De l'avant-gardisme déchu et de l'expérimentation sous champignons atomiques

Avis sur Smiley Smile

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Les Beach Boys fascinent autant qu'ils dérangent : simple groupe de (faux) surfeurs obsédés par une pop niaise et peu complexifiée pour certains, panoplie de personnages absorbés par le supposé génie musical de Brian Wilson pour d'autres. Pourtant, il est intéressant de voir que les superlatifs pour décrire le génie de Brian Wilson peuvent être terriblement trompeurs. De plus, la fascination autour de la conception de l'album concept SMiLE conserve une sorte d'aura quasiment mystique pour les fanatiques du groupe. L'injustice même de la discographie des Beach Boys s'installe donc à partir du prochain "Pet Sounds", l'espèce de proto-pop prévu pour infliger séquelles et turpitudes à l'encontre des molles des Beatles. (entre nous, Smiley Smile dépasse le meilleur de la discographie des Anglais champions incontestables de la popularité la plus contestable de tous les temps)

Smiley Smile marque avant tout une nouvelle ambiance dans l'univers des ricains, quelque chose de plus aérien, de plus fou et surtout de plus artistique. Dans un style lo-fi, l'album marque une évolution majeure dans la pop, devenant psychédélique, mais touchant autour du noisy/abstract (Fall Breaks and Back to Winter est un morceau malade où l'on se retrouve plongé dans l'esprit torturé de Brian Wilson), du semi-spoken word bizarroïde (Wind Gimes, morceau de deux minutes et des brouettes que l'on s'éprend à réécouter tant la structure et la richesse du morceau fascinent), et bien sûr, l'évocation et l'utilisation évidente de drogues sur certains morceaux (Vegetables, au titre peu trompeur/She's Goin' Bald, morceau renversant par sa structure folle/Little Pad, où les ricains rigolent et semblent improviser le morceau devant nos yeux, en live, avec l'odeur des champignons et des pétards, dans un délire purement acoustique).

Tout de même, reconnaissons la démarque pop ambitieuse des frérots Wilson, car Mike Love ne reste qu'un faquin suprême et ne mérite peu de mention. En effet, Heroes and Villains démarre l'album en trombe, comme une sorte de produit mal fini, pour un résultat peu, voire mal, accordé, mais très plaisant. Par ailleurs, déconstruire les morceaux taillés pour les radios s'avère relativement intéressant, puisque la légitimité artistique des types en ressort. Good Vibrations subit heureusement le même chemin, car il s'agit aussi d'une version "alternative" par rapport à la véritable version de SMiLE. Moins mixé, moins propre, beaucoup plus brut, le morceau fait davantage planer, par sa faculté à perturber l'auditeur par un changement brusque des mélodies (typique de Smiley Smile). Toutefois, il s'agit du même morceau que celui vendu massivement en 1966, mais la qualité n'est guère équivoque, tant par la ligne directrice suivie par le groupe.

Brian Wilson semble être un génie incompris quand je lis que cet album serait une "sombre merde" ou même une "honte", tant Smiley Smile apporte bien plus d'idées et de créations que sur le reste de la discographie des Beach Boys. De plus, divers genres se rejoignent sur cet album à la conception si mystique : de l'ambient, du noise, du psyché, de l'acoustique, du lo-fi, de la pop, du spoken word, de l'abstract, etc... Par exemple, Wind Chimes est sûrement un des morceaux les plus impressionnants que les types aient sortis. Comment ne pas passer à Animal Collective et au mineur (majeur selon les puristes) Danse Manatee face à cet embryon noisy.

Par conséquent, il demeure honteux qu'un tel projet avant-gardiste soit encore conspué de nos jours, tant l'œuvre dénote par son expérimentation assez folle et sa démarche purement maladive, tant bien qu'elle resplendit par son ambition démesurée. Les moins puristes cracheront sur cette œuvre, en prétendant qu'elle violente les principes voués par l'établissement d'un SMiLE, qui aurait pu révolutionner la dimension de la pop, pendant que les plus ouverts apprécieront le renouvellement des Californiens. En effet, l'intérêt même est de constater la nouveauté et la prise de risque des types, pendant que certains anglais peu enviables s'amusaient à faire la même chose depuis la création de leur groupe tout en piquant les idées des autres...

Ainsi, en échouant dans son projet de "nouvelle pop", le groupe américain offre de nouvelles facettes dans un domaine plus large que la pop : il s'agit d'une vision psychédélique, déconstruisant pleinement le mythe du l'album 'concept' pour en faire plus qu'un simple projet. La ligne directrice n'est pas portée sur l'évolution sur la pop, mais sur la conception d'un nouveau genre, ou, en toute mesure, d'une nouvelle perception de la musique.

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