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Avis sur La fête est finie

Avatar GoldenBoy
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J'ai toujours eu beaucoup de sympathie envers Orelsan, au fond c'est lui qui m'a donné goût au rap et ses textes m'ont influencée à l'époque où je n'avais que 12 ans.
À l'annonce de La fête est finie, j'étais confiant, l'année dernière Orelsan avait réussi à prouver de belles choses avec un film réussi accompagnée d'une bande son de grande qualité.
Inutile de revenir sur l'ensemble de sa carrière: À mes yeux, Orel a toujours été doué et son succès est logique et mérité.

Venons-en à La fête est finie décrit comme la conclusion de sa trilogie commencée en 2009.
Une question s'est rapidement posée à l'écoute de l'album, étais-je encore la cible visée par Orelsan ? Parce que on va pas se mentir Le Chant des sirènes est un classique, mais ça ne l'empêche pas de cibler un audimat d’adolescents qui se retrouvent dans les textes d'Orel. Celui-ci incarne l' image de l'ado qui se sent en marge de ses contemporains, dégoûté par la société et qui s'éloigne de plus en plus de la froideur de la réalité au profit d'un monde imaginaire peuplé par les mangas, jeux vidéos...
Enfin je pense ne pas avoir été le seul.

Le point de vue a t-il changé ? Pas vraiment étant donné qu'on retrouve exactement les mêmes thèmes : Les (fin) de soirées, le rejet des meufs, sa ville, sentiment d'être perdu, la société, le fait d'être blanc... Si il avait encore quelque chose à en dire, pourquoi pas, mais là c'est de la redite et en déca de la qualité de l'écriture du Chants des sirènes. L'écriture d'Orel est trop limitée, elle se contente toujours de dire des choses superficielles (vérités générale,clichés...) sans chercher à questionner l'auditeur ou à l'inviter à une quelconque réflexion possible. Tout est dit noir sur blanc, banalité sur banalité.

[« Avant, j'avais peur d'être pas normal
Quand j'vois les gens normaux, j'suis fier d'être pas normal
[...]
J'voulais écrire pour les haineux, mais j'vais faire mieux
Écrire pour ceux qui m'aiment, eux »

Est ce par manque de talent ? par facilité ? ou est ce volontaire de toujours rester à la surface des choses, de rester simple dans ses écrits? J'ai l'impression que c'est plus un choix, on sent bien que l'intention d'Orel est de pouvoir parler à tout le monde.

"Mes nuits sont blanches, mes idées noires
C'est comme chaque fois qu'j'ai arrêté d'boire
Et qu'les journées sont plus qu'des gueules de bois »

Rien ne ressort vraiment de ses paroles, tout se suit, se ressemble, se mélange et fini par devenir un ensemble sans goût et sans saveur. Vide.
Orel n'a pas forcément grand chose à raconter, alors il oriente ses écrits vers des choix un peu douteux, dans Tout va bien, il a recours à un story telling décrivant, avec les grands violons, la vie d'un SDF, d'une femme battue et le monde de la guerre
( Et, si les bâtiments explosent, c'est pour fabriquer des étoiles).
C'est bien gentil Orel mais t'inquiètes pas tes petits poulains BigFlo et Oli nous fatiguent déjà avec leur regard dénonciateur et moralisateur sur la situation de notre monde. Chiant.
S’ensuit après une autre direction artistique douteuse avec  Défaite de famille, ici place au gros clichés de famille qui parleront à tout le monde et feront sourire Mr.tout le monde quand il reconnaîtra un membre de sa famille dans la description d'Orel. On se croirait dans l'ambiance gênante de  Qu'est ce qu'on a fait au bon dieu. Trop facile.

On retrouve aussi le vieux Orel avec ses morceaux concepts qui sont dans la continuité de Bloqué, comme Bonne Meuf, Basique,Christophe. C'est amusant mais c'est typiquement le genre de morceaux qui ne survivent pas à une seconde écoute et qui finiront par être oublié. Passable.

Par contre je suis obligé de reconnaître qu'au point de vu purement musical, Orel s'est amélioré.
Des mélodies intéressantes sont créées, j'ai ressenti une grande influence de Stromae dans la voix chantée prise par Orelsan sur certains morceaux. Et ça le réussit bien. Il est aidé par Skread, qui réussit à faire des prods old school en les remettant aux goûts du jour, il garde toujours une large palette de sonorité et permet à Orel de tenter des trucs plus ambitieux.
Et c'est peut être ses prises de risques qui me feront revoir mon avis sur l'album.
Dans cette logique j'ai trouvé intéressant les morceaux : La lumière, Quand est ce que ça s'arrête, Dans ma ville, On traine, La Pluie. Intéressant.

Quant à Notes pour trop tard, le morceau conclue idéalement l'album, et permet à l'album de ne pas souffrir de la comparaison avec le chef d’œuvre du Chant des sirènes, le très grand : Suicide Social.

En conclusion, il est encore trop tôt pour avoir un avis définitif, l'album doit encore mûrir, et passer le test important de la survie sur le long terme.
L'album à sa sortie a été bien reçu, tant mieux, même si ça ne me parle pas, c'est une bonne chose qu' Orel arrive encore à toucher son public, après 6 ans, c'était pas forcément une chose aisée.
Je regrette juste au final, un manque de fond criant qui ne permet pas à l'album d'être mémorable, les featurings qui sur papier auraient réellement pu apporter quelque chose à la construction de l'album mais qui finalement ne servent qu'à ajouter le nom de l'artiste à la tracklist.
Je garde une large préférence pour Le chant des sirènes, un album touche à tout, remplis de bonnes idées et où je trouve qu'il avait réussi à trouver le juste milieu dans son écriture, pas moralisant ou chiant comme peut être le rap conscient, et sans être trop basique afin que je puisse y retourner (très) souvent et toujours y trouver quelque chose à découvrir.

Au final dommage qu'Orel me trouve trop con, j'aurai bien aimé quelque chose de moins basique.

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