Epanadiplose (ce titre n'a aucun sens mais il a bien appelé son album Lithopedion donc blc frr)

Avis sur Lithopédion

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Damso est un talent brut. Contrairement à certaines grosses pointures du rap fr actuel comme Nekfeu ou Lomepal, qui tiennent leur virtuosité surtout de leurs nombreuses années de travail et ont une approche très millimétrée de leur musique..

Damso, lui et d'autres rappeurs fr actuels tels que Vald et Fianso rappent beaucoup plus instinctivement. Certains repliqueront que Damso aussi a une tendance à la précision , avec les titres de ses albums prévus à l'avance, l'espèce de fil rouge qu'il essaie d'instaurer a travers sa discographie.. Mais ces éléments sont de l'ordre du discours tenu dans sa musique et de certains éléments superficiels sur la forme, donc rien à voir avec la musique en soi, c'est à dire ses placements, sa technique et de maniere plus générale sa façon de rapper..

Les avantages de ces talents bruts sont multiples. Tout d'abord ils sont capables d'une grande productivité car l'écriture est pour eux quelque chose de spontané, et ils sont capable de produire des chefs d'oeuvre de cette manière détachée (on se rappelle de Damso avec le formidable Ipséité, ou même Batterie Faible qui contenait également bcp de tueries). Par contre, ce genre de talent brut compense ces coups de génies par une certaine irrégularité, voire une incohérence qui peux s'exprimer sous différentes formes. Projets prétentieux et démesurés, paresse et redite artistique, de nombreux génies de cette trempe sont tombés dans dans une caricature d'eux mêmes, coincés entre leur identité propre et ce que le public attendait d'eux.. Et pour moi, malgré tout les atouts de ce projet, le diamant brut qu'est Damso est un peu tombé dans ces écueils...

L'album s'ouvre sur la fin du dernier album, ou Damso se retrouve dans une chambre d'hôpital suite au storytelling mindfuck de Une âme pour deux qui achevait Ipséité en beauté. Puis une intro, ou Damso gueule sur une prod aérienne et mélancolique avec un delivery qu'on ne lui connaît pas.. Bon pourquoi pas , il se livre, c'est une intro efficace. Dans l'élan de ce titre, arrive Festival de rêves , sur une instru encore plus éthérée ou il débite des lines évocatrices, vaguement poétiques, c'est plutôt bon mais on est toujours sur le même problème: pas grand chose à se mettre sous la dent lyricalement..

Et je dirais que c'est un peu le problème majeur de l'album, les trop nombreuses lacunes en écriture. En effet, si il y a quelques bons textes, il tombe quand même beaucoup trop ds certaines erreurs de débutant: Trop de lines interchangeable sans âme à base de "je fais du sale" "nwaar" qui sont plus efficaces depuis 2016, une tendance à l'autocaricature avec ses overdoses de gimmicks mais aussi la répétition de certains thèmes et flows, et surtout certaines chansons qui tournent en bouillie musicale, cest à dire un flow unique et des paroles incompréhensible noyées ds de l'autotune qui rendent le plus souvent le morceau sans identité et fade. Même si ça peut donner des bon trucs (Future, Young thug ou Jok'air pour citer un rappeur fr), cette méthode est très compliquée à maîtriser et elle est souvent réservé à des rappeurs aux textes pauvres, un comble pour le lyriciste qu'est Damso.

Un exemple parfait de cette ecriture faible est le morceau Smog qui avait été mis en ligne comme teaser de l'album. Alors la je sais pas ce qui lui a pris, peut être qu'il s'est dit que s'il balançait des gimmicks sans aucune cohérence sur une prod de Pyroman (qui pour rappel a pondu les deux plus gros tubes de rap fr en 2017), ça allait passer crème, et bah.. il a eu raison ce con parce que ça a l'air bien parti pour devenir un gros banger cette affaire. Mais artistiquement, c'est vraiment vide ,il lâche des punchlines de niveau 6eme "Si y a bien un truc que je sais faire, c'est niquer des mères" voire des phrases de remplissage sans aucun sens "c'est toujours Dams negro qu'importe c'est toujours Dams", le tout sur une prod lisse et aux jolis arrangements mais sans aucune signature musicale, à des kilomètres de Mwaka moon du même beatmaker. L'album contient d'autres sons oubliables à cause de ces même défauts comme Tard la night ou Meme Issue..

