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D'abord, il y a l'incompréhension : une heure... pour une boucle ??? comment faut-il écouter ça ? Je me concentre à fond sur la boucle ? Je laisse mon esprit vagabonder, je m'abandonne à la rêverie ?... Mais comment ils font pour apprécier ça...??
...Bref : si tout se passe bien, la première écoute devrait mal se passer.

Puis on retente le coup, et là l'amorce d'une compréhension se fait... l'écoute se fait plus spontanée et la lumière éclaire le tableau jusque là bien abstrait et nébuleux de Basinski : on se laisse porter, notre esprit dérive : parfois des souvenirs émergents, d'autres fois ce sont des rêveries brouillées et vaporeuses, comme lointaines ou anesthésiées.

Ensuite, on commence à percevoir l'objet de plus en plus clairement : les variations se font de plus en plus perceptibles, et la richesse musicale du disque qui n'était jusque là qu'une boucle plus ou moins intrigante se dévoile. On se met à anticiper chaque boucle, curieux de savoir où se trouvera l'infime rétrécissement... enfin bref : on se prend au jeu et comme les écoutes s'accumulent, la boucle se fait de plus en plus hypnotique...

Et là vient l'obsession ! La boucle, d'une matière sonore soporifique et inaccessible, s'est transformée en un véritable lieu, comme ces paysages d'enfance à jamais regrettés : pour un temps, tout semble tourner autour d'eux et des expériences intérieures ou non qui les ont habitées.
Et chaque écoute de cette soi-disant répétition est l'occasion d'une nouvelle découverte. On se prend à y rêver, à écouter, à s'y souvenir, à y penser ou à y lire...

Enfin, on entraperçoit l'avenir possible de la musique (quoique l'album découle peut-être d'un concept trop précis pour pouvoir en déduire quoi que ce soit) : un transfert de la complexité musicale sur le plan sonore (travail sur les textures etc.), plutôt que mélodique/harmonique à travers la musique minimaliste ?
Une musique qui jouerait contre le temps, se jouerait du temps, s'amusant à le déformer, le mettre en scène à sa guise alors que jusqu'ici elle ne s'en servait que de base pour construire son architecture, comme un peintre se sert de sa toile?

Vraiment... le minimalisme, ça n'est jamais qu'une façade.

Pour finir, je me sens obligé de citer ce poème de Rimbaud, car à chaque fois que je le lis, je ne peux m'empêcher d'entendre ce lent clairon, cette aube musicale mystique longtemps attendue, cette trouée dans le lourd ciel de la logique et de la routine résonner dans mes oreilles ; dans ces deux chefs-d'oeuvre, la vie humaine, tel qu'on l'entend habituellement, se soustrait, laisse place à une vie plus profonde, plus mystérieuse, plus mystique :

L'aube

J’ai embrassé l’aube d’été.
Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route
du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes
se levèrent sans bruit.
La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.
Je ris au wasserfall blond qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.
Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq.
A la grand’ville elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et courant comme un mendiant sur les quais de marbre,
je la chassais.
En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu
son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.
Au réveil il était midi.

BobDylan
9
Écrit par

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