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Les grandes gueules

Avis sur Skálmöld & Sinfóníuhljómsveit Íslands (Live)

Avatar SmileShaw
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Hendrikka, c’est mon blase.
Je te l’accorde, c’est pas super beau. Mais crois-le, crois-le pas, j’ai échappé à bien pire. Note un peu : Gunnbjört, Jórlaug, Kristþóra, Marjaselja … j’en passe et des plus moches.
Sans déconner, l’Islande, question patronyme, c’est pas une sinécure.

Ouais, je t’ai pas dit. Je suis islandaise.
Pas de Reykjavik, hein. Noooooooooooon. C’eut été trop beau.
J’ai passé la première partie de ma vie à Kirkjubæjarklaustur, un patelin tout au Sud. Et quand je te dis patelin, tu peux me faire confiance. 120 bouseux en tout et pour tout.
Tous des allumés du bocal, pour parfaire le tableau. De ceux qui causent aux elfes et leur construisent de petites baraques pour pas qu’ils se gèlent les miches.
Sont bien gentils, hein mais tu peux me croire, mon adolescence aurait pu être un désastre si je n’avais pas eu des parents ouverts … et mélomanes.

Des vinyls, des CD, la radio, tous sur le classique. Joie et merveille, du matin au soir et du soir au matin.
Elle était là ma vie. Rien à battre, moi, des mythes et rites ancestraux. Ma passion, c’était et ce sera la musique ! Mais pas seulement l’écouter. Carrément que non. En jouer, la propager, la prêcher, la dorloter.
Je te fais le cursus façon Bolt : école de musique – concours - conservatoire – concours - et bim, mon vieux ! Me v’la altiste au sein du prestigieux Sinfóníuhljómsveit Íslands … Orchestre Symphonique d’Islande, pour toi.
J’fais mon baluchon, je lâche trois larmes sur l’épaule de Maman et Capitale, me voilà.

Des années plus belles les unes que les autres, riches en répétitions, en représentations, en émotions. Beethoven, Brahms, Leifs, un gars bien de chez nous … On fait honneur aux plus grands, avec passion et enthousiasme. De douces mélopées, des airs grandioses, inoubliables, moments de bravoures ou tristes à fendre le cœur le plus endurci ... du bon son, quoi.

Et puis la tuile.
Fin 2013, un grand projet nous est annoncé par notre Chef d’Orchestre du moment, l’Israélien Ilan Volkov. Un jeune con. Et non, la connerie n’est pas liée à sa nationalité ! Tout de suite …
Non. Jeune con car la quarantaine arrogante, sûr de ses expériences passées à Londres ou encore Boston. Un Monsieur-Je-Sais-Tout qui nous balance donc, le sourire en coin, le regard hautain, à l’aise dans ses baskets que nous allons nous produire en compagnie de Skálmöld.

Voilà, voilà.

Je ne te cache pas cette annonce m’a autant impressionnée qu’un passement de jambes de Ronaldo, vu que je ne savais absolument pas de qui il pouvait bien parler.
Mon ami Google a le soir même comblé mes lacunes, à mon grand désespoir. C’est donc ça, Skálmöld. Et ça.

Je n’avais pas signé pour ça, moi. C'était pas écrit dans mon contrat. Des sueurs froides, des angoisses nocturnes, des tonnes de Lexomil plus tard, la rencontre se produit.

A ce jour (le 13 février 2019), je n’ai jamais vécu à nouveau de moments aussi intenses, aussi incroyables que ces trois soirs là.
Il est rare que deux styles si diamétralement opposés que peuvent l’être le Metal et le classique fournissent, ensemble, un exemple de cohésion. Beaucoup s’y sont frottés et peu ont réussi, l’orchestre servant bien souvent de prétexte à une nouvelle version, originale, mais sans grande implication des artistes concernés.
Si la réunion de ces grandes gueules, voix braillardes, aux guitares saturées, d’un côté, et des cordes et des voix lyriques, de l’autre, pouvait présager du banal, une fois de plus, le résultat n’en fut que plus merveilleux.
Ça coulait de source. Comme une évidence.

Le matériau de base était là. Les titres de Skalmold sont bons, à la fois viking metal, viking folk, avec un petite touche de Heavy de-ci, de-là. Nous les avons juste magnifiés, leur avons donné une puissance épique, une amplitude, une charge émotionnelle qu’ils n’avaient peut-être pas à l’origine. Ou moindre en tout cas. Upprisa est peut-être l’exemple le plus éloquent de cette réussite qui fut totale.

Le public ne s’y est pas trompé. Pas notre public habituel, non. Ces embourgeoisés guindés et cravatés sont restés chez eux ces soirs-là, remplacés par des gesticulateurs aux tee-shirts arborant doigt d’honneur et tête de mort, et aux cheveux à la propreté douteuse.
Apeurés dans un premier temps par cette cohorte hirsute, nous n’avons plus fait qu’un, eux, le groupe et nous. L’expression sur les visages de chacun d’entre nous est éloquente : des sourires à n’en plus finir, de la joie, du bonheur.
Et l’ovation finale pour parachever la magie. Ultime remerciement aux deux groupes qui, le temps d’une soirée, n’en ont plus formé qu’un seul. Fort, solide, impliqué et ému.

Hendrikka, c’est mon blase.
J’étais une extrémiste du classique, et grâce à l’ouverture d’esprit, la curiosité et les idées nouvelles de mon Chef d’orchestre, le génial Ilan Volkov, un nouveau monde s’est ouvert à moi.
Je ne peux que t’inviter à suivre mon exemple.
Moi j’y ai été obligée.
Toi tu y es cordialement convié. Fan ou pas de Metal, on s’en fout. Tente le coup et reviens me voir.
Je pose un billet : tu vas aimer.

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