Je voulait aussi me prononcer sur un autre sujet à propos de cet album et du rap actuel en général: les instrus. En effet j'ai beaucoup entendu sur cet album que les prods étaient soi disant "plus travaillées", et le docu Au coeur du Lithopedion renforçait cette image qu'ils avaient une dream team de beatmakers. Perso je trouve que cette amélioration des prods est illusoire. Pour moi, c'est une idée, venant d'une certaine école de beatmaking des rappeurs US actuels comme Young thug ou Migos, école dont les Ikaz boi et Ponko sont les rejetons francophones (belges en l'occurrence). Cette idée veut que la richesse d'une instru se trouve dans la pureté du son et les petits arrangements, seulement comme je l'ai dit précédemment pour moi ce qui fait une bonne instru c'est avant tout une signature musicale, une boucle efficace et facilement identifiable tout en cachant une certaine complexité pour l'exemple le plus évident, voire des vraies variations rythmiques dans les meilleurs des cas. Je veux dire, malgré tout ce qu'on peut dire, si 2001 de Dr Dre a eu un tel succès d'estime c'est pas grâce à la pureté exceptionnelle du son, mais grâce aux boucles mythiques de Still Dre ou What's the différence. Bref dans cet album y a au final très peu de prods marquantes, rien qui arrive au niveau de J Respect R, Autotune, Graine de Sablier ou encore Kietu..

Mais bon malgré tout notre ami William n'a pas trop perdu la main et on a quand même le droit à du pur Damso avec des sons très réussis.

Julien, un morceau vaguement storytelling, pourra rappeler Une âme pour deux de par son côté glauque. Ici le son aborde le sujet de la pédophilie, très grosse prise de risque de s'attaquer a un tel sujet sans basculer dans de la complaisance, mais aussi totalement inédit dans le rap ou même la musique en général . Damso, qui semble naturel et dans son élément lorsqu' il s'agit d'aborder ce genre de sujets, s'en sort très bien et réussit à rendre le morceau presque émouvant.

On a aussi le morceau Feu de bois qui s'ouvre avec une magnifique démonstration technique à laquelle Damso ne nous avait pas forcément habitué, il enchaîne les multisyllabiques avec sérénité et fougue et entame un morceau introspectif et puissant ou la technique est irréprochable tout du long.

Le dernier gros highlight du projet est pour moi le morceau final, Ipséité.. Certes Damso retombe dans ses gimmicks faciles mais c'est vraiment la quintessence de ce style, un résumé synthétique de ce qu'il a pu faire dans sa courte carrière, et qui finit parfaitement l'album. Petite mention spéciale au virulent Baltringue a la fois réquisitoire contre les lâches qui le suce depuis qu'il a céper et les gens qui foutent rien de leur vie, au titre 60 années à la portée méditative conséquente, et aux très personnels Dis leurres et surtout William sur ses problème de couple et paternité qui achèvent de faire de cet album un projet solide.

Au final, cette semi déception est compensée par une chose. Certes, on peut prendre cela comme un ventre mou dans la discographie de Damso, après deux projets excellents.. Mais comme je l'ai dit au début de ma critique, ce mec a un recul fou sur sa carrière musicale, et a l'air de vouloir construire une discographie cohérente sous forme d'un long voyage musical et introspectif dans les tréfonds de son être..

Et pour moi c'est vraiment en ça que l'album trouve sa valeur. Après Batterie faible qui brillait par sa totale hétérogénéité, où le rappeur nous montrait l'étendue du spectre de son talent et de ses capacités, Ipséité qui était beaucoup plus homogène et contenait autant de chefs d'oeuvres que son prédécesseur, et celui ci, qui est encore plus à considérer comme un tout, à la production plus carrée mais moins inventive et de manière générale ayant une identité musicale, une ipséité plus faible pour reprendre ses termes.

On ne peut donc qu'espérer une évolution positive de renouvellement pour la suite de sa carrière, soit en allant vers une homogénéité plus maîtrisée, frisant avec l'album concept, soit un chemin toyalement différent qui sera une brique de plus dans l'édifice que Damso est en train de construire, qui a moyen de devenir un des plus marquants du rap francophone.. Ou Alors, ils s'enfoncera dans ses gimmicks en dépit du fond et de la créativité, et sombrera dans une autocaricature hyper balourde, comme d'autre talents brut taillés dans le même diamant que lui l'ont fait avant.

On lui souhaite un bon voyage en tout cas.

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