Antithèse

Avis sur Relaxer

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Même si plus grand monde ne se souvient de This is All Yours, deuxième réalisation d'Alt-J, l'album An Awesome Wave de 2012 demeure gravé à jamais dans la mémoire des amoureux de musique indépendante. Libre, inattendue, rafraîchissante, la proposition du trio mené par Joe Newman a séduit, et marqué durablement.

Relaxer se révèle plus mystique que jamais avec son entame 3WW. Titre à la progression puissante, qui évoque aussi bien la mélancolie d'un coucher de soleil que l'espoir d'un nouvel astre qui se lève.

On lève bien un sourcil lorsque démarre In Cold Blood, plus pêchue. Ses accords secs et implacables agressent après la plénitude inaugurale de l'album. Mais on comprend la démarche, et on s'extasie de ces cordes lâches qui résonnent de concert avec des cuivres bienvenus dans l'horizon Alt-J.

Le groupe a écrit un album qui m'évoque la conquête, la découverte d'une terre encore inconnue et les rencontres que l'on imagine. Les rythmiques roulent comme le mécanisme d'un train ; le son souffle une poussière qui fait s'avancer les virevoltants.

Beaucoup moins électronique (sauf sur le surprenant Hit Me Like That Snare), RELAXER se pose en réalité comme l'exacte antithèse d'un album dont le nom sonne justement comme un fabuleux clin d'œil : EXCITER, de Depeche Mode – le plus électronique du groupe anglais.

Malgré tout, l'Alt-J des premiers jours s'inhume sur le profond Deadcrush, faisant la part belle aux basses qui bourdonnent et aux voix qui s'enlacent dans des chœurs parfaits.

Pinacle émotionnel de RELAXER, Adeline semble rendre Joe Newman encore plus mélancolique que la Matilda à laquelle il rendait un majestueux hommage dans le premier album du groupe. Réponse parfaite à la langueur de 3WW, ce morceau orchestre avec maestria l'envol musical d'un groupe qui, depuis 2012 seulement, surprend à chaque réalisation.

La sinusoïde redescend calmement avec Last Year, un titre de plus de six minutes, très acoustique, sur lequel s'invite une voix féminine à se damner, tant elle épouse à merveille la tessiture chaude de Newman.

Pleader, enfin, clôture à merveille le troisième album de Alt-J. Complexe, parfois dissonant, le huitième et dernier morceau de Relaxer joue les ascenseurs émotionnels en convoquant toutes les inspirations musicales qui nourrissent le solfège de Alt-J.

Un grand cru, donc, qui en 8 titres seulement parachève la définition d'un groupe aux contours parfois flous, mais dont on peut avoir une confiance totale pour nous faire passer un grand moment de musique et de voyage.

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