Dieu est-il mort ?

Avis sur Revival

Avatar I know I'm Late Again
Critique publiée par le

Je ne prétendrais pas être descendu de la colline et avoir discuté avec un vieillard qui m’aurait surpris en m'annonçant qu’il aimait Dieu et non plus les hommes, parce qu’en réalité, celui-ci ne serait plus. Mais si Dieu n’est pas mort, serait-il alors mourant ? La question se pose à l’écoute de Revival, dernier album du “Rap God”.

Après 4 années d’absence (une éternité dans la sphère hip hop, une célérité dans le rock) le rappeur de Détroit revient avec une nouvelle fournée. Pourtant, il faut croire qu’Eminem revient, il revit à en croire le titre de l’album. Mais le Eminem nouveau, reste du Eminem. Comme le Beaujolais nouveau n’est ni plus ni moins que du Beaujolais. Il faut entendre par là qu’Eminem nous revient hanté. S’il fait peau neuve avec sa casquette digne d’un chanteur de country, sa mémoire est intacte et le passé le hante.

If I walked on water, I would drown

Walk On Water donne le ton. Le rappeur se confie sur la pression qui pèse sur ses épaules par l’opinion publique qui attend toujours plus de lui. Mais (malheureusement) il n’oublie pas qu’il a écrit Stan. C’est peut être ça le problème. Eminem semble obsédé par sa propre oeuvre et cela se ressent tout au long de l’album. Sauf que le tube Stan, si populaire est-il, reste ancré dans une époque. L’époque où un blondinet qui rappait de façon compulsive, assassinant plus d’une fois son producteur Dr. Dre dans ses textes et accomplissant la prouesse d’être censuré même en version explicite, nous avait surpris en collaborant avec une chanteuse de pop (pas forcément connue de tous) qui posait sa douce voix dans le refrain. L’effet était réussi. Mais quand il veut reproduire encore et encore le même schéma, qui plus est, avec des chanteuses dont la notoriété n’est plus à démontrer, on se lasse du même plat. Que les featurings soient avec Beyoncé, Alicia Keys ou P!nk, qu’importe, on sent tellement l’empreinte de Skylar Grey sur les refrains qu’on a ce sentiment que toutes ces chanteuses n’ont fait que poser leur voix comme le voudrait Skylar. On se retrouve alors avec un Like Home dénué du charme de la voix d’Alicia Keys, tout comme Walk On Water repris sans aucun mal par son auteur en live, à défaut de Queen B, parce que cette dernière n’y apporte pas sa patte.

Cela nous mène à une logique qui m’a toujours échappé dans le rap. Faut-il être connu pour que son nom soit mis en évidence ? Encore une fois, Liz Rodrigues, qui a collaboré plus d’une fois avec Slim Shady, n’a pas le droit d’être mentionnée sur Castle. Pourtant elle fait comme les autres guests, elle est cantonnée au refrain… à l’exception, peut-être, que c’est la seule voix féminine qui ne soit pas passée au filtre “SkylarGram”.

Au delà des featurings (on ne comprendra pas comment Phresher a mérité sa place, mais on retiendra que 2 Chainz a finalement été écarté), le flow d’Eminem semble être en mode freestyle sur pas mal de titre (Walk On Water, Believe, Chloraseptic, Untouchable, Offended). Il faut dire que Em a fait pas mal de freestyles ces derniers temps (BET, Cypher, Campaign Speech).

So she's been on the web lately

Says maybe she'll be my Gwen Stacy, to spite her man

Encore une fois Eminem, reste Eminem, mais cette fois de façon positive. Dans le texte, il découpe les phrases, les mots, use de jeux de mots forçant la rime ; montrant, non pas une faiblesse, mais son son agilité avec les mots qu’il modèle à sa manière telle une pâte pour leur donner la forme qu’il veut.

I send at you a ten-ton nuke like Kim Jong-Un

And end up ruinin' your career

Par-ci par-là, on relèvera des références à Trump dans les textes (notamment sur Nowhere Fast, Heat et Offended) mais étrangement, cela ne semble pas avoir le même effet qu’à l’époque de The Eminem Show et Encore (sous l'administration Bush). Il faut dire que du Trump, même sur le vieux continent, on s’en tape matin midi et soir qu’on finit par s’en lasser.

Grab you by the (meow!), hope it's not a problem, in fact

About the only thing I agree on with Donald is that

Les fantômes et le passé arrivent dans les 3 derniers morceaux. In Your Head dont le sample des Cranberries n’est pas facile (tellement la chanson originale est lourde de sens) donne un résultat qui aurait probablement très bien marché aux début des années 2000, en plein apogée du nu-metal où un mélange rap/rock n’aurait pas été de refus.

Fuck it, I've done enough in this rap shit

Recovery brought me nothin' but back

To where I was and perhaps

This coulda been my victory lap if I wasn't on the verge of Relapse

Puis le père écrit à sa fille à travers différentes époques dans Castle, probablement le point fort de tout l’album.

My Infinite CD flopped, too many soft tunes

They're talking bad about Dad, it's ticking me off too

Finissant par une overdose, le titre s’enchaîne avec Arose. Presqu’à l’article de la mort, le Dieu se voit partir pour rejoindre son ami Proof, mais est finalement ramené à la vie sur Castle tout en crachant encore une nouvelle fois sur Relapse (album critiqué par certains et par l’intéressé lui-même).

I'm 'bout to, like a rematch, outdo Relapse

With Recovery, Mathers LP2

Dans l’ensemble, c’est assez déroutant musicalement, il faut l’avouer. Un pot-pourri d’auto-influence, entre Encore, Recovery et The MMLP2 on croit reconnaître les époques auxquelles chaque morceaux ont été conçus. On en ressort avec la même impression qu’à l’époque de The MMLP2 du fait de ces instrus classic rock, dans le sens que la voix d’Eminem se prête mal à de tels beats, et est mise en valeur quand le beat est minimaliste. On finit par lire Eminem au lieu de l’écouter. D’ailleurs, les paroles étaient dispos sur Genius avant la sortie et on a pu constater tous les (Stans) gens s’extasier. Alors oui, les textes sont bons… parfois un peu moins, mais le rap ça reste de la musique et on se retrouve avec des refrains comme Believe vraiment surprenant à l’oreille.

Eminem est sobre et tant mieux pour lui. Il a frôlé la mort et en est ressorti grandi, posé. Mais sommes-nous déjà habitués à ce nouvel homme ? A-t-il autant à nous offrir que Slim Shady, cet être indissociable d’Eminem ? Dieu est-il mort ? Si oui, qui était-il ?

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 874 fois
Aucun vote pour le moment

Autres actions de I know I'm Late Again Revival