Le Flower Power trollé par des punks

Avis sur Love

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Love n’était pas destiné à une carrière garage comme énormément d'autres formations de l'époque. Le premier album contient déjà les prémisses de la fulgurance à venir. Au côté de pièces garage classiques comme Can't Explain ou My Flash On You viennent se greffer des ballades plus ambitieuses et personnelles. Lee semble toujours aussi traumatisé par la fin de sa première histoire d'amour, comme il le montre dans A Message To Pretty, morceau fragile qui est l'une des rares fois où Lee fait preuve de vulnérabilité. Une certaine vérité transparaît aussi dans Signed D.C., sur la métamorphose en junkie de l'ancien batteur Don Conka.

Quand Arthur Lee chante que son âme appartient au dealer, il n'est pas interdit de penser qu'il parle un peu de lui-même. Car déjà la drogue a une emprise sur la musique de Love, de la décharge nerveuse de My Little Red Book à la rêverie intoxiquée de Mushroom Clouds ou de Colored Balls. Arthur Lee reconnaît volontiers qu'il était probablement dans un état second quand il a écrit certaines paroles délirantes. Au studio d'enregistrement, l'atmosphère est embrumée, l'air pique les narines et les musiciens sont perpétuellement défoncés, à commencer par le leader, égaré au milieu des volutes de fumées cannabiques, confortable dans son trip solitaire. Il entretient avec le reste du monde un rapport froid et distant, donne des instructions techniques énigmatiques au reste du groupe qui n'a plus qu'à s'exécuter en espérant répondre aux attentes du roi Arthur. Le batteur Alban Pfisterer en particulier subira ses humeurs tordues, l'humiliation consistant à lui arracher les baguettes des mains pour enregistrer certaines parties à sa place.

Quand l'album sort en 1966 au mois de mars, Love s'élève directement au rang de groupe le plus prometteur de Los Angeles. C'est l'époque où le phénomène hippie se met à enfler, et Los Angeles en est le berceau. L'animosité qui règne au sein de Love n'en fait pas vraiment un exemple de Flower Power, mais le groupe se laisse séduire par les attraits d'un mouvement qu'ils incarnent malgré eux.

Extrait du podcast Graine de Violence - Love & Arthur Lee, la version complète dispo ici : http://www.chicane-magazine.com/2017/06/23/podcast-graine-de-violence-love-arthur-lee/

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