It's all over now, baby blue

Avis sur The Endless River

Avatar Tídwald
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Je n'avais aucune attente pour ce quinzième et (jusqu'à nouvel ordre) dernier album studio de Pink Floyd, ce qui m'aide sans doute à ne pas être particulièrement déçu. En revanche, je sors de son écoute profondément perplexe. Pourquoi cet album existe-t-il ? Son écoute est indubitablement plaisante : les morceaux, dont aucun n'est vraiment plus mémorable ou intéressant que les autres, s'enchaînent comme une rivière sans fin (le seul titre chanté démontre par contraste à quel point l'idée d'un disque instrumental était bonne, dans la catégorie « évitons de faire des choses dont nous sommes clairement incapables à présent »), et la production est solide, sans esbrouffe ni fautes de goût indiscutable (on pourra bien sûr trouver à redire à Anisina, aka Terminal Frost Vol. 2), avec d'innombrables échos du temps jadis.

Mais au bout du compte, je me retrouve plus vieux d'une heure (l'expérience m'a bizarrement semblé nettement plus longue, mais pas nécessairement éprouvante) sans trop savoir ce que j'ai retiré de cette écoute. Un voyage onirique ? Je n'ai pas vraiment eu l'impression d'être transporté ailleurs. Un rappel du passé ? Je ne me suis pas senti particulièrement nostalgique (à part peut-être des moments où j'écoutais d'autres -- de meilleurs -- albums de Pink Floyd, mais peut-on vraiment appeler ça de la nostalgie ?). Un hommage aux amis disparus ? L'ombre de Wright ne m'a pas semblé spécifiquement présente, pas plus que sur The Division Bell en tout cas. Bref, je reste perplexe, et l'envie ne me manque pas de coller sur cette affreuse pochette (déjà kitsch, et même pas un kitsch drôle, en plus) un autocollant portant l'expression consacrée : « ce truc n'a absolument aucune raison d'exister ».

Fut un temps où Pink Floyd nous proposait des voyages cosmiques dans des soucoupes pleines de secrets, au-dessus d'albatros immobiles dans les airs ; fut un temps où Pink Floyd nous proposait un regard amer sur notre monde, du fond du chenil à la fabrique de parpaings ; fut même un temps (que je trouve sans intérêt, mais ce n'est que moi) où Pink Floyd nous proposait un regard attristé sur sa propre histoire, « pour toujours et à jamais ». L'histoire semble avoir ici trouvé son chapitre final : plus satisfaisant assurément que ne l'était le bancal Division Bell, peut-être moins symboliquement fort que ne l'était le concert à quatre du Live 8, mais final néanmoins. Espérons que les membres survivants du groupe en prennent acte et se décident enfin à arrêter de dormir sur les véritables trésors que recèlent leurs archives, toutes ces raretés, ces inédits, ces concerts des années 70 qui attendent toujours une parution officielle.

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    Pochette The Piper at the Gates of Dawn

    I hate Pink Floyd

    Avec : The Piper at the Gates of Dawn, A Saucerful of Secrets, Soundtrack From the Film “More” (OST), Ummagumma,

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