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Un Grizzly dans un magasin de porcelaine.

Avis sur Painted Ruins

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Et si ces New-yorkais avaient signé là, le tout meilleur disque toutes catégories confondues de l'an 2017 ? Ed Droste et ses trois compères ont su repeindre sur les fragments encore debout d'une industrie musicale en ruines après le passage du rouleau compresseur des années 80. Il y a là l'audace, la créativité maligne, la profondeur, la puissance, la subtilité et la délicatesse. Tout-en-un. Superbement produit par son bassiste, Chris Taylor, ce Painted Ruins de Grizzly Bear est clairement touché par la grâce.

Expérience d'écoute à partager.

D'eux je ne sais que peu de choses, à part que j'avais adoré certains titres extraits de Shields (2012) et de Veckatimest (2009), chipés dans la discothèque de mon jeune frère. J'aimais bien la finesse de leurs climats en particulier. Sorte de de rock Old Shool perlé d’électro soft et de psychédélisme à la croisée des temps. Perché quelque-part entre Other Lives et Midlake. La scène américaine de la décennie actuelle offre nombre de bonnes choses.
Alors tout naturellement, ce vinyle sorti durant la période estivale était l'idéal cadeau à faire à celui qui, régulièrement, dépoussière mes références et influences ! Et puis... Et puis, pas eu le temps de l'écouter ensemble. Et, étonnement, je ne vais pas fureter sur les plateformes de streaming afin d'y jeter une oreille (j'en perds visiblement). Mais une fois la version digitale récupérée, mon broth' m'en envoie une copie (vive le MP3 et l'ADSL... et Merde à l'illégalité. Ce disque, je l'aurais un jour, je l'aurais...)!

On ne tombe pas sous le charme, non. C'est une claque incommensurable que l'on se prend dès lors que l'on presse Play. Plus encore que du temps où je me prenais en pleine poire l'arrangement intemporel de "Sleeping Ute" (première plage de Shields) , "Wasted Acres" m'a littéralement scotché à ma chaise de bureau. Habituellement, je lance la lecture (à niveau élevé, pardon aux voisins) , me cale peinard dans mon canap' et me laisse happer (ou pas). Là je n'ai pas le temps de gagner le confort du salon. Je fixe mon écran affichant la pochette du disque. Invité à l'extérieur ce soir là, je dois couper au bout d'une petite vingtaine de minutes, non sans avoir déplacer les fichiers sur la nécessaire clé des temps moderne (USB ndlr.), histoire d'habiller mon trajet des ces sonorités un peu neuves à mes esgourdes.
Rarement, je prends autant mon temps pour aller d'un point A à un point B. Chaque mesure, chaque plage sonore, chaque subtilité de l'arrangement est un véritable joyau brut. De l'or en barre. J'arrête là, survendre de la sorte pourrait être synonyme de maladive subjectivité. Non ?

2 892 secondes en ode à l'intemporalité.

Ce que Grizzly Bear fait à merveille (et depuis toujours) c'est puiser dans chaque époque de ces cinquante dernières années ce qu'elle a pu donner de meilleur tout en en occultant les dérives. On parle ici de son en particulier et de multiples microclimats assemblés puis passés au shaker de nos velus Grizzly. Painted Ruins est un bijou pour audiophile en mal d'émotions. Les lignes rythmiques et mélodiques sont parfaitement dosées entre impacts lourds des basses et batteries et légèreté fiévreuse des claviers, guitares, xylophones et autres glokenspiel. Aérien mais sans jamais se défaire de la gravité. En gros, les pieds bien sur terre, mais l'esprit virevoltant dans les nuages.
Et puis qu'est-ce qu'on aime ces sons de guitares au reverbs fin sixities... Et ces claviers tant mellotron seventies que Synth Pop eigties. Appelons-ça le 'Psyché-Déclic Post-Moderne'.

Quatre Grizzly hors du temps.

"Mais merde Quand sont-ils ?" dirait Emmett Brown à Marty McFly. Un disque qui a d'ailleurs pris son temps. Deux ans de sessions discontinues en studio, le tout après trois ans d'hibernation suite à la longue tournée de promotion de Shields. Ceci explique sans doute cela. Et puis quatre membres d'un même groupe, allant travailler chacun de leur côté, auprès d'artistes à influences multiples. Edward Droste émargeant auprès de Woodkid notamment. Saurions-nous définir la date de sortie de cet opus si l'on ne l'avait sous les yeux. Approximativement sans doute. Car ça fleure quand même le mastering actuel. Mais si l'on s'attache aux seuls arrangements, aux seuls sonorités de chaque élément, c'est peut-être chose plus délicate.

"...C'est le chaos... mais ça fonctionne..."

Dixit Daniel Rossen dans "Four Cypresses". Pour le moment dirons-nous. Le verbe et la thématique restent assez simples chez nos Oursons de Brooklyn. Là n'est pas l'essentiel. L'émotion est ailleurs. Dans les grains de voix, dans les développements mélodiques, dans les stratégies rythmiques dont les patterns rehaussent habilement les mélodies. "Aquarian" est sans doute le titre le plus référent de l'ensemble de l’œuvre du groupe. Il aurait tout aussi bien pu être sur l'opus précédent. Quand "Mourning sound" s'inscrit plus dans les sonorités très actuelles. Pas un hasard surement que ce titre ait été le second single. Et le reste du disque oscille entre les différentes tendances du moment. Mais pourtant jamais l'impression de surfer simplement sur des vagues. Subtils je vous dit.

And here we go again
I pick up a pen
I write your name down
With a sense of dread
Could see you for an hour
Conversation stalls
And after so long
There's nothing really there

Ça ne casse pas trois pattes à un canard cet extrait de "Neigbors" vous en conviendrez. Mais ça sonne sacrément bien une fois posé sur la musique. Et puis vous avez déjà analysé les textes de McCartney ? N'est pas Barrett, Cohen ou Dylan qui veut ! C'est pas pour autant que les anglo-saxons ont toujours su produire des bijoux. Même avec un vocabulaire sans fioritures.
Et que dire alors de "Glass Hillside" la plus psyché d'entre toutes (avec la peut-être plus dispensable "Sky took hold" quoi que... c'est discutable !) ? Que le chant principal soit assuré par Droste ou Rossen, les mots chantent et nous emportent dans leurs mélodies envoutantes. Non décidément, Grizzly Bear dépoussière l'histoire du rock avec tact et une finesse rares de nos jours.

Les tops en tout genre reconnaissent ce disque comme un majeur, mais ne le classent pas tel un sommet de 2017 (moins que ne le fut l'opus précédent en tout cas). Et bien moi j'ose. Et plutôt deux fois qu'une. Painted Ruins est un véritable incontournable. Mon dernier grand coup de cœur Rock à ce jour.

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