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"Ils n'étaient pas guerriers mais sont morts au combat"

Avis sur Le Manifeste – L’Oiseau Liberté

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Critique publiée par le

Contrairement à ce que j'avais fait avec ma critique du dernier album de Renaud, je ne vais ici pas faire une critique chanson par chanson, car justement cet album de Saez, à l'instar de Messina ou d'autres de ses albums, est réellement à prendre comme un ensemble. C'est un tout, toutes les chansons sont liées l'une à l'autre (c'est l'une des particularités de cet artiste).

Trois ans. Il aura fallu trois ans avant que le bougre ne donne un signe de vie, suite à sa disparition totale (comme toujours) après sa dernière tournée. Mais ça valait le coup d'attendre : un projet extrêmement ambitieux et totalement inédit en France intitulé "Le Manifeste" est annoncé le 16 juin 2016 par le biais du court-métrage "Ni dieu ni maître", introduisant ainsi "Le 21e art".. Un projet qui est en réalité un site internet (www.culturecontreculture.fr).. Un projet qui coûte à quiconque souhaite le suivre 60€. Très peu de détails au départ, mais un voyage artistique nous est promis.. On paye, on devient un "manifestant", et nous voici donc embarqués dans son projet durant depuis juillet 2016 et désormais prévu jusque Noël 2017. Au programme, de nombreux textes (surtout des poèmes, dont certains relativement longs) pour ce qui s'appellera L'acte I, des musiques (dont une, "La lutte", exclusivement disponible pour les manifestants).. Et, probablement, de très nombreuses choses à venir dans l'année qui arrive, telles que des photographies (artistiques), de possibles court-métrages, d'autres musiques, d'autres textes, etc.. Pour conclure cet Acte I est donc sorti l'album "L'oiseau liberté", deux jours avant la sortie officielle et gratuitement en streaming pour les manifestants là encore. En tant que grand fan du monsieur, je me suis donc rué dessus.

L'oiseau liberté endeuillé : poésie pure

Je dois avouer objectivement que ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux dans sa carrière, mais qu'en même temps c'était à prévoir étant donné le chef-d'œuvre poétique qu'est, par exemple, Messina. Cependant, cet album reste fort intéressant et vraiment beau, et surtout émouvant..
La première chanson est lancée, et on remarquera déjà un petit effet crescendo comme il en a tant l'habitude (c'est le cas dans la plupart de ses chansons), il commence doucement puis cela devient plus fort en terme d'intensité et surtout d'interprétation. D'ailleurs, déjà là, on sent dans une ou deux phrases que l'émotion l'emporte presque. Il nous offre sa belle vision du pays suite aux différents attentats, surtout celui du Bataclan (d'ailleurs, l'une des premières phrases indique qu'il a écrit ça en Novembre). Il écrit là principalement un hommage aux victimes, tout en peignant un peu l’image qu’il a de la société française, qui sera plus ou moins réaliste selon les avis de chacun.. Quoiqu’il en soit, que l’on partage ou non sa vision des choses, on sera obligés d’admettre que c’est merveilleusement écrit. On peut ne pas être d'accord sur le fond (ce qui n'est pas mon cas) mais admettre que la forme est remarquable, même si toujours assez sobre musicalement.
Puis la même remarque est à faire pour la chanson suivante, L'humaniste. Le tout restant très bien écrit. « Quels que soient les gouvernements qui font nos pays illettrés », ce genre de phrase anodine mais forte qui évoque et décrit bien la situation (avec ici une petite référence à la réforme sur l’orthographe, sans doute). Avec un prime une petite vision personnelle sur l’humain par le biais de vers tels que « Quelle que soit l’horreur incarnée des progrès de l’humanité ».
Ma chanson préférée reste sans doute celle qui donne son titre à l'album, "L'oiseau liberté". Absolument magnifique, une mélodie simple mais efficace, et des paroles débordantes de poésie et de vérité.. « Que se lèvent tous ceux qui ont le même dieu sur Terre, puisque le Dieu des Dieux oui, c’est d’aimer son frère ». Combattre la tyrannie. Chanson remplie d’espoir. Nous avons quelque chose que les terroristes n’ont pas : la culture, la liberté.. « On ne combat jamais mieux qu’en ouvrant un livre. Pour ceux-là fusillés, qui pour l’éternité resteront le symbole de notre liberté ».
L'album avance, et on se rend compte que le thème est le même pour toutes les chansons. On sen véritablement un court album poétique en hommage aux victimes des attentats. Un thème commun mais bien exploité, et qui offre des textes et une interprétation très touchants. Ce court album s'achève sur une septième chanson, "Le dernier disque", où l'on sent un Saez un peu dépassé par un monde/une société dans laquelle il ne se retrouve plus, à laquelle il ne s’identifie plus. Assez touchant, un bon petit retour rapide sur sa carrière.. Cela peut parfois paraître un peu prétentieux, ce qui peut déplaire, mais c’est un beau message qui annonce peut-être (chacun interprétera cela à sa manière) la fin de sa carrière après le manifeste (qui durera quand même encore un an, donc c’est loin d’être fini).. Ce qui peut expliquer un projet aussi majestueux pour finir en beauté !

