Le bitume avec une plume de pigeon

Avis sur Temps mort

Avatar Alex La Biche
Critique publiée par le

B.O., 100-8 Zoo, B2O, kho, injection !

Avec une intro' comme ça, comment veux-tu être pris au sérieux mon petit ourson ?
Le duc de Boulogne pète un câble en nous racontant n'importe quoi dès le début, en nous proposant des choses étranges, comme une Bande-Originale, une soustraction mathématique accompagné d'un zoo, le diminutif de son blaze, un mot pas français, puis une injection de j'sais pô quoi.

Non en fait, ce n'est pas ça. B.O représente sa Banlieue Ouest. 100-8 représente son département dont il est si fier : le 92 négro, puis le zoo sans doute parce qu'il se sent dans une jungle urbaine. Kho vient de l'arabe et signifie : Pote, Frère, Gros, Ma Gueule, Négro... Tous les petits surnoms mignons qu'on se donne entre copains de la street. Après le mot 'Injection' provient du collectif qu'il a lui même fondé, qui n'est autre que 92I. "92I Kho !" Ça te dis quelque chose ça hein ?. Bah "92 pour le fief, I pour injection · Ma génération, shit, violence et sexe"

Cette première phrase résume parfaitement l'album. En effet, Élie Yaffa nous déverse 14 pistes à base de sa cité, de ses potos, et de sa gueule. Booba m'inspire pour ce premier album moins d'empathie que son disque d'or Mauvais Oeil avec son compère Ali, d'Issy-les-Moulineaux avec qui il a formé le duo Lunatic. Cet album transpirait les textes pas si géniaux qu'on le dit, mais avec des phases durs et réalistes qui envoyaient du lourd. Finit les grandes allusions divines, carcérales, meurtrières. Ici, Booba nous conte juste sa vie dans la té-ci, à base d'égotrip.

Booba nous propose un Temps Mort, pour arrêter d'écouter de la daube et prendre le temps de savourer son album de ouf. Des phases de fou depuis que son joint s'est roulé, il rote des poulets rôtis et recrache des îlotiers.

Voilà, B2O fume des pet' et nous déverse des punchlines parfois douteuses. Parce que quand même, le coup de roter des poulets rôtis, c'est à la limite du badass ridicule, puis le fait que cela lui fasse recracher des gardiens de la paix, c'est douteux. Booba a une belle plume certes, mais j'estime qu'il s'en sert mal. Ses textes racontent tout et n'importe quoi, mais ce n'est jamais intéressant ou presque.

Ne disposant pas de thèmes concrets, l'artiste tourne en rond sur la majorité des pistes bien qu'ils disposent toujours d'une bonne écritures, et de bonnes paroles. M'enfin, je regrette quand même énormément son abus de verlan bien naze par moment, comme les mots «beut» ou «peusli».

Ce qu'on ne peut retirer au MC, c'est son flow de bâtard qui terrasse tout, quand il est bien utilisé. Car parfois il semble balancer des punchlines sans grande conviction, à tel point que ses meilleures passent inaperçues, contrairement à ses refrains souvent décevants.

C'est bandant d'être indépendant. Or, le petit B2O ne l'est pas complètement et ne résigne pas sur la tâche d'inviter ses kho sur son premier album perso', et il faut avouer que les morceaux où il partage le beat, sont pas géniaux. Entre LIM qui s'obstine à mettre quelque chose dans le cul d'un cheval, NessBeal lâche sa salade pour apparaître sur l'album pour se focaliser étrangement ses couplets sur l'anus, avec un refrain mené par B2O qui nous assure qu'on peut faire des pâtes avec... de la sueur. Hymne à la débrouille, pourquoi pas, mais putain que c'est moche comme métaphore. Y a que le retour d'Ali qui fait plaiz' en fait pour un morceau majeur de l'album : Strass et Paillettes.

Le Duc de Boulogne, nous déverse ses textes sortis tout droit du bitume, écrits avec sa plume. Une plume de pigeon, ouais. C'est dommage car tout est là, son flow, son talent, puis surtout ses idées de paroles. "La rue t'élève et te tue". Ouais bah carrément, mais va plus loin dans tes propos au lieu d'enchaîner avec le fait que t'aimes te défoncer au "teuh-teuh". Car tu fais l'apologie de la rue, et t'avais moyen de le prendre à contre-pied, ce que tu fais vite fait sur ce morceau qu'est Ma Définition qui se démarque des autres, mais toujours sans aller jusqu'au bout !

Sur cet album, les morceaux les plus à retenir sont Ma Définition bien qu'il ne soit pas trop poussé. J'ajouterai l'ultime morceau qu'est Strass et Paillettes avec ce refrain un peu con mais tellement gratuit, que j'aperçois déjà le Booba enfoiré qui se fait plaisir sur Ouest Side.

Cet album est un classique du rap français, simplement parce que c'est le premier de Booba. Sinon à mes yeux, il n"est pas aussi bon que le culte Mauvais Oeil, en restant tout de même de qualité. Moi en fait, je préfère mon petit ourson quand il a vraiment des idées concrètes, et qu'il défonce tout le rap game comme sur Le Crime Paie. Ou encore, quand il diverge dans un délire d'égotrip d'enculé plus tard, lorsqu'il défonce nos grands-mères, toujours la tête dans les nuages, mais avec la bite dans le champagne.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1758 fois
21 apprécient · 8 n'apprécient pas

Autres actions de Alex La Biche Temps mort