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Avis sur Play blessures

Avatar Frank Reich
Critique publiée par le

Play Blessures
Ovni du rock français,
monument oublié,
chansons torturées,
son défoncé.

Sorti en 1982, cet album d'Alain Bashung (le troisième en date) déboule et fait vraiment, vraiment mal. Le public ayant rencontré Bashung à la radio et à la TV sont déjà habitués aux "Gaby, oh Gaby" et autres "Vertiges de l'Amour".
Avec ce nouveau disque, Bashung surprend tout le monde, public et critique compris. L'album est incompris. En l'espace de vingt ans, de disque honni, Play Blessures devient le sommet de la carrière du chanteur français.

Surfant sur le succès des deux premiers disques, Bashung décide de s'adonner aux expérimentations musicales qui lui font tant envie. Après avoir participé à l'enregistrement de la bande son du Cimetière des Voitures de Fernando Arrabal aux côtés du groupe KGDD, il entre en studio avec eux et enregistre une grande partie des morceaux à l'arrache, sans paroles ni rien.
A cette même période, c'est Gainsbourg himself qui s'intéresse aux productions du jeune Bashung et aimerait travailler avec lui. Résultat : les chansons sont cosignées entre les deux maitres et sont emplie de noirceur; les thèmes tournent autour de la solitude, de la frustration, de la mort, de sexe et d'envies autodestructrices diverses...

Musicalement, c'est très froid. L'ajout des boites à rythmes et des claviers aux instruments rock traditionnels (guitare/basse/batterie), le tout condensé dans la reverb et l'écho sonne moite, chaud et glacé à la fois.
On tombe au fur et à mesure dans une spirale noire et instable, portée par la voix rauque et désincarnée d'Alain Bashung. Aucun morceau n'a la carrure d'un tube, les arrangements synthétiques et syncopés évoquent plus du Suicide que du Bashung. Pendant trente cinq minutes, les chansons s'enchainent et ne se ressemblent pas. En fait si, les arrangements se font échos sans arrêt et créent une homogénéité sur toute la durée du disque.
On démarre à fond la caisse sur "C'est Comment qu'on Freine", qui m'évoque la scène de monologue dans la voiture par Bebel dans le A Bout de Souffle de Godard (remember le "oh, des autostoppeuses ! Je facture un baiser du kilomètre !"). S'enchaine "Scène de Manager", un peu plus rythmé et plus foutraque mais reste toujours aussi (voire plus) noir, puis vient "Volontaire". Les guitares carillonnent sur une rythmique de TR808, et la basse et les claviers évoquent du Cure période Faith. Les paroles sont plus noires que jamais, peut-être les plus sombres de l'album, avec des mentions directes au suicide. Suit l'instrumental "Prise Femelle", qui reprends pendant une minute la mélodie principale de "C'est Comment...".
"Martine Boude" est une chanson plus calme, sur une drôle de fille. Le morceau est conduit par des toms martelés dans une rythmique presque krautrock, le tout saupoudré de clavier froid et d'à-coups de guitare qui brillent dans le noir...
La face B s'ouvre avec le monument du disque, "Lavabo". Carrément Suicide musicalement, on attend qu'Alan Vega pousse ses cris d'indien. Mais vient alors la voix de Bashung qui nous porte alors sur une drôle d'histoire de plomberie...
"J'Envisage", très sombre aussi, fait écho au "Volontaire" de la face A.
"J'croise aux Hébrides", plus calme, nous évoque par les paroles de Bashung un lonesome rocker perdu dans le désert. Nommé "Gaby", il mourra de soif. Si ce n'est pas un clin d'œil à son premier succès...
Vient ensuite l'ovni du disque, "Junge Manner", sorte de country électronique chanté en allemand et évoquant Suicide et les premiers morceaux de musique industriel allemand (représenté à l'époque par Neubauten, Die Krupps ou D.A.F)...
L'album se termine en apothéose rock'n'roll post-apo érotique sur "Trompé d'Érection"...

Play Blessures, c'est donc un sommet dans la disco Bashung. La pochette qui emballe l'album représente un Bashung jouant du bongo au milieu des flammes. Outre le fait que cette pochette soit signée J-B Mondino, elle représentait à la base le premier nom du disque abandonné en raison d'un autre album nommé de cet façon peu auparavant : "Apocalypso". Un titre de travail qui représente très bien le son auquel il faut s'attendre en écoutant le disque : du rock exotique et post-apocalyptique.
Ce disque s'inscrit depuis dans les monuments du rock français. C'est l'un des disques les plus coldwave de Bashung (avec Novice, qui sortira en 1989) et l'une des premières pierres posées dans les monuments coldwave made in France tout court, aux côtés du Rue de Siam des Marquis de Sade ou du Seppuku de Taxi Girl...

Intemporel !

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