Vous ne trouvez pas les toutes dernières sorties ? C'est normal : on rencontre un petit problème avec la base de données Musique. Désolé du désagrément et merci pour votre patience. On revient vers vous dès que la cause du problème est réglée.

Tutoyer le sommet (et pécher par orgueil ?) !

Avis sur Pet Sounds

Avatar # YMC
Critique publiée par le

Il s’agit sans doute de l'un des plus incroyables objets musicaux que la Pop contemporaine ait façonné. Sans doute celui qui devrait, encore aujourd’hui, être étudié dans tous les conservatoires, toutes les écoles de musique du monde. Il n’est pas seulement le marqueur d’une époque, les sixties, ou l’une des trois pièces de la plus grande Battle de l’histoire de la Pop. Il synthétise probablement à lui seul l’état d’un Art, au milieu de la décennie, qui aura consacré la musique dans les franges populaires et non plus destinée à la seule élite. Et pourtant…

Brian en plein décalage.

...Et pourtant, le public n’aura pas suivi. L’avant-garde selon Brian Wilson n’aura pas bouleversé le monde comme les Beatles auront su le faire. On peut d’ailleurs s’interroger à ce sujet. Quelle différence entre ces deux monstres sacrés? Peut-être la localisation. S’imposer aux États-Unis, si vaste marché et culturellement sans doute plus « fermé », est peut-être plus délicat qu’en Grande Bretagne, où toutes les extravagances artistiques sont, à l’époque, autorisées et même vivement attendues.
Mais la vraie différence reste que le Fab’Four a fait évoluer sa musique album après album. Là où les Beach Boys ont d’abord surfé la même vague plusieurs disques durant, avant de se prendre Rubber Soul de plein fouet. Un Rubber Soul qu’ils découvrent dans sa version Capitol Records et donc amputé de ses titres les plus rock, "Drive My Car" en tête. Malgré cette version tronquée, Wilson reconnaitra dans ce disque du concurrent du vieux continent, le premier disque de Pop fonctionnant comme un tout. Il s’attèlera dès lors à la tâche dans le but d’en copier la conceptualisation et d’en surpasser la production. Les Beach Boys vont donc radicalement changer de délire dans le but de dépasser leurs collègues. Ou, devrions-nous dire, Brian Wilson va radicalement changer de délire ! La rupture avec leurs opus précédents aura sans doute été trop radicale. Pour leur public, au moins autant que pour les autres membres du groupe.

Brian et ses méandres.

C’est l’époque où Wilson se découvre une attirance pour les paradis artificiels. L’époque où les crises d’angoisse se font de plus en plus violentes. Hasard ou coïncidence (?!). D'un commun accord avec lui-même, il arrête les tournées et envoie son groupe les faire sans lui, notamment au Japon. Et c’est là qu’il élabore son chef-d’œuvre. Seul. Il y a fort à parier que ses acolytes ne l’auraient d’ailleurs pas laissé s’envoler si loin. On sait d’ailleurs que la réception du master de travail par les membres du clan, les a plutôt laissé circonspects. Voir même carrément décontenancé en ce qui concerne Mike Love. L’enthousiasme du compositeur les aura pourtant provisoirement convaincus. Mais le relatif échec en termes de ventes alimentera bientôt les premiers vrais différents entre les musiciens.

Méticuleusement, Brian enregistre avec des musiciens de studio (une soixantaine, sous le nom de The Wrecking Crew, tous réputés et certains travaillant en étroite collaboration avec Phil Spector). Laissant quelques rares petits espaces réservés dans le mixage pour quelques guitares et percussions pour ses frères, Carl et Dennis, et qu'ils enregistreront à leur retour du pays du soleil levant. Et ce sont la conception et l’interprétation vocale qui n’auront jamais été aussi poussés. Et quand on dit méticuleux… le merveilleux "Good Vibrations", aura été écarté de la tracklist parce que "pas encore suffisamment aboutit". Wilson dira que ce titre sortait trop du concept pour être adjoint à l’album. Il dira aussi, Pet Sounds n’est pas véritablement un album concept… Allez comprendre !... Il sonne en tout cas les ondes délicieuses se propagenant dans une dimension parallèle. Celle au cœur de laquelle évoluait alors Brian Wilson et, qui le chante d’ailleurs clairement sur "I Just Wasn’t Made For These Times".

Ne serait-ce pas merveilleux ?

