« The White Album »

Avis sur The Beatles

Avatar Nicolas Sieli
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Sacré Paulo ! Non content de sortir un nouvel album en cette rentrée 2018 (Egypt Station), d’occuper la U Arena en Novembre, son ancien groupe ne cesse de faire l’actualité : mort de leur ingénieur du son « historique », Geoff Emerick, le 2 octobre, celui qui contribua à traduire en sons les folles idées des 4 garçons dans le vent et sortie en grande pompe d’une Super Delux réedition du double blanc le 9 novembre.
L’occasion était donc trop belle pour ne pas parler de cet album dont la conception fut détestée par Emerick (qui prit la fuite d’ailleurs), d’une bible musicale qui fête donc cette année ses 50 ans.

En 1968 les Beatles sont au sommet de leur art. Après s’être imposés comme les rois du rock n’roll et du rythm and blues, ils ont révolutionné le monde de la pop en sortant un brelan d’albums qui sont entrés dans l’histoire de la musique contemporaine : Rubber Soul, Revolver, Sergent Pepper… cette pop tintée de psychédélisme.

En 1968 les Beatles peuvent tout se permettre ! Même sortir ce voyage psyché qu’est Magical Mystery Tour assorti d’un film pour la télévision… Même faire un dessin animé (Yellow Submarine). Même enregistrer pour la première fois en Mondiovision, en direct live (« All you need is love »). Même créer une société, Apple Corps, à but commercial et philanthropique qui allait créer de nombreuses tensions financières au sein du groupe.

En 1968 les Beatles sont au bout du rouleau : ils ont arrêté les concerts depuis 1966, leur manager et mentor Brian Epstein est mort l’année précédente… ils décident de faire un break en partant en Inde chez le Maharishi Mahesh Yogi, personnage oh combien contreversé qui fût le gourou de tant de stars du showbiz. De l’avis d’Allen Ginsberg ce Maharishi dispensait une vulgarisation des méthodes traditionnelles et demandait une contribution financière à ses élèves alors que les enseignements étaient gratuits. Mais qu’importe, les Beatles se retrouveront avec d’autres personnalités telles que Donovan, Mia Farrow et sa sœur Prudence au printemps 1968.
C’est durant ce séjour « spirituel » que Lennon et Mc Cartney composeront la majorité des chansons du futur album. Ringo et Paul seront les premiers à partir.

En 1968, c’est dans ce contexte que les Beatles vont enregistrer leur neuvième album, l’album de la discorde, le début de la fin et paradoxalement leur troisième plus gros succès commercial.
L’album sera celui de toutes les tensions : présence de Yoko Ono, départ impromptu de Geoff Emerick leur ingénieur du son historique (écœuré des sessions d’enregistrement d’Ob-la-di Oblada et Revolution répétées jusqu’à l’écœurement), et surtout départ de Ringo pour des vacances en Sardaigne ! Ne trouvant plus sa place au sein du groupe et ne se voyant pas à la hauteur, il quittera le groupe momentanément ; quand il reviendra les 3 autres auront recouvert sa batterie de roses. Les tensions sont telles qu’il leur faudra 3 studios, la plupart des morceaux étant enregistrés par un Beatle, les autres venant en guise d’accompagnateurs… beaucoup de chutes de ces sessions se retrouveront, et ce n’est pas un hasard, dans leurs premiers albums solos.

Il faut dire que musicalement, Mc Cartney, Lennon et Harrison vont envoyer beaucoup de morceaux de hautes volées, quelques morceaux plus faiblard (quasiment des démos !), tout cela dans un patchwork musical qui part dans tous les sens : 30 morceaux pour leur premier et seul double album. Musicalement, exit la complexité d’un Sergent Pepper, retour aux sources et aux basiques du rock : la guitare acoustique sera l’instrument de prédilection dans la composition (notamment en Inde).

Mc Cartney va se fendre de styles très divers : rock n’roll (Birthday, back in the Ussr, clin d’œil à Back in the Usa de Chuck Berry), ballades acoustiques (Blackbird, I will), ska (Ob-la-di), comptines country (rocky raccoon), ragtime (Martha My Dear), music hall (Honey Pie). Tout n’est pas du meilleur niveau mais Paul va envoyer le morceau précuseur du heavy metal : Helter Skelter. Ce morceau durait à l’origine une vingtaine de minutes et sera coupé (on peut entendre à la fin du morceau Ringo hurler, « I’ve got blisters on my fingers », après la 18ème prise !). Paul composa le morceau en réaction au I can see for miles des Who qu’il trouvait vulgaire et conventionnel…

Les morceaux de Lennon sont à fleur de peau : Julia (sa mère qu’il l’a abandonné, qu’il retrouvera et qui mourra très jeune), Happiness is a warm gun (la Mother Superior de la chanson est Yoko). Les paroles de Glass Onion font appel aux anciens morceaux de Lennon, Revolution 1 est un vrai blues bruitiste, Yer Blues est un faux blues (voir d’ailleurs le casting de la version du Rock n’roll Circus des Stones, à tomber), Revolution 9 est un collage inspiré des travaux d’Edgar Varèse.
Mais Lennon se fait aussi observateur et compteur : Sexie Sadie est une critique acerbe du Maharishi qui fit des avances à Mia Farrow, Dear Prudence en référence à Prudence Farrow qui restait toute seule lors des séances en Inde, et Bungalow Bill sous forme de comptine pour enfants.

Quant à Harrison il va placer 4 morceaux : Savoy Truffle dédiée au chocolat, la contestataire Piggies, la ballade Long, long, long et peut être sa plus belle composition While my guitar gently weeps. Ce morceau aura un invité de marque, la légende voulant que le solo soit si compliqué à exécuter par Harrison qu’il demanda à son ami Eric Clapton de venir faire pleurer sa guitare à sa place.

Notre malheureux Ringo placera son premier morceau Don’t pass me by, le meilleur morceau du siècle dixit Lennon ( !). La trouvaille du morceau sera de désaccorder le piano pour lui donner l’effet de jouer sous l’eau ; Ringo y joue des clochettes de traineau (Sleigh belles).
La surprise sera qu’il chantera un second morceau pour la première fois dans l’histoire les Beatles sur un même album, morceau offert par Lennon, celui qui clôt de l’album, Good Night. Ce magnifique morceau composé par Lennon prouve quel formidable compositeur il était, et montre une facette plus tendre du personnage.

A l’écoute de cette bible, on en ressort partagés : le pire (ob-la-di quand même !) cotoyant le tout meilleur. La légende de l’album sera renforcée par l’épisode macabre du groupe hippie Famille de Charles Manson. Il trouvera son inspiration dans les morceaux Piggies (lutte contre l’establiscment) et surtout Helter Skelter (désordre et confusion) qui le pousseront à trucider le 9 aout 1969 les occupants de la maison de Roman Polanski à Los Angeles, dont sa femme Sharon Tate alors enceinte. On retrouvera le mot Pigs écrit en lettre du sang de Tate sur la porte.

Après cet album les Beatles s’attèleront au documentaire Let it be qui ne verra jamais vraiment le jour et à leur chant du signe, Abbey road. Mais tout ceci est une autre histoire…

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