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The Endless River par Skipper Mike

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C’est grâce à Pink Floyd que j’ai commencé à m’intéresser à la musique ; ce fut le premier groupe pour lequel je me pris de passion au point d’en découvrir la discographie studio complète et encore aujourd’hui il fait partie de mon panthéon musical. J’étais pourtant loin d’être enthousiaste à l’annonce de la sortie de The Endless River. Il faut dire que, si les albums sortis pendant l’ère David Gilmour étaient à mon avis bons, ils manquaient de l’éclat du Pink Floyd des années 70 et montraient un déclin progressif dans l’inspiration. Ainsi, The Big Spliff, un album de musique d’ambiance, avait failli voir le jour à la suite de The Division Bell, mais avait été abandonné à mon soulagement. En effet, beaucoup de monuments du rock des années 70 cherchent à l’aune de la retraite à retrouver la grâce de leurs âges d’or, mais les compositions ainsi produites s’approchent en général plutôt de versions FM des chansons de cette apogée – ce qui ne signifie pas qu’elles sont mauvaises pour autant – ; ce fut le cas de David Bowie réexplorant sa trilogie berlinoise à partir de ‘Hours…’, des Rolling Stones nostalgiques de la période Jimmy Miller, mais aussi de Pink Floyd, encore hantés par The Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here. Malheureusement, ce sont les instrumentaux qui pâtissent le plus de ce retour vers le passé, le groupe de Gilmour cherchant à tout prix à retrouver le caractère planant de leurs anciennes compositions mais ne délivrant souvent que de pâles copies un peu balourdes, comme en témoignent les instrumentaux de The Division Bell et plus encore de la bande originale de La Carrera Panamericana. Voir accolés les termes « album de Pink Floyd » et « musique d’ambiance » avait donc de quoi faire craindre le pire.

Un autre motif de crainte résidait dans le statut de « High Hopes », la chanson finale de The Division Bell : si ce dernier était un album sympathique mais un testament imparfait, il avait le mérite de terminer la discographie du groupe à la perfection, avec ce morceau mémorable qui citait intelligemment les réminiscences du passé, et un album supplémentaire risquait donc de briser cette conclusion.

Aussi, je voyais peu de raisons de me réjouir en apprenant que The Big Spliff allait finalement sortir, même si le fait que les deux membres restants du groupe aient retravaillé les bandes laissaient espérer qu’ils aient pu profiter des vingt ans passés depuis la sortie de leur quatorzième album pour prendre du recul sur leur histoire. Un indice montre que c’est peut-être le cas : le regroupement de toutes les pistes en quatre parties, rappelant la disposition d’Ummagumma, album emblématique d’une période fastueuse qu’ils ont malheureusement peu explorée par la suite.

La première face se révèle sans surprise, creusant le sillon de Wish You Were Here ; l’enregistrement est très professionnel, on sent que le groupe ne fait rien de plus que ce qu’il sait faire, mais il sait bien le faire et ces trois premiers morceaux s’écoutent finalement avec plaisir.

La deuxième face est plus intéressante. Comme je l’écrivais plus tôt, Pink Floyd néglige trop souvent sa période allant de A Saucerful Of Secrets à Atom Heart Mother voire Meddle pour se concentrer dans les concerts comme dans les albums dirigés par Gilmour sur The Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here, voyant l’âme du groupe dans ce diptyque alors que les albums précédents recèlent de quantités de choses intéressantes ; aussi est-il surprenant de l’entendre ici se frotter à la hargne de cette époque. Passé une introduction rappelant celle de « Cluster One » sur The Division Bell, on a droit à un magnifique crescendo sous influence Animals et Wish You Were Here, puis on plonge dans l’ambiance de A Saucerful Of Secrets grâce à la batterie bienvenue de Nick Mason sur « Skins ». De nouveau, Gilmour fait se lamenter sa guitare sur « Unsung », mais cette deuxième partie se termine de façon relativement décevante avec un « Anisina » quelque peu ronflant, malgré de beaux chœurs.

La troisième face oscille entre le meilleur et le pire. C’est peut-être celle qui recherche de nouvelles sonorités avec le plus d’insistance, mais pas toujours avec fortune. Ainsi, si le groupe parvient à écrire des morceaux atmosphériques réussis comme « The Lost Art Of Conversation » et « Night Light » – paradoxalement le genre de pistes que je redoutais le plus avant l’écoute –, il se vautre dans la musique d’ascenseur avec « On Noodle Street ». Quant aux deux parties d’« Allons-y », elles se parent de balourdise en copiant « Run Like Hell » sans renouer avec sa fureur, et « Talkin’ Hawkin’ » est gâchée par la voix de Stephen Hawking – ce qui était déjà de mauvais goût en 1994 l’est toujours en 2014… Heureusement, le funèbre et sublime «  Autumn ‘68 » surplombe les autres morceaux et se dresse comme un des sommets de l’album.

La quatrième face est un sans-faute, dessinant un crescendo jouissif jusqu’à la chanson finale. « Calling » ressemble plus à du Vangelis qu’à du Pink Floyd, mais le morceau est réussi ; « Eyes To Pearl » retrouve une dernière fois les ambiances mystiques d’Ummagumma et A Saucerful Of Secrets, puis « Surfacing » hérite de l’atmosphère pastorale qui ponctuait The Division Bell. Et enfin, « Louder Than Words »… L’unique chanson de l’album est clairement éloignée de « High Hopes » et n’atteint pas sa réussite, mais c’est pourtant une bonne chanson. Certes, elle ressemble plus à du David Gilmour en solo qu’à du Pink Floyd, mais on sent que le guitariste a consciemment tenu à composer une véritable conclusion pour son groupe, citant même le dernier morceau de The Division Bell en utilisant là aussi les cloches de « Fat Old Sun ».

Certes, The Endless River ne fera pas partie des sommets de la discographie de Pink Floyd, mais cet album testament, qui se veut aussi un hommage au claviériste Richard Wright dans la veine de An American Prayer des Doors, est largement réussi et va au-delà de ce à quoi on pourrait s’attendre. Le son rappelle encore une fois bien sûr celui de l’âge d’or du groupe, mais on a tout de même le plaisir de retrouver des sonorités plus anciennes, même modernisées. L’enchaînement des titres est sans doute le meilleur aspect de l’album : tout semble cohérent et pensé, comme si les trois musiciens avaient déjà senti en 1994, lors de leurs sessions d’improvisation, le besoin d’offrir plus tard un dernier voyage instrumental dans leur univers sonore, citant de nombreuses parcelles de leur répertoire, de « Shine On You Crazy Diamond » à « Keep Talking » en passant même par « The Final Cut ». Le plus surprenant reste l’humilité du projet : Pink Floyd a beau être une imposante institution du rock anglais, The Endless River apparaît presque comme une œuvre confidentielle, ce qui contraste avec l’exubérance boursouflée qui se manifestait régulièrement sur les deux albums précédents. On sent alors le caractère apaisé, similaire à celui d’On A Island, que le vieux Gilmour a tenu à donner à ce testament : s’il nécessite plusieurs écoutes avant de ne plus déstabiliser, il s’inscrit finalement comme une conclusion naturelle à défaut d’être parfaite à l’histoire d’un des plus grands groupes du siècle dernier.

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