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Temps mort par -Aymeric-

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« Ma jeunesse a la couleur des trains RER-C » 
« Je demande un temps mort parce qu'on se fait niquer au score »

Il faut recontextualiser la sortie du premier album solo de Booba. Quand il sort Temps mort en 2002, on le connaît encore comme la racaille du duo Lunatic. Il a purgé un an et demi de zonz et la frustration de ne pas avoir participé à l’âge d’or du hip-hop français (98) n’en est que plus forte. Ali et Booba sont probablement le duo de rap français le plus complémentaire. Héritier de Time Bomb, il se démarque par un travail sur le flow, les jeux de mots, les rimes croisées, les allitérations. Aujourd'hui tout le monde s'accorde pour reconnaître que Temps mort est un classique du rap français. Instrus légendaires, lyrics légendaires, flow légendaire, Booba met tout le monde, ou presque, d'accord. Avec ses rimes assassines, son « argot sous un garrot », ses instrumentales immortelles, Temps mort est l'album révélation de cette personnalité XXL.

Beaucoup de monde n’aime pas le rap, ils aiment certains albums de rap. Certains aimeront l’atmosphère oppressive de Cypress Hill, d’autres la prose qualitative de Mc Solaar, ou encore les instrus superbes de Illmatic. Booba représente l'ego-trip paroxystique en ce début des années 2000. « Un faux départ, une victoire, laisse-moi faire mon apologie » (Nouvelle école). Dès son premier album il donne le coup d'envoi des hostilités au rap français. « Que le hip hop français repose en paix » (Repose en paix). Venu rapper sa banlieue, les rimes incisives abondent comme des coups de poing dans les dents cariées de Marianne. C’est du rap de cité, de ceux qui fument du shit et brûlent des voitures le 14 juillet. Des textes crus et un flow de wesh. Mais c’est aussi un rap qui parle remarquablement bien de ce quotidien rythmé par l’ennui. Les allitérations sont génialement construites : « C'est pousser comme une ortie parmi les roses/Et y sont trop alors j'appelle mes khos les ronces » (Ma définition). Alors oui Booba a sorti des phrases d’une vulgarité confondante. Mais derrière le phrasé de caillera se dévoile un sous-texte, pas conscient, pas poétique, juste réaliste. Du rap de rue rappé par un mec qui joue remarquablement bien son rôle à cette époque. Sa vision de la société est désillusionnée et cynique : « J’suis dégoûté comme quand j’ai ché-cra » (Le bitume avec une plume). L’éducation nationale ? Il voulait apprendre l’Afrique, on ne lui a parlé que des allemands… et se permet un archaïsme : « Je voulais savoir pourquoi l'Afrique vit malement/Du CP à la seconde y me parlent de la Joconde et des allemands » (Ma définition).

En bref, Temps mort réalise l'exploit de ne pas ennuyer l'auditeur sur 17 titres. Avec des pièces de résistance telles que Nouvelle école, Strass et paillettes, Indépendants, Le bitume avec une plume, Ma définition, Repose en paix... Un classique tout simplement.

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