Du Cinéma sonore mais "à l'aveugle".

Avis sur Nous n'y trouvons que le doute

Avatar # YMC
Critique publiée par le

Intérieur - nuit...
...

Un long couloir froid et obscur qu'une faible lueur blafarde et vacillante, au loin, un simple point minuscule un plein centre du cadre, peine à éclairer...
On ne peut pas écouter Hors sujet comme on écoute communément de la musique... Non c'est avant tout, une expérience multi-sensorielle que nous propose Florent Paris, le one-man-band Toulousain qui se cache derrière cet énigmatique pseudo.

J'irai même plus loin... Les cinq sens sont ici sollicités, mais chacun d'entre-eux est en recherche de repère. Nous déambulons, le froid caresse nos chaires, nos doigts effleurent la paroi, rugueuse et affreusement humide. La résonance de l'endroit parait irréelle. Les gouttes suintant du bas plafond, semblent être plus pures que la meilleure eau minérale que l'on ait déjà goutée. Le climat est sombre, pas noir non, mais tellement sombre... L'atmosphère est lourde, pas pesante non, mais diablement labyrinthique. Florent n'est pas un musicien au sens commun du terme. Nous avons de la basse, de la guitare, de la batterie, quelques pianos, de la mandoline... Nous avons des notes, de longues nappes en Mi, ou en Sol... Nous avons des émotions véhiculées... oui mais nous avons peu de développements mélodiques en tant que tel. Et il est finalement assez évident que Florent, grand utilisateur de racks d'effets en tout genre, n'utilise pas ces gadgets pour agrémenter la musicalité de son instrument. C'est l'inverse. C'est bien le Pedal Board qui utilise les instruments pour prendre vie ! Et comme les machines n'ont pas encore pris le pouvoir, il faut quelqu'un derrière les pédales. Et il se trouve que ce "quelqu'un" sait manier ses outils à quatre membres. Pas étonnant pour un type qui a découvert la musique dans sa plus tendre enfance, derrière une batterie. L'un des rares instruments à coordonner bras et jambes dans un même élan.

L'album est assez OMNIesque. De quoi pourrait-on le rapprocher ? De manière assez évidente, c'est le diptyque Spirit of Eden/Laughing Stock (Talk Talk ndlr.) qui se rapproche le plus de l'univers de Florent. On peut ajouter d'autres références, comme Archive pour ne citer qu'eux... Et il n'est pas étonnant de retrouver le travail méticuleux de Hors Sujet sur des bandes originales de films tant l'atmosphère prime sur la mélodie. L'évocation iconographique se trouve bel et bien ailleurs que dans le champs du visuel.

Puisqu'on parle d'identité iconographique, il est intéressant de voir que l'ambiance véhiculée par cet opus peut être à la fois évocatrice de films fantastiques, de thriller psychologiques à la M.Night Shyamalan ou de froideur post-apocalyptique, (un après "folie nucléaire, ou un champs de bataille après la guerre). Je ne sais pourquoi, ma première écoute m'a fait penser à Braveheart, mais aussi à un dimanche matin de Février 2009 où je suis passé à Verdun... nulle âme qui vive par -15°, le climat était particulièrement dur (au propre comme au figuré), et cet album m'a ramené instantanément dans ce souvenir.

Nous n'y trouvons que le doute... C'est d'ailleurs une sorte d'allégorie de l'Humain. Qui ne doute pas n'est pas humain. Paradoxalement, la limpidité de ces 7 titres semble couler de source. Ne jamais revenir en arrière, avancer perpétuellement dans ce corridor sans se retourner, fixer ce point blanc si loin qui ne se rapproche ni ne s'éloigne à mesure que nous marchons lentement mais surement vers cet horizon indéfini.
C'est une véritable expérience d'écoute que nous propose Hors Sujet. A mesure du cheminement mental qui nous est proposé, on trouve quelques lueurs d'espoir. Le cauchemar vire par moment à l'onirisme le plus total, ce quand les ténèbres froides sont réchauffées par touches légères dans les aigus. Quelques arpèges de guitare, quelques accords de mandoline, quelques phrases chantées et l'effroi s'efface... pour mieux nous y replonger. Ainsi "Float", la fabuleuse seconde partie de "Vide, Vide" ou encore "Le souffle (Pt1)" sont des respirations nécessaires parcimonieusement placées dans un ensemble globalement plus obscur que clair. Et que dire de "Et maintenant, les ombres", une pièce de plus de 27 minutes globalisant à elle-seule l'intégralité de l'album. Il y a des ombres... donc suffisamment de lumière pour créer des découpes ! Ce que l'on croyait fantomatique est bien réel. Nos pupilles alors pleinement accoutumées au gris le plus sombre qui soit, distinguent les formes, les aspérités sans pour autant pouvoir les décrire, ni même les identifier. L'envoutement est total...
Ça s'arrête là. Ça pourrait continuer des heures encore.

On pourrait délirer encore et encore sur les métaphores que peuvent nous inspirer ce projet musical. Ce n'est pas utile. Chacun aura sa propre lecture. Certains détesteront, d'autres aimeront intensément. Mais le pire, serait de passer à côté, sans le voir, sans l'entendre, sans y prêter la moindre attention. Car quelque sentiment, positif ou négatif, que nous évoque cette heure d'écoute, il est indéniable que l'on n'en ressortira pas indemne. Et n'est-ce pas là l'essentiel quand il s'agit d'Art ?!...

https://horssujet.bandcamp.com/album/nous-ny-trouvons-que-le-doute

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 392 fois
Aucun vote pour le moment

# YMC a ajouté cet album à 1 liste Nous n'y trouvons que le doute

Autres actions de # YMC Nous n'y trouvons que le doute