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DEPUIS JE SUIS SOURD

Avis sur [Led Zeppelin IV]

Avatar Ramblinrose
Critique publiée par le

1988

17 ans. Je m'en souviens comme de mon premier baiser passionné, de ma première cuite, de mon premier coup de boule. A l'époque, j'écoute en boucle les trois meilleurs albums de l'histoire du rock'n'roll : Led Zeppelin I, II, III.

C'est donc avec empressement que je découvre le IV.

A 17 ans, on n'est pas sérieux comme le dit si bien Rimbaud.

Pourtant, il ne fallait pas me la raconter : Led Zep est le plus grand groupe de rock et pour moi, pas de concession. Pas question que les quatre british me servent la soupe, je les attends fermement au tournant.

D'abord pas de titre, juste quatre symboles runiques.
Il est où le dirigeable ? Planqué dans la photo encadrée d'un vieux plutôt bien fagoté sur un papier peint cradingue ?
Bref, comme pour tant de groupes de l'époque, cette quatrième galette valait-elle son pesant de deniers durement gagnés à laver la voiture de mon père ?

Riche d'un énième cd, que ma mère hurlait inutile, je n'ai pas ressentie une telle émotion depuis...

Pas le temps de m'appesantir sur mon sort que la voix de Plant me cherche les noises, ça sent la baston.
Chien noir. « Hey, hey Mam' said the way you move gonna make you sweat gonna make you groove ! »
La voix de Plant, tout seul, la guitare de Page, les tambours de Bonham et le groove inégalé de Jones. Plant puis Page. Echange supersonique où la guitare se fait écho de la voix. L'unisson vers le mur du son.
En fracas, le morceau se termine...

La langue pendante, je veux reprendre mon souffle et je suis repris de justesse par la deuxième lame de fond qui me cisaille en plein saut : «Rock'n'Roll » renvoie tous mes standarts dans les tiroirs.
A me demander si Led Zep n'a pas de compte à régler et s'il y a encore des coups à donner autant déclarer la guerre : « Battle of Evermore ».

Encore une fois Plant domine son sujet, il toise la chanteuse Sandy Denny qui bataille avec des armes inégales. Ce titre est la goupille d'une grenade.
« Stairway to heaven ». A côté, les escaliers de la Tour Eiffel, c'est une valse !
Do you remember ?
Tu parles, tout le monde s'en souvient. Toutes les nations ont besoin d'un hymne, Le rock en a rêvé, Led Zeppelin l'a fait.

« Misty Mountain Hop » est une incandescence, ça brûle de partout, les enceintes fument : un rythme lancinant, obsessionnel qui m'emporte bien au-delà des plus hauts sommets.

« Four Sticks », « Going to California », « When The Levee Breacks », ce n'est plus de la musique, c'est un volcan en irruption, la lave qui déferle sur mes tympans et me pétrifie à l'instant.

Me pétrifie toujours.

Me pétrifie encore.

2012

De toute ma discothèque, c'est l'album qui m'a le plus orienté dans mes choix musicaux. Le temps lui a donné du sens sans prendre un seul coup de vieux : les riffs scintillent comme la lame d'un cran d'arrêt, un soir de pleine lune.

Mon fils a 17 ans.
Quand lui et ses potes me piquent mes squeud de Led Zeppelin, je détourne le regard... Du moment qu'ils les écoutent bien fort.

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