Ce n'est que le début

Avis sur Please Please Me

Avatar mavhoc
Critique publiée par le

En 1963, alors que les Beatles jouent depuis 5 ans, bien que Ringo ne soit dans le groupe que depuis moins d'un an et que le nom ne soit trouvé que depuis 3 ans, leur premier album, Please please me sort enfin. Cet album était attendu. En effet, entre les concerts qui leurs ont donné une grande réputation et les deux premiers singles – Love me do/P.S. I love you & Please please me/Ask me why – le moins que l'on puisse dire c'est que le public attend avec une impatience non dissimulé un véritable album.
Pour beaucoup de raison, cet album est rentré dans la légende des Beatles. Déjà parce qu'ils étaient connus avant et que, par ce fait, Please please me n'est pas sorti dans l'indifférence, au contraire. Egalement par la forte part des compositions de McCartney et Lennon, chose rare pour l'époque. Et surtout pour l'enregistrement record en une seule journée. 4 morceaux étant déjà enregistrés, seules 10 autres pistes doivent y passer. 9 heures et l'album sera bouclé. Incroyable. Surtout quand on se rappelle que le groupe était dans des conditions terribles, surtout John, totalement malade.

Le recul permet de voir qu'au-delà de ça, l'album ne brille pas par sa qualité. Vu les conditions, le résultat est incontestablement là. Mais pour autant le son est loin d'être incroyable. Les guitares sont bien ordonnées, la basse est discrète mais présente avec douceur. Le chant lead est toujours réussi mais pour les choeurs, on est dans le simple. Réussis souvent, mais aussi souvent avec un intérêt limité. Pour le son de la batterie, on est vraiment dans un ensemble doué de peu d'âme.
On appréciera, cependant, particulièrement l'harmonica, véritablement maîtrisé par Lennon. On peut d'ailleurs également souligner que pour crier, le jeune chanteur a de l'énergie. Les timbres de voix sont d'ailleurs très maturés et sans hésiter, on peut dire que la force des Beatles sur Please please me, c'est leur voix.
Globalement le groupe ne parvient pas à sortir plus que ce qu'ils sont à l'époque : un groupe de jeunes qui anime la jeunesse le soir.

L'album ne brille pas non plus par ses morceaux, il faut le dire. Comme je le disais, sur les 14 pistes, 8 sont des compositions du célèbre duo démoniaquement doué, et 6 sont des reprises. Sur les compositions, seules 4 sont nouvelles. Et c'est là que le bas blesse.
En effet, incontestablement les meilleures compositions sont Love me Do et Please Please me. Dommage qu'ils soient déjà sortis au préalable. Ask me why est assez doux mais avec un petit côté rock bien maîtrisé très agréable. P.S. I love you a un peu de mal à me séduire, je trouve que globalement à part la fin du refrain, c'est pas assez marquant. C'est encore simpliste, mais il y a quelques idées séduisantes.
Il reste donc 4 nouveaux morceaux. Misery qui, malgré un début hésitant, finit par être assez convainquant. Ringo est annonciateur d'une boite à rythme, et si on avait pas eu le piano magnifique et délicat de Georges Martin, le morceau aurait été oublié par l'Histoire. Très rapide il dévoile cependant les bonnes idées du groupe.
Do you want to know a secret est réussi par l'aspect groovy du morceau et montre les excellentes idées de McCartney qui, en plus, a la gentillesse de composé un titre sur-mesure pour Harrison, pas la mauvaise idée, loin de là.
There's a place est assez rock et là encore annonce de bonnes idées futures de Lennon en terme de composition. Malheureusement, pour ce qui est du chant, il s'agit d'une des rares pistes où les idées sont limitées voir mauvaises.
Evidemment comment oublier I saw her standing there. Ca ouvre l'album, ça fait danser, c'est vivant, on se croit en concert et le titre parvient même à voler la vedette à Love me do et Please Please me.

Globalement, les titres sont donc souvent bons, mais, en même temps, un aspect trop jeunes, pas assez travaillés et, globalement, oubliables. On retiendra surtout Love me do, Please please me et I saw her standing there.

En reprise on a Anna (go to him), de Arthur Alexander, où Lennon dit à sa petite-amie de partir avec un autre homme. La reprise est vraiment une bonne idée. Si les choeurs sont loin d'être aussi réussis que ce que produiront les Beatle par la suite, si Lennon est parfois limite dans les refrains, si la guitare est pas non plus top sur tous les motifs du refrains, on a cependant une excellente idée de reprise, beaucoup plus sombre que leurs productions habituelles. On a également une batterie très étrange, bien que ne faisant pas honneur à Ringo, elle montre un peu d'originalité.
Chains, des Cookies est un petit titre simple, rock, un peu dansant, pas trop fort. Pas mauvais, mais oubliable. On est clairement dans le remplissage d'album là.
Ouvrant une tradition amusante, Ringo a son titre à lui : Boys. Involontairement à double-sens, la reprise des Shirelles est un des moments les plus rock de l'album. Ca envoie et on est dedans.
Ils reprennent aussi la balade toute tranquille, Baby it's you des Shirelles. Bien géré, doux, calme … Fait pour un slow, mais pas inoubliable du tout.
A tast of honey se la joue aussi chanceux d'amour, avec un petit côté aventurier plutôt réussi. Bonne reprise de Herb Alpert.
Mais toutes ses reprises s'endorment face au terriblement rock'n'roll Twist and Shout où Lennon donne tout son cœur au niveau du chant. Ca bouge à souhait.

Loin d'être mauvais pour un début, les Beatles défoncent bien avec cet album. Les inspirations rock à la Elvis et Chuck Berry sont présentes, on regrettera cependant un disque trop doux, trop sage et ne se laissant pas assez aller à ses promesses de folies. Il faut dire que l'ouverture comme la fermeture donnent envie de plus de folie.
Le son n'est pas non plus génial. La guitare a mal vieillie, la basse manque un peu de présence, les choeurs ne sont pas aussi réussis que dans les années futures et la batterie manque de vie.
Mais ce n'est que le début ...

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 217 fois
3 apprécient

Autres actions de mavhoc Please Please Me