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"Le disque pop le plus progressif de tous les temps"

Avis sur Pet Sounds

Avatar Nicolas Dritsch
Critique publiée par le

Non l'affirmation n'est pas de moi, elle est juste en pleine page du Billboard et du New Musical Express de Juillet 66 pour présenter Pet Sounds.
Tout à l'heure j'échangeais avec un pote sur "Rate Your Music" suite à son excellente critique de l'objectivité en musique, l'album des garçons de la plage résonnait en fond et résonnait en même temps au fond de ma pensée :
Les gens les plus présomptueux et sûrs d'eux (quelque part les plus dangereux quand on imagine que dans leur monde il est inconcevable qu'ils aient tort) sont souvent ceux qui, comme les vainqueurs d'une guerre, arrivent à écrire ou réécrire l'Histoire.

Je ne suis pas attaché à la classification en musique mais pour Pet Sounds c'est le symbole qui m'interpelle, constater que le qualificatif "Progressive Pop" a disparu me fascine et me rappelle combien il est possible de réécrire l'histoire quand on a l'audace de se croire supérieur au commun des mortels.

En l’occurrence rapidement les critiques musicaux les plus vaniteux ont oublié leur rôle premier, à savoir donner leur avis de spécialiste SUBJECTIF.
Imaginant par je ne sais quel processus qu'écouter un grand nombre de disque et être lu par beaucoup d'amateurs pouvait effacer leur condition humaine, ils ont commencé à se lancer dans la mission assez banale de l'intégriste habité par le désir d'expliquer à l'autre qu'il est con de ne pas penser comme lui (et le soldat de dire en temps de guerre "L'ennemi est un abruti, il croit que c'est nous l'ennemi")

Ainsi l'Automne 73 marque un remarquable travail de sape de la part de quelques critiques comme Lester Bangs ou Chris Welch, fan de la première heure des musiques progressives, qui ne s’encombrent plus à donner leur avis, une affirmation péremptoire telle la sentence d'un juge suffira désormais à "critiquer" un disque progressif.
Le terme "prétentieux" devenant leur rengaine favorite, on peut constater que pour écrire d'un disque de Caravan que "le résultat est aussi concluant que les détritus de Deep Purple ou Barclay James Harvest" ou de Tubular Bells que c'est "une excellente musique de grande surface pour vendre du Mir Rose ou du Vapona" il faut s'y connaitre un minimum en prétention.

Le plus fascinant là dedans est qu'ils l'ont tellement répété qu'au final un consensus s'est installé, le terme progressif qui désignait à la base un phénomène dynamique et on ne peut plus représentatif d'une époque est devenu le symbole d'une musique froide, sans âme et aux valeurs bourgeoises.
Un carcan dans lequel on enfermait les groupes qui n’entraient plus dans les critères subjectifs des rédactions. A titre d'exemple la scène de Canterbury s'est vu affublée tardivement du fardeau progressif obligeant Sinclair et Hastings à presque s'excuser d'avoir osé faire de la musique dans une interview au Melody Maker...

D'autres ont eu la chance d'en être sortis par les pompiers de service (les mêmes qui avaient mis le feu), c'est ainsi que Pet Sounds, l'un des ferments les plus évidents du mouvement progressiste sera sauvé par des spécialistes qui trouveront des tangentes à cette spirale infernale.
Il est vrai que "Baroque Pop" permet de comprendre la portée qu'à eu l'album sur les artistes qui ont suivi bien mieux que le terme progressif.
En effet dans Pet Sounds on entend que Wilson a d'abord voulu rendre hommage à la musique de Couperin, Caccini et Monteverdi...ok j'arrête là l'ironie, mais les gars sans déconner c'est tellement insensé pour moi.

En quoi ce disque n'est pas une œuvre progressive? Je veux parler dans le sens initial du terme, celui qui avait une signification au moment où il a été utilisé, pas l'étiquette donnée par la suite.
Or un genre ne sert il pas justement à mieux appréhender le contexte d'un disque?
Y'a t'il un disque de Pop avant Pet Sounds qui utilise autant de timbres?
Quasi tous les titres mettent en avant des instruments extérieurs à la tradition du Rock. La clarinette de "You Still Believe in Me", le Hautbois de "Im' Waiting for the Day", l'Orgue de That's Not Me", le Cor Anglais de "God Only Knows"...Etc.
La plupart de ces instruments ne sont pas simplement utilisés comme arrangements mais se substituent aux habituels guitares, basse, batterie.

Une autre particularité de l'album est d'être constitué de morceaux qui sortent régulièrement du cycle habituel couplet-refrain,pont...
Enfin je ne ferai pas l'injure de parler d'harmonie aux qqs courageux qui seront arrivés jusqu'ici, je les inviterai simplement à écouter Caroline No, composition aux antipodes des canons de la pop de l'époque par sa mélodie et sa structure.

Pour conclure sur l'essentiel, la musique de Pet Sounds aussi innovante soit elle ne me procure que du plaisir intermittent, la quête de spiritualité de Brian Wilson, alors âgé de 23ans, ne suffit pas à effacer cette impression de disque "solitaire" voulant dépasser un peu vainement la créativité collective de Rubber Soul.

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