One feet in the grave

Avis sur Revival

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C'est qu'il m'aurait presque eu par surprise. Après ma critique de MMLP2, je pensais avoir le temps d'écrire sur les autres, les quatre premiers, les magnifiques. Et puis Revival est arrivé.

J'avais déjà un mauvais pressentiment en voyant la tracklist, mais je me suis dit qu'après tout, ça voulait peut être rien dire, puisque le précédent opus demeurait un album honorable malgré le même genre de feats. Je savais que Rick Rubin et ses sbires étaient de retour, donc je m'attendais absolument pas non plus à apprécier les prods. Je savais que là dessus, c'était dead end, et que si je devais apprécier cet album, ce serait pour autre chose. Pour les lyrics, d'abord, puisque mon bilinguisme de naissance fait que je me les mange directement dans la gueule, pour la potentielle qualité du delivering sur laquelle Em est plutôt constant, sur celle du flow, qui se détériorait un peu mais qui restait encore un peu puissant et varié sur certains morceaux de 2013, bref de tout ce qui fait le rap de Marshall en dehors de ces productions inaudibles.

J'ai pressé play, j'ai écouté tout l'album, et j'ai rien ressenti.
Rien.
Un verre d'eau tiède.
Un peu d'agacement, peut être, mais c'est tout.
Une petite surprise marrante quand je l'ai entendu s'essayer à la trap, piteusement, avec un delivering complètement off beat.
Un flow constamment criard ou fatigué, qui essaie d'être novateur, en gros, en imitant inconsciemment les divers flows des rappeurs actuels - un comble pour un artiste réputé "original".

Mais surtout, et c'est bien ce qui me terrifie de la part d'un homme de presque 45 ans, des lyrics d'une mollesse, d'une facilité et d'un manque de mordant absolument inédit chez lui. Toute l'agressivité et l'émouvante sincérité qu'on pouvait encore ressentir à l'écoute de certains morceau de MMLP2 sont désormais mortes et enterrées. Il est absolument incroyable que, ayant recours à un nombre incalculables de nègres désormais alors qu'il écrivait seul ses premiers opus, Eminem ne parvienne même pas à proposer quelque chose, sinon de réellement bon, au moins d'à peu près touchant et crédible.

Mais non. Rien, ici, ne semble personnel. Même quand il rabâche ses erreurs, les détails de sa relation avec Kim (et ce sur plusieurs morceaux) l'effet n'est rien d'autre que poussif, on dirait du recyclage effectué par une machine musicale lancée en pilote automatique. On sent que c'est de l'écriture de ghost writer, en fait. Il n'y a plus rien de personnel. Alors on s'échine à rapper vite, à balancer de la technique qui colle pas aux beats, à essayer tout et n'importe quoi pour dissimuler la faiblesse lyricale : Mashall Mathers n'a plus rien à dire, alors, il n'écrit plus sans 4 personnes pour l'aider, et il appuie toute ses rimes de manière ridiculement poussive pour bien nous montrer que ouais, il à fait rimer ça avec ça.

Mais il y a pire. Parfois, il parle politique. Et là, on rentre dans la dissertation engagée d'élève gauchiste de troisième. Ça vole tellement bas que pour en parler faudrait que je me fasse mal au dos. Il y a quelque chose de ridiculement manichéen de sa part dans le fait de faire un morceau du point de vue d'un jeune noir pour aborder les violences policières et le racisme ambiant, comme si, en tant que rappeur blancs, ses mots seraient plus percutants, comme une parole d'évangile. Au final, je trouve juste ça gênant, d'entendre un artiste qui disait "we dont play that black and white shit" faire un morceau si... condescendant et politiquement correct.

As I kick these facts and get these mixed reactions
As this beat backspins, it's like we're drifting back in
To the sixties, having black skin is risky
'Cause this keeps happening
Throughout history, African-Americans have been treated like shit
And I admit, there have been times where it's been embarrassin' to be a...WHITE BOY

Vous avez compris le délire. Et tout est comme ça. Si encore c'était percutant ! Mais non; toujours un putain de verre d'eau tiède, jamais un brin d'horrorcore (pour le coup cet album est l'anti Relapse, et c'est pas un compliment, mais c'est vrai, c'est son extrême opposé) - Il n'y a plus un brin de subversion chez Eminem, et tenter de la retrouver en s'attaquant à Trump est un comportement de gardien de troupeau.

Comprenez moi bien : rien, ici, à part les hooks de certains featurings, n'est insupportable à écouter. Certains morceaux sonnent gentiment à l'oreille. Les productions sont plus cohérentes sur la durée de l'album qu'elles ne l'étaient sur le précédent, et ça donne une sorte de constance... tiède. RIEN ne survole jamais le reste. Entre les sons qui sont gâchés par leurs lyrics, ceux que le hook rends inaudible et ceux dont le flow est poussif, on se retrouver avec très peu de choses à se mettre sous la dent, même en tant que fan de longue date. Juste des passages, parce que c'est Eminem quand même, des passages ou ont se prends à bouger la tête ou à se dire "chouette rime", qui explique le 4, qui serait un 2 sans ma sympathie pour l'artiste.

C'est un disque calibré pour vendre, et qui, pensant faire du fan service, se trahit complètement, et trahit complètement les fans au passage, excepté ceux qui valideront dans tout les cas parce qu'ils sont trop jeunes pour avoir grandi avec le vrai Eminem.

Ah ouais. Les samples de Joan Jett et de Zombie, c'est même plus du mauvais goût, c'est de l'hérésie musicale. Putain les gars, excusez vous.

Le roi est mort. Vive le roi.

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