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Avis sur Never Mind the Bollocks Here’s the Sex Pistols

Avatar Arnaud Fioutieur
Critique publiée par le

On ne note pas un travail musical comme on note une copie de mathématiques.

Déjà que d'ordinaire il faut se déprendre du jugement des disques sous le seul angle du "C'est-bon/C'est-pas-bon", dans le cas de Never Mind the Bollocks, on se doit plus encore d'éviter le simpliste "J'aime/J'aime pas".

Considérez l'urinoir (Fountain, 1917) de Duchamp : il a très peu d'intérêt, artistiquement parlant (ou alors il faut accorder tout le crédit à la société de sanitaires qui l'a fabriqué !).
Toutefois, d'un point de vue esthétique (intention, démarche, réception), cet objet trivial fait figure de colossal jalon. D'Anchorage à Wellington et de Vladivostok à Montevideo, aucun professeur ou étudiant en histoire de l'art n'ignore le geste culotté accompli à New-York par un Français de 30 ans, au début du XXe siècle : bien moins pour le "travail" accompli, donc, que pour l'idée qui a présidé à cette... "création".

Dans le domaine qui est le sien, Never Mind the Bollocks constitue lui aussi une balise balaise. À ceci près que, contrairement à la paresseuse et blanche Fountain de faïence, le disque noir des Pistols, en plus de couver un projet incandescent, abrite un réel travail.
Travail qui, en plus d'être novateur (malgré la présence de quatre chansons déjà sorties en 'single'), était fiévreusement attendu. Le son volcanique de Rotten & Co. crachait ainsi un discours en fusion qui allaient tous deux embraser l'Angleterre (scandales, boycotts, procès, hold-up des charts...), balancer de joyeux pyroclastes à la gueule de tout le monde, répandre pour longtemps un magma fertile.

Pour se convaincre de l'impact de cette musique sur brûlis, il suffirait presque de constater à quel point les tons criards de la pochette de Never Mind~ sont devenus la marque d'un genre musical particulier (et même d'une attitude). Combien de fois ce code couleurs a-t-il été repris (et l'est encore) — livres, articles de presse, vêtements, accessoires... — dès lors qu'il s'agit d'évoquer le(s) punk(s) ou la contestation ?

Fin 1977, il y avait le sous-marin jaune des gentils Beatles. Il y aurait désormais la torpille rose/citron des fielleux Sex Pistols...

"The Pistols made totally unassailable and essential electric music that sounds jut as exciting and powerful today as it did over a decade (!) ago." (Ira A. Robbins, 1989 [!])

Il ne faut cependant pas pousser le bouchon contextuel trop loin.

Or, c'est ce que font les personnes cherchant coûte que coûte à disqualifier une musique et/ou un album qui leur déplai(sen)t et/ou dont ils refusent l'influence.
Les voilà qui évoquent le si détesté manager des Sex Pistols (Malcolm McLaren), moquent leur carrière-éclair, raillent les crêteux, pointent du doigt les excès et l'amateurisme de Sid Vicious*, fustigent une supposée soumission à l'industrie du disque, ironisent sur la farce punk, sur les punks à chiens...
D'autres, plus connaisseurs, tentent de minimiser la déflagration des Sex Pistols et de leur album en lorgnant la paternité du punk aux États-Unis (Stooges, New York Dolls, Ramones) ou sur les terres de Jeannot-le-Pourri, en relevant que The Damned ont sorti leur premier single et leur premier album avant les Sex Pistols.

On s'en contrefiche (d'ailleurs, dans le second cas, on pourra répliquer que les Pistols avaient déjà plusieurs concerts à leur actif avant que The Damned ne montent sur scène pour assurer la première partie d'un concert... des Sex Pistols).

Je fais partie de ceux qui préfèrent nettement les Stooges, les Ramones, les Damned (pas les New York Dolls). Pourtant, aucun de ces groupes n'a eu le phénoménal impact des Sex Pistols. S'ils sont autant révérés, ce n'est pas par quelque manipulation médiatique, quelque paresse journalistique, quelque psittacisme d'amateur ou d'affidé. Non, c'est tout bonnement parce que la réalité historique, factuelle, en a décidé ainsi.

Les Sex Pistols incarnent le punk et leur unique album en est l'étendard.
À notre guise, ensuite, d'agiter d'autre drapeaux (le Pink Flag de Wire, en ce qui me concerne)...

  • Sid Vicious n'a enregistré qu'un morceau, tout comme Glen Matlock (qui a par contre beaucoup composé). Les dix autres lignes de basse sont le travail de Steve Jones.
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