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Un paysage musical renversant.

Avis sur Kind of Blue

Avatar Ludwig Sylow
Critique publiée par le

Cet album n'a pas été simple d'accès. A vrai dire, en découvrant le jazz, il fut l'un des premiers que j'ai écouté. Je m'attendais à être bouleversé par mon écoute puisque tout le monde s'accordait à le hisser au rang de chef-d'oeuvre.

J'avoue avoir été très déçu à la première écoute, j'ai eu l'impression d'écouter un disque de jazz comme un autre. En fait, je n'avais pas compris la subtilité de l'oeuvre.

Quelques années plus tard, après avoir écouté plus de jazz, jouer plus de musique, j'ai relancé l'album. Sans vraiment savoir pourquoi, cette fois-ci la musique m'a profondément touché. Une véritable révélation, le son de cuivres superposé aux notes bleutées du pianiste, le swing des balais, le walking intransigeant du bassiste : tout me paraissant limpide.

Pour moi, l'explication à cette épiphanie est la suivante : en plus d'écouter et d'apprécier les arabesques de Bill Evans (mais aussi Wynton Kelly) ainsi que la délicatesse et l'inventivité des solistes, je pense qu'il faut essayer de jouer l'album (où tenter de chantonner si l'on ne pratique pas d'instrument). Cela me semble le meilleur moyen pour comprendre la subtilité des arrangements et la liberté accordée aux musiciens. Prenez le morceau que vous affectionnez le plus dans cet album et improvisez à la place des musiciens. Vous vous rendrez sans doute compte que l'exercice est assez difficile et qu'il faut déployer beaucoup de moyens pour obtenir quelque chose de convaincant.

C'est sans doute ce qui m'impressionne le plus dans cet enregistrement : se rendre compte de la musicalité et l'ambiance qu'ils arrivent chacun à créer alors qu'ils jouent sur les mêmes accords.

A titre d'exemple, sur "So what" la grille n'est composée que de seulement deux accords (grosso modo - même si le pianiste fait des variations autour). Cela ne laisse pas beaucoup de notes ou de structure sur lesquelles se reposer lors de l'improvisation (ceci étant une manifestation de la volonté de Miles : jouer du jazz modal). Pourtant si l'on écoute les différents solistes se succédant dans le morceau, ils ont tous une histoire différente à raconter. Chaque solo est empreint d'une teinte particulière et leurs couleurs se complètent mutuellement.

Peut-être faut-il trop de patience pour saisir l'ampleur de ce chef-d'oeuvre et je comprendrais que certains préfèreront passer leur chemin. Il n'empêche, le voyage proposé par ce quintet vaut le détour et mérite de traîner un peu en route pour observer ces magnifiques paysages musicaux.

P.S. J'ai une tendresse toute particulière envers le morceau "Blue in Green". A mes yeux, Bill Evans développe ses accords à la manière d'un peintre impressionniste et dessine une fresque remarquable, délicate et fragile sur laquelle Miles et Cannonball improvisent.

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