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L’Energie Contenue de la Rage

Avis sur Ten

Avatar Dr Billy-Jean  Robert MB
Critique publiée par le

Comment parler avec justesse de Ten ?

Le premier album de Pearl Jam m’a longtemps accompagné.

Dès le premier titre, le groupe de Seattle impose un rock puissant et ample, Eddie Vedder impose sa voix comme une évidence, du fond des tripes sur les envolées dynamiques de Once. Even Flow confirme toute l’urgence retenue là, juste au bord de l’implosion, de leur musique. Arrive Alive. Dès les premières notes, une promesse de renaissance. Et quand à mon tour, je chante le refrain, je suis debout sur un roc défiant vents et marées, « still alive ». Depuis toujours et pour longtemps, profondément organique, Alive est un must de Pearl Jam ! Après la claque de Nirvana, voici le grunge ample et mélodique : une énergie positive sur un ferme tremplin de confiance en soi. Le solo final monte au plus haut avant de laisser les dernières notes d’une basse expressive s’échouer en douceur. Mythique.
Why Go déconstruit son rythme, et offre un rock puissant à la mélodie frénétique. Alors, d’une superbe légèreté, s’ouvre une ballade rock, Black, où le chant calme et posé d’Eddie Vedder vibre et s’affirme dans une atmosphère étrange, aux frontières du lugubre. « Tatooed everything… », le texte évoque les pertes qui s’inscrivent au plus profond des chairs, les marques indélébiles que la vie laisse au corps. Dans une envolée puissante, Pearl Jam tourne la boucle finale de Black, le circuit inextricable de l’existence. Les harmoniques de Jeremy et la douceur brute des violentes désillusions de l’adolescence : Eddie Vedder raconte, sans concession, l’isolement d’un enfant abandonné entre ses deux parents indifférents, ce qui se perd de possibilités dans l’inattention coupable des absences de communication. Cette force inexplorée de l’adolescence transpire à chaque riff du morceau. Il y a de l’inéluctable dans la musique de Pearl Jam, le temps implacable y détruit les illusions, l’inévitable fin de l’enfance, cruelle, est vécue comme un drame, la mort de l’innocence s’accompagne de la perte d’une certaine confiance naturelle. C’est la prise de conscience douloureuse des règles d’un jeu qui nous dépasse, et auxquelles il va falloir se frotter quoi qu’il en coûte.
Après l’intensité, la voix solide et confortable de Vedder nous cueille sur Oceans, nous emmène voguer sur la cime des vagues d’un océan capricieux, et nous offre une courte pause d’espoir et d’air pur. Soudain Porch, l’urgence nous projette dans le cyclone : « what the fuck is this word ? » interroge Vedder. C’est toujours l’emprise incessante du monde extérieur sur la vie intime, au mépris du rythme individuel, et c’est encore, jusque dans les guitares impulsives, pressées et indomptables, l’urgence de s’en extraire. Après la résilience, Garden calme la rage pour chanter avec une calme assurance, la certitude que les épreuves non seulement nous enrichissent, mais nous fortifient également : « I will walk ».
Il y a encore cette énergie positive dans les méandres et les profondeurs de Deep, cette même rage intacte, toujours contenue, en suspension. Et la mélodie céleste appuie les envolées oniriques d’une sourde supplique « Release me… »

Ten est un premier album fort.
Non contents de servir un rock solide et propre, ample de mille respirations mais compact d’une seule énergie comprimée là, les jeunes musiciens laissent Eddie Vedder clamer des textes poétiques, dramatiques et engagés, pour faire le constat sévère de l’uniformisation culturelle par le bas. Pearl Jam orne des certitudes fortes d’une musique plus mélodique, plus travaillée, que le grunge habituel, mais l’esprit est là.
Jusque dans cette longue plage instrumentale cachée avant les bonus.
Les années passent et ce cd, parmi les premiers de ma collection, malgré le temps, me procure toujours les mêmes sensations. Le constat des dysfonctionnements sociaux crée une rage positive, sourde et violente : cœur rebelle, Pearl Jam s’harmonise dans l’agitation.

Matthieu Marsan-Bacheré

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