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Une œuvre d’art, trop en avance sur son temps

Avis sur The Dreaming

Avatar RolandCaduf
Critique publiée par le

A peine le permis en poche, l’été 1982 me voit débarquer par le ferry en England au volant de ma dedeuche orange (phares carrés). Londres pour la première fois.

Oxford Street. Virgin Mégastore. Une petite femme me croise. C’est elle. C’est Kate Bush ! Je l’ai reconnue ! Mon courage à deux mains, je l’aborde maladroitement…
- « Kate, I came from France to see you »…je suis lamentable…elle est souriante…un paquet de Benson doré à la main…petite, toute petite…
Son nouveau disque vient de sortir, elle le prend dans le rayon et me le dédicace…se met sur la pointe des pieds, tend le cou et m’embrasse…je suis groggy…Kate Beuch’ m’a kissé !…je passe à la caisse avec le 33T…l’employée ne voit même pas qu’il est autographié…
Je passe l’après-midi à déambuler au cœur de Londres en fumant des Benson gold (toujours ma marque aujourd'hui), mon trophée sous le bras, la joue bisée en feu, le cœur et l’esprit chamboulés.

Le disque, je ne l’écouterai que rentré en France. C’est son plus fort.
Déconcertant à la première écoute. Tellement nouveau, il faut dire : il démarre par des salves de percussions, un chant haché, un son et une production étonnants. Sat in your lap.

A la fois varié et cohérent, The dreaming est un chef d’œuvre, de la pochette au moindre sillon. Kate Bush change le registre sa voix, l’emmenant dans des tessitures graves, déchirantes, inédites, sur des morceaux d’une beauté fascinante.
Ce ne sont plus des simples chansons ; ce sont des morceaux, pleins de détails, d’expériences, de trouvailles, d’ambiances. A la manière des symbolistes, l’artiste ne se contente plus de composer, elle suggère, elle évoque, elle traduit, elle élève…

Un voyage incroyable de force, de profondeur et de sensualité, alternativement hurlé puis susurré, découvrant des terres jusque là inconnues sur lesquelles viendront se repaître des années plus tard (une dizaine au moins….) les Björk et consorts.

Non commerciale au possible, cette œuvre d’art, trop en avance sur son temps, ne rencontrera qu’un faible succès auprès du public et de la critique, vraisemblablement déstabilisés dans leurs habitudes.
Kate Bush en souffrira, dit-on, et choisira, en artiste maudite, de se retirer un temps à la campagne.

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