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MDB VII : retour en grâce.

Avis sur The Dreadful Hours

Avatar Krokodebil
Critique publiée par le

Novembre 2001, le plus célèbre des groupes inconnus, catégorie doom-death, revient avec un septième album studio, successeur de l'intéressant mais inégal The Light at the End of the World sorti deux ans plus tôt, et qui mettait terme à une période d'exploration musicale marquée par la recherche d'un son plus commercial (Like Gods of the Sun, 1996) ou plus électronique et expérimental (le très sous estimé 34.788%... Complete, paru en 1998). Le moins que l'on puisse dire, c'est que le retour est fracassant, le groupe entamant avec ce disque une période charnière de leur carrière, apogée qui prendra fin en 2007 avec l'excellent A Line of Deathless Kings, et à laquelle succédera la phase dans laquelle se situe toujours le groupe, à savoir un rythme de croisière entre disques toujours sympathiques mais un peu paresseux et fulgurances isolées (l'EP The Barghest O'Whitby, notamment, en 2011, ou la compilation Evinta quelques mois plus tôt) .

Composé de huit titres pour une durée de soixante-dix minutes, The Dreadful Hours est à sa sortie le deuxième album le plus long du groupe (avec son prédécesseur), mais surtout le plus dense avec Turn Loose The Swans : globalement moins de morceaux, mais des morceaux plus longs, qui ont toujours été le point fort du groupe. Mais c'est surtout la variété de sons et d'univers qui frappe lorsque l'on écoute ce disque. Variété d'autant plus étonnante que The Light at the End of the World, bien que bénéficiant de compositions soignées, formait un bloc musical cohérent mais compact à l'univers monocorde voire monochromatique.

Le trio de chansons qui ouvre ce disque-ci force le respect et agit comme un manifeste esthétique des albums à venir pour cette période faste qu'entame alors My Dying Bride. Véritable fer de lance du disque et sans doute son plus grand chef d'oeuvre, la chanson éponyme est une petite odyssée musicale d'une noirceur et d'une violence rarement atteintes depuis le tout premier opus du groupe, avec une qualité de production cette fois-ci totalement inédite. Longue intro pluvieuse sur laquelle la guitare égrène quelques notes mélancoliques et répétées inlassablement, puis voix traînante et tragique caractéristique d'Aaron Stainthorpe, on est en terrain familier, surtout lorsque s'abat la chape de plomb d'un riff titanesque et d'une lenteur suprême. Mais, surprise, la chanson embarque via un fondu enchaîné dans un univers fortement teinté de black metal, tant dans les riffs acérés qui surgissent que dans les hurlements du chanteur. Le risque est osé, le pari parfaitement tenu, et les parties qui se succèdent achèvent de faire de ce morceau sur une figure paternelle violente et nimbé de références bibliques un des classiques du groupe.

"The Raven and The Rose" renoue avec un style plus agressif et direct pour un titre plus inspiré par le death et le thrash metal, malgré des vocaux gutturaux, que par le doom à proprement parler, même si toute la dernière partie du morceau relève de ce registre; "Le Figlie Della Tempesta", en italien "les filles de la Tempête", est quant à elle une chanson monumentale par sa dimension (dix minutes) et sa teneur : un metal planant et atmosphérique, qui instaure une ambiance douce en mid-tempo dominé par un motif de basse irrésistible et lacéré de riffs de guitare entre les couplets, une vraie merveille et sans doute un des titres les plus accessibles du groupe pour les réfractaires au genre, sans céder pour autant à la facilité commerciale d'un "For My Fallen Angel".

Le reste du disque, en particulier les trois excellentes "A Cruel Taste of Winter", "My Hope, The Destroyer" et "The Deepest of All Hearts" renoue avec un doom à la fois plus traditionnel mais caractéristique car fortement teinté de romantisme sombre et de mélancolie élégiaque. La structure et le style même de ces morceaux annoncent par ailleurs l'évolution à venir du groupe, en particulier sur l'album A Line of Deathless Kings et ses suivants, à savoir un doom metal extrêmement mélancolique mais à l'ambiance unifiée voire parfois redondante quand les compositions ne suivent pas et accusent une certaine forme de redite ou de manque d'inspiration, ce qui n'est pour l'heure pas le cas avec cet album. Par ailleurs, la chanson la plus courte de l'album, l'étrange "Black Heart Romance", alterne audacieusement riff poisseux et ambiance oppressante avec des interludes extrêmement mélodiques à la guitare et sans précédent dans la discographie du groupe, pour céder la place après un théâtral "Adieu..." murmuré à un riff-rouleau compresseur qui est un des meilleurs moments de l'album et qui annonce fortement le doom-heavy très efficace de l'album suivant.

Enfin, reste la deuxième pièce maîtresse de cet album, le titre faramineux de près d'un quart d'heure, "The Return to The Beautiful", qui est un réenregistrement et une réécriture du titre-phare du premier album du groupe "Return of the Beautiful" (le changement grammatical faisant ici office de référence explicite au principe même réenregistrer la chanson avec plus de moyens, chose courante dans le metal extrême lorsqu'un groupe gagne en notoriété). Pièce d'inspiration biblique narrant la lutte entre le Bien et le Mal via leur deux représentants majeurs, à savoir Dieu et Satan, servis chacun par leurs armées, joute verbale épique entre les différents personnages qu'incarne Aaron Stainthorpe en changeant à l'envie de registre vocal, démonstration technique et salve inouïe de death metal pour conclure le disque en beauté, cette nouvelle version du classique du groupe place l'album en filiation directe avec la violence de leurs débuts tout en réaffirmant triomphalement la maturité qu'ils ont acquise et leur soif d'évolution constante - et qui leur fait aujourd'hui quelque peu défaut.

Pour toutes ces raisons, The Dreadful Hours n'est pas seulement un des meilleurs albums du groupe, c'est aussi un des plus importants, car il représente la synthèse du meilleur des disques passés, et qu'il préfigure le meilleur de ceux à venir. La pochette est un tableau de la main de Stainthorpe, peintre à ses heures perdues. Quant au successeur, paru en 2004, il s'agira tout simplement du meilleur album du groupe, mais c'est un autre chapitre.

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