Le travail sur les voix reste sans doute un sommet en la matière. Et le déroulé mélodique de la ligne principale est d’une gracieuse beauté sur le troisième single, "God Only Knows". Un bijou étincelant de grâce mélodique. Peut-être la plus belle chanson d’amour jamais écrite. Paul McCartney le dira en tout cas et, difficile de ne pas s’associer à cette analyse. Paroxysme de la collaboration Asher/Wilson (et de ce disque), puisque la mélodie somptueuse et jamais sirupeuse appuie le texte, peut-être comme jamais auparavant dans la Pop. A noter pourtant, que le groupe place "Wouldn’t It Be Nice" en Face B. Titre plus typique de l’œuvre produite par les Beach Boys jusqu'alors et qui aurait mérité la Face A, histoire d'établir le lien nécessaire à leur public. D’ailleurs les programmateurs ont davantage diffusé la face B à l’époque.
Avant de sombrer dans les méandres de son esprit et ses démons, Brian Wilson aura réussi son pari : réaliser le plus beau disque Rock de tous les temps. Un Rock Psychédélique et Baroque puisque quasi exclusivement conçu à partir d’une instrumentation orchestrale classique.
Paradoxe d'autant plus fort quand, la jolie "Caroline No", premier single à paraitre, deux mois avant que ne sorte le LP, se joue sur un tempo bien plus lent qu’à l’accoutumée. Et, de plus, une parution sous le nom du seul Brian Wilson qui plus est !

Un titre semble à part dans la tracklist. "Sloop John B" est un standard caribéen réarrangé par Wilson sous l'impulsion d’Al Jardine. Mais il datait de sessions antérieurs, et avait été mis de côté quand il s’est agit de bricoler, à la hâte, l’album de Noël 65…
Pour le reste, Pet Sounds affiche une vraie unité, bien plus flagrante que sur leur modèle, Rubber Soul. Un bloc mélodique inventif, une instrumentation audacieuse, une production parfaitement homogène, des chœurs comme personne n’en avait conçus, pas même les Beach Boys eux-même, du temps de leurs succès "plage, surf, filles et grosses bagnoles !".

Débarrassés de la superficialité relative d’adolescents 'attardés' des quartiers huppés de Los Angeles, Wilson et sa suite enchainent des chefs-d’œuvre, n'ayons pas peur des mots. "You Still Believe In Me", "I Know There’s An Answer", "I’m Waiting For The Day", "Don’t Talk (Put Your Head On My Shoulder)" … ou encore les instrumentaux, "Pet sounds" et "Let’s Go Away For Awhile"…
Le disque n'atteindra que péniblement la dixième place au Billboard et ne bénéficiera pas d'un réel regain d’intérêt quand, cet été là, (affolés par les déclaration de Lennon sur la popularité des Beatles plus grande que ne le serait celle de Jesus), les américains au puritanisme primaire, jusqu'ici Beatlmaniacs, brûleront leurs exemplaires des disques du Fab'Four en place publique !

Contrairement aux Beatles, dès 66, les Beach Boys profitent des bénéfices technologiques du huit pistes analogiques, permettant plus de confort de travail et une moindre dégradation due au 'Bouncing Down'. Wilson, inspiré de son mentor Phil Spector, se joue de l’expérimentation dite du Mur du Son, superposant les couches sans pour autant (et pour le coup contrairement à ce même mentor) sursaturer l’espace sonore. L’édition officielle est parue en Mono. Comme les Beatles, Wilson estimait que le placement de deux haut-parleurs dans une pièce, pas nécessairement ‘mathématiquement’ bien disposés, pouvait altérer le confort d’écoute. Et n’oublions pas non plus que Brian était totalement sourd d’une oreille. Un mixage stéréo était donc difficilement concevable pour lui. Pourtant, l’édition Stéréo apportera, sans doute, un vrai plus en terme de spatialisation, laissant d’autant plus de volupté à l’ensemble. Mais ce sont des oreilles d'aujourd'hui, déshabituées au simple Haut-parleur monophonique qui vous le confesse.

Brian sait qu'il y a une réponse ! Mais laquelle ?!).

Brian aura tout mis dans ce disque. Trop sans doute. Les Beatles répondront par deux fois au somptueux Pet Sounds, avec Revolver, puis Pepper... sans que Wilson n’arrive à répliquer. Derek Taylor attaché de Presse du groupe de Liverpool, commence à manager, à la fois, Les Byrds et les Beach Boys. Il s'agit d'une hypothèse mais, on peut imaginer que ce dernier ait fait passer des acetates non-finalisés des futurs morceaux des uns aux autres, stimulant un McCartney ravi de cette compétition mais plongeant Brian Wilson dans la dépression et le complexe d’infériorité. L’une des hypothèses également qui pourrait avoir mené à l’avortement du projet SMiLe et à la prise de pouvoir progressive de Mike Love dans le leadership des Beach Boys.

Et Brian Wilson ne s’en remettra jamais vraiment…

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 158 fois
2 apprécient

# YMC a ajouté cet album à 1 liste Pet Sounds

  • Albums
    Illustration Mes Albums Références...

    Mes Albums Références...

    Pas d'ordre particulier, ces albums ont traversé ma vie, à différentes périodes de celle-ci et me sont, du coup, incontournables.....

Autres actions de # YMC Pet Sounds