Woodkid, des limbes, scrutant le fil...

Avis sur The Golden Age

Avatar Mr_Carnby
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Faire pleurer dans les chaumières est une activité que je considère, en bon amateur de mélodrame que je suis, comme tout à fait gratifiante, en vue de sa difficulté homérique.

Non pas que faire pleurer, donner le frisson de l'émotion, faire parcourir la peau du coup de froid cathartique soit un labeur en soi – cela fait depuis que l'art existe -temps immémorial, s'il en est- que la facilité est une tentation d'artiste plus qu'utilisée.

Néanmoins, lorsque quelqu'un réussi, sous couvert de chambardements sonores et de souffle épique, à amener la larmichette à effleurer le contour mou et poilu de votre œil mouillant ; et ce, sans l'aide de procédés éprouvés, semblant essoufflés de leurs utilisation systématiques (car depuis des lustres balancés comme on balance les restes invendus des nourritures bas de gammes aux chiens de la musique que nous sommes) ; alors, et seulement alors, lorsque qu'on est sûr de ne pas être pris pour un quelconque objet, appartenant au fonctionnement machinal de ce procédé de facilité ; qu'on est considéré comme un être pensant, doté de goût et de sens critique (rpz) ; alors on peut pleurer. Chaudement. Et en être heureux.
L'artiste sera fier, je lui en laisse le droit.

Woodkid, lui, veut nous faire pleurer. Il ne le souhaite pas, il l'ordonne.
Et ce n'est pas très gentil.

Peut-être cherche-t-il à symboliser en musique un souffle épique : celui des guerriers courant dans les plaines ; celui des combattants armé de leur seul désir de vaincre l'ennemi, hurlant à la lune -rouge du sang déversé en ces batailles fantasmatiques- leur courage surhumain ; celui de l'amour tout puissant qui mêle les êtres dans une farandole cosmique...
Tout ce genre de choses idiotes. Éculées. Clichesques.
Pour s'y atteler, il ne pense donc avoir d'autre issue que cet orchestre, que ces violons, ces trompettes rugissantes, ces flutes voletantes, ces batteries militaires ou tribales.
Tout cela me semble si lourd. Et facile de surcroît.

Alors, cette musique ne serait que pompiérisme ?
Au moins, les clips