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Joanne par Strangeman57

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Pour écrire cette chronique, je me suis retapé toute la discographie de Lady Gaga et... bordel, ce que les premiers albums ont pris comme coup de vieux ! Surtout "The Fame" du point de vue de la production... Je ne sais pas s'il en sera de même pour les productions numériques actuelles dans une dizaine d'années, nous n'avons pas encore le recul nécessaire pour en juger, mais celles de RedOne sonnent aujourd'hui pour la plupart déjà dépassées alors qu'elles ont à peine huit ans. (En comparaison, le Black Out de Britney sorti un an avant est bien au-dessus). J'avais tout de même de meilleurs souvenirs de tubes comme "Poker Face" mais en fait, ces souvenirs m'ont joué des tours. Heureusement, RedOne et la production se sont améliorés d'album en album. "Bad Romance" sort toujours du lot, paraissant comme le hit pop qui aura marqué la fin de la précédente décennie.

En 2011 sort "Born This Way", qui est sans doute la meilleure collection de morceaux pops et dansants proposée par l'américaine, aux arrangements toujours plus rugueux, excentriques et à l'apogée de ses gimmicks vocaux efficaces et délurés. Puis vint "Artpop", vécu comme une première déception par ses fans de la première heure. A force de vouloir en faire toujours plus, Gaga est tombée dans le trop ; une production trop pétaradante, tonitruante ; une énergie folle qui commence à être difficile à suivre et c'est dommage car à mon humble avis, il se trouve sur cet "Artpop" quelques unes de ses meilleures pièces (je pense à "G.U.Y" ou au titre éponyme). La belle s'étant brulée les ailes, une remise en question s'imposait.

Surtout que son histoire est bien connue, Stefani Joanne Angelina Germanotta a toujours reconnu avoir été prête à tout pour être célèbre (d'où le nom de ses trois premiers albums), d'avoir offert son âme à l'industrie du disque, son âme au mainstream. Maintenant qu'elle est une des stars les plus suivies du monde, il s'agirait de ne pas perdre la main et surtout, de se racheter une crédibilité artistique et musicale auprès de la critique. Du coup, ça fait un album avec Tony Bennett (que je n'ai pas pris la peine d'écouter, il s'auto-tribute bien trop souvent...) et ça sort ce Joanne trois ans après Artpop.

Alors total renouveau ? Pas forcément. Si vous êtes fans hardcore, vous savez que Gaga a déjà essayé de s'approprier des thèmes "country" sur des titres comme "Teeth" (sur "The Fame Monster") ou "Americano (sur "Born This Way"). Pas de grands dépaysements donc, surtout qu'elle use encore ici et là de techniques de compositions et de productions propres à la pop qu'elle a développé sur ses précédentes œuvres. Le single qui a lancé la machine "Perfect Illusion" en fait partie, ainsi que "Diamond Heart", "A-Yo" ou encore "John Wayne" et on arrive alors au premier gros problème soulevé par l'album : encore et toujours, la production !

Je tiens à préciser que je n'ai rien contre "Perfect Illusion", qui aurait pu être un excellent tube si le travail post-studio derrière n'avait pas été aussi faible. Et pourtant, c'est Mark Ronson aux manettes (et même Kevin Parker sur le single) ! Sauf que sur les morceaux pré-cités, ils semblent vouloir reproduire une patte "dansante" à la Gaga, et ils n'ont clairement pas la même prestance qu'un Madeon pour y arriver. Pour accompagner les exubérances de la demoiselle, il lui faut une production tout aussi exubérante, compressée et puissante, l'accompagnant dans sa folie, et non pas la laissant seule avec comme ça semble être le cas ici. Gaga chante comme au-dessus des arrangements, et ses musiciens, à côté.

Ce n'est pour rien que Josh Homme a été moqué pour sa participation à "Diamond Heart", le mélange entre professionnalisme rock et pop mainstream tombe parfois dans le ridicule... c'est le cas de "A-Yo" dont la performance au Saturnay Night Live a aussi beaucoup fait rire. D'un côté, tu as Ronson et son groupe qui jouent sérieusement, avec classe et au milieu, tu as Gaga qui nous sort une danse à la Cyrus en chantant "A-YO, A-YO, We smokin' 'em all" comme n'importe quelle pop star dérangée. Alors que sans ce passage aux mimiques trop appuyées, le morceau aurait pu être un peu plus convaincant, pareil pour les autres déjà cités.

Heureusement, l'album n'est pas entièrement dans cet entre-deux. Lady Gaga a aussi composé quelques ballades dans la pure tradition de l'Americana. Je pense surtout à l'éponyme "Jeanne", déjà considéré par beaucoup comme une des plus belles chansons de l'artiste. C'est dommage que les autres ballades ne soient pas aussi marquantes, mais au moins, là, la production fonctionne. Il en va de même pour le reste de l'album. Le côté pop perd de sa folie pour se ranger et convaincre enfin dans des airs qui ont de plus ou moins loin à voir avec la country. Mais comme pour la collaboration avec Florence Welch, les compositions ont beau être soignées, elles ne sont pas assez inspirées et novatrices pour marquer les esprits.

Par conséquent, on peut dire que Lady Gaga ne réussit qu'à moitié son retour, peut-être aussi parce qu'elle ne fait le travail qu'à moitié. Il suffit de lire les paroles pour constater qu'à part quelques passages, on est plus du côté de la pop mainstream habituelle que de celui d'un song-writing inspiré à la Neil Youg. Elle est sans doute encore trop sur ses gardes, ne voulant pas perdre son public de toujours d'un seul coup, préférant jouer la carte de la transition. Lorsqu'elle assumera totalement sa reconversion, elle pourra alors prétendre avoir sorti un bon album.

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