ça donne Radio Friendly Unit Shifter, ou comment rendre intéressant un riff rock banal, voire mou. Il fallait le jeter par terre, lui faire sortir ses tripes. Et du sex, drug and rock classique ressort autre chose, la dépression d’une génération perdue, le grunge en somme.
Nirvana est pris à son propre piège, (le succès). Les compos sont trop soignées pour que ça ressemble au grunge du début. C’est devenu un groupe mature, reste l’esprit. Ça donne des morceaux comme Very Ape, rock rentre-dedans, mais très court(?), ou Milk It, un chant de désespéré, qui s’accroche, berceuse dans un silence bruyant, avec le solo de dernier de la classe qui s’impose. 100% grunge, ce solo. Pas besoin d’en faire des tonnes, il suffisait de faire ça. Un tableau fauviste brutal et contemporain, voilà la chose. Le désespoir transfiguré par un message générationnel stupide : Rape Me ! Message plus drôle que le nihiliste : I hate myself, and I wanna die. Invendable, et c’est pour ça que ça se vend. Un truc pareil devient une expérience extrême, plus qu’un simple album, et on met soit 1 ou 2, soit 9 ou 10 direct. Et pour ceux qui n’ont pas aimés : All Apologies.

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