Cet album est bon si on le prend comme un tout. Il me rappelle ce que l'artiste lui-même avait dit un jour en interview : selon lui, un album = une histoire à raconter. Ce qui explique que toutes ses chansons d'un même album ont le même style ou ont le même thème. Personnellement, je préfère un gars qui prend un thème et l’exploite jusqu’à la moelle qu’un gars qui survole tous les thèmes pour plaire à tous.

Acte II : l'oiseau s'envole

Puis ensuite, vient le "prélude à l'acte II" de son manifeste avec trois autres chansons.
Un vent différent, même si le thème revient un peu, cette fois c’est un peu plus centré la société, les réseaux sociaux, la politique.. Disons la société de manière générale, son évolution.
J'ai comme l’impression que "L'oiseau liberté" se centre sur lui-même, ses ressentis, les victimes, et la France de manière générale.. Puis avec ce prélude à l’acte II, il commence à parler un peu plus du monde, en parlant des guerres pour le pétrole, etc.. Comme si l’oiseau liberté partait de la France pour voyager à travers le monde. Du moins avec la première chanson « C’est la guerre ».
Avec « Mon terroriste », c’est moins le cas.. Il utilise un terme fort, toujours pour dénoncer ces mêmes personnes.. Une chanson qui me fait indirectement penser à son fameux « Embrasons-nous » qui avait tant fait parler, même si musicalement les deux chansons n’ont rien à voir. Toujours ses mots forts et ses expressions que certains disent vulgaires tels qu’ici «il taille des pipes à la finance ».. Encore une fois, on aime ou pas, mais quoi qu’il en soit c’est son style, et c’est plutôt cohérent avec ce qu’il fait en général. Que ses expressions soient vulgaires ou non, et que ça soit bien ou non, les images sont toujours bien trouvées c’est indéniable, et malgré tout cela ça reste très bien écrit. Musicalement différent, et même en terme de paroles on sent qu’il a voulu rendre hommage d’abord, puis cherche à passer à autre chose avec ce prélude à l’acte II, ce qui est de bonne augure pour les adhérants au manifeste.

On peut ne pas adhérer, et je ne dis pas que c’est l’artiste parfait, et qu’il faut à tout prix l’aimer.. Mais qu’il faut l’avouer, en terme d’écriture, sans pour moi sans aucun doute ce qu’on a de mieux en France actuellement. Ecoutez des chansons telles que « Chatillon-sur-Seine », « Putains vous m’aurez plus », « Les magnifiques » ou encore, pour rester dans le sujet de cette critique, « L’oiseau liberté », et dîtes-moi que ce mec n’est pas un poète.. Quand on entend toute la merde qu’on nous claque à la télé, dans les médias de manière générale, les artistes populaires d’aujourd’hui, et qu’on écoute ensuite un texte de Saez, on sent quand même une différence énorme, et ils sont peu les artistes à encore écrire comme ça de nos jours. On peut ne pas adhérer à sa façon de chanter, ou même sa musique, mais j’ai du mal à comprendre comment on peut critiquer son écriture, parfois un peu vulgaire mais toujours très fine et souvent si poétique, pleine d’images et d’émotions.

En conclusion, en ce qui concerne cet album.. Ce n’est pas un chef-d’œuvre, selon moi on est pas au niveau d’un Messina par exemple. Tout n’est pas parfait. Mais « L’oiseau liberté », dans un premier temps, est un excellent hommage aux victimes des attentats (la chanson « Les enfants paradis » restant à mes yeux le meilleur hommage à ce jour, tout artiste confondu). Certes, c’est un peu redondant, toutes les chansons traitent plus ou moins le même sujet, mais au moins ce thème est traité jusqu’au bout, en long, en large et en travers, il a dit tout ce qu’il avait à dire. C’est un petit album triste mais plein d’espoir (surtout la chanson qui donne son titre à l’album).. Puis viennent les trois chansons formant le prélude à l’acte II de son Manifeste. On part vers un registre musical un peu différent, l’oiseau liberté sort de la mélancolie pour commencer non pas à se révolter (pas encore, mais ça viendra certainement avec le temps, ne soyons pas pressés), mais à dénoncer un peu, comme sait le faire Saez, la société ou le pognon est devenu une divinité. On ne peut pas encore appeler ça une révolte, mais peut-être le prélude de la révolte à venir.

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papagubida a ajouté cet album à 1 liste Le Manifeste – L’Oiseau Liberté

  • Albums
    Pochette Messina

    Top albums : version longue

    Bon, je ne m'y connais pas autant en musique qu'en films, et je ne suis même pas sûr d'avoir écouté 100 albums.. Donc je peux...

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