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Oui, j'écoute de la pop

Avis sur Melodrama

Avatar Stéphane_Prouvost
Critique publiée par le

Qu’est-ce que tu écoutes comme musique ? ” : voilà une question qui revient souvent et pour laquelle donner une réponse claire et concise m’est toujours difficile. Certes, j’ai développé avec les années une certaine zone de confort musicale qui fait que je m’intéresse principalement aux nouvelles sorties de la scène rock indépendante, mais j’essaye de me montrer le plus ouvert possible à différents types de musique. Cependant, il faut avouer que je reste assez fermé à tout ce qu’on pourrait englober sous le titre de musique « commerciale » ou « mainstream », ce qui signifie pour moi une musique bâclée, produite pour plaire aux radios et aux playlists Spotify, vite oubliable et qui ne transmet aucune passion. Il y a la musique commerciale que je n’aime vraiment pas, comme l’EDM (electronic dance music), et celle qui ne m’intéresse tout simplement pas, comme la pop mainstream, que l’on pourrait appeler musique de supermarché, ou de kebab, c’est selon. Ainsi donc, je n’ai jamais répondu “de la pop ”à la question posée ci-dessus.

Pourtant, il se trouve que c’est un album de pop mainstream que je vais chronique aujourd’hui. Pourquoi ? Tout simplement parce que c’est l’album que j’ai le plus écouté ces derniers mois. Et cela, jamais ne l’aurais imaginé au début de cette année.

De Lorde, je ne connaissais presque rien, j’étais juste familier avec son tube Royals, que j’avais entendu pour la première fois au Kebab Unik de Lille, ça se pose là. Je savais qu’elle était très jeune, qu’elle était un peu à part sur la scène pop grand public avec son look et sa voix atypiques, mais pas plus. Je n’en attendais donc pas grand-chose, et l’annonce de son album Melodrama ne m’a pas fait bondir de joie ni d’impatience.
Pourtant, il faut le reconnaître, le premier single Green Light, arrivé deux mois avant l’album complet, avait attiré mon attention. La voix de Lorde m’avait l’air plus affirmée, et cette petite séquence de piano très entraînante avait bien plu à mes oreilles.
Il y eut ensuite le traditionnel passage à Saturday Night Live, et c’est là l’interprétation du nouveau titre Liability qui a attiré mon attention. Un simple piano-voix, bien maîtrisé et touchant qui plus est, voilà bien une chose à laquelle je ne m’attendais pas de la part de Lorde.

Il y eut ensuite le 16 juin et la sortie de l’album Melodrama, qui suscita un immense engouement critique, même de la part des sites qui me sont chers et dont l’avis m’importe.
Tous les voyants étaient donc au vert pour que je donne au moins une chance à cet album, que je lui accorde une écoute complète. Celle-ci fut un peu distraite mais agréable grâce à une production variée et une interprétation vocale convaincante.
Arriva enfin le 23 juin, premier jour du festival Glastonbury, dont je regarde chaque année le plus de concerts possibles grâce aux retransmissions de la BBC. Après avoir admiré le concert de Radiohead, je me tourne vers Lorde et regarde sa prestation live. Et c’est là qu’arrive le coup de cœur.

C’est là que je me rends compte que sa musique est aux antipodes de cette musique fade et désincarnée dont je parlais. Je réalise que cette fille vit, ressent et partage sa musique d’une façon unique. C’est simple, voir Green Light en live m’a mis le sourire aux lèvres tandis que la prestation de Liability m’a rempli de frissons tant l’émotion était sincère. Depuis mon petit écran d’ordinateur, je devais reconnaître que se trouvait devant moi une artiste fascinante et je me décide donc de replonger de façon plus prononcée dans l’écoute de cet album.
Pour cela, il m’est essentiel d’en savoir plus sur Lorde elle-même. Je découvre alors Ella Yennich-O’Connor, une néo-zélandaise aux origines irlandaises et croates, qui n’a que 20 ans mais qui s’exprime en interview avec une maturité hors du commun. C’est un espèce d’ovni, dont la voix unique est troublante et attachante à la fois, et dont les propos sont tout autant mesurés que d’une rare sincérité. Une artiste qui est au très fait de son statut de célébrité mondiale mais qui n’a l’air de vivre que pour et par sa musique.

Au fil des écoutes, je me rends compte que cet album a représenté un travail monstrueux de la part de Lorde. Comme elle le confie en interview, chaque mot a été pensé et réfléchi, et il en est de même pour chaque note. L’album impressionne de par sa fluidité et sa diversité : il y a des tubes évidents (Green Light, Homemade Dynamite, Supercut), des expérimentations (The Louvre, Hard Feelings/Loveless) et des moments plus intimes (Liability, Writer In The Dark). L’album a cette force rare de s’adapter à de multiples contextes : moments de fête, de calme, de déprime, chacun y trouvera son compte.

Et il m’est impensable d’écrire sur cet album sans en souligner la qualité des paroles. Toutes les critiques remarquaient une immense progression en terme d’écriture de la part de Lorde, ce qui m’a donné envie d’y prêter attention. Il en résulte que je m’étais très rarement penché à ce point sur les paroles d’un album et sur les différentes interprétations que j’ai pu en trouver sur le net. Comme je l’évoquais plus haut, chaque mot a été pensé et réfléchit pour qu’il sonne le mieux possible, mais plus que cela, c’est brillamment écrit.
Melodrama est une sorte d’album concept qui décrit parallèlement le déroulé d’une soirée et le processus tumultueux qu’a vécu Lorde à la sortie de sa première rupture amoureuse. L’album se comprend le mieux en lisant chaque ligne attentivement et en suivant l’ordre des chansons. Il y a des lieux récurrents (les lieux de fête, les moyens de transport), des sentiments qui reviennent (la joie, la tristesse, la difficulté de trouver sa place, le besoin de se recentrer sur soi-même), et des moments de grâce. Des moments où la plume de Lorde se transcende et parvient à toucher une forme d’universalité tout en étant très intime. Elle parle ici de ce que c’est de grandir et d’apprendre à se connaître à notre époque, où les apparences sont reines, les faits et mouvements scrutés, et les émotions cachées. Personnellement, c’est bien les paroles de Liability et de Writer In The Dark qui m’ont le plus touché, mais ça dépend vraiment de l’appréciation et de l’expérience de chacun.
Ce qui est fort, c’est qu’un auditeur non averti pourra apprécier chaque chanson individuellement de par son côté pop très efficace, et que pour autant chaque écoute complète de l’album révèle davantage la cohérence narrative qui se cache derrière cet album. Lorde avait un témoignage à faire passer, une grande histoire à raconter, qu’elle a divisé en différentes petites histoires pleines de sincérité, agrémentées de lignes mémorables ici et là et transmises sans manières ni fioritures.

Cet album est donc un tour de force majeur de la part d’une artiste totale. Cet album me fascine et m’accompagnera pendant longtemps. Plus encore, il est bien la preuve qu’il est toujours possible d’être surpris par des artistes, même s’ils évoluent au sein d’un spectre musical qui semble bien éloigné du votre.
À mon avis, Lorde a changé la donne de la pop mainstream avec cet album, rien qu’entre termes d’esthétique, d’engagement et d’ambition. C’est un album qui, je l’espère, inspirera et décomplexera un nombre croissant d’artistes pop à venir et qui me permettra ainsi de répondre fièrement : “oui, j’écoute aussi de la pop”.

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