L'inévitable déclin

Avis sur Redeemer of Souls

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Tout le monde s’en fout du dernier Judas Priest, tout le monde ou presque. En cherchant un peu, on dénichera peut-être une poignée d’irréductibles chevelus prêts à défendre corps et âme le dernier opus de leur groupe favori. Le fan de la première heure, barbu de deux mètres pas objectif pour un sou, tatoué de la tête aux pieds, l’haleine parfumée à la Heineken. A la seule énonciation de Rob Halford, l’effet est immédiat : l’animal devient doux comme un agneau, prêt à imiter le ronronnement d’un matou perché sur les cuisses de sa maîtresse. Rob Halford, c’est le nom magique, de quoi apaiser une horde de métalleux en rut. Rob, la voix de Judas Priest, un des chanteurs les plus respectés par les chevelus, même qu’ils l’appellent le « Metal God », le dieu du metal, c’est dire.

Metal God ou pas, tout le monde s’en fout du dernier Judas Priest. Faut dire que le meilleur du groupe se situe loin derrière. Depuis 1969, ils ont sorti une myriade d’albums cultes et je ne plaisante pas, preuve à l’appui : même Guyness y est allé de ses 7 et ses 8. Pourtant, en termes de barbu tatoué de deux mètres, le camarade Guyness, c’est pas la référence ultime. Comme quoi, la bande a su renouveler le genre et ratisser large, plus large encore que le petit monde du heavy metal. Puis, il y a la voix. Celle de Rob. A l’époque, le mec pouvait te péter une demi-douzaine de pots de Nutella en poussant la chansonnette et je ne plaisante pas, preuve à l’appui :
http://www.youtube.com/watch?v=GUQcPnjlvLY
Dreamer Deceiver, 2min10s. Indigestion de frissons. Halford au sommet. Rob se tourne vers la caméra, le cheveu est soyeux, le sourcil froncé, le regard interrogatif et vlan : « If you think you can find a way. You can suuuurely tryyyyyyy ». Hurlement divin susceptible d'ouvrir une faille spatio-temporelle dans ton salon et voir débarquer Lucy (incarnée par Scarlett Johansson) à califourchon sur un tricératops.

Lucy ou pas, tout le monde s’en fout du dernier Judas Priest. Y’a bien Raoh, mon dévoué éclaireur, qui a lâché un petit 6 en douce à 3h du matin, histoire de pas se faire gauler par ses abonnés. Il le sait, Raoh, on le sait tous, d’ailleurs… Rob Halford n’a plus de voix. Terminé. A plus de 60 balais, quand l’anglais s’aventure dans les aigus, on a l’impression d’être chez le dentiste ou d’entendre une actrice porno de 90 ans à l’œuvre.
Ter-mi-né.
J’ai même tenté les lives récents sur Youtube. Le constat est similaire, un Rob vieillissant. Il suffit de baisser le son et imaginer un étalage de saucisses de Francfort, on dirait Jean-Pierre Coffe au marché de Saint-Ouen. Ouais, pas de quoi jubiler à en exulter de joie (triple pléonasme).

Pléonasme ou pas, tout le monde s’en fout du dernier Judas Priest. T’as uniquement le Kenshin qui se moque de la pochette dans la partie commentaire. Preuve que tout part vraiment en cacahouète. Faut savoir s’arrêter à temps, voilà le secret. Les Lautréamont, Hendrix, Francesca Woodman en savent quelque chose. Quand tu as tout déballé, qu’il ne reste plus rien à ajouter, autant faire ses valises ou fermer sa gueule. Persister, c’est accepter de cheminer lentement mais sûrement vers l’inévitable déclin. Le temps est cruel. La légende, la voix, la popularité… tout s’effrite lamentablement. Reste les miettes comme Redeemer of Souls sorti dans l’indifférence quasi-générale. Pas un album dégueulasse, juste un peu fade, juste un peu vain. De toute façon, tout le monde s’en fout. Tout le monde sauf moi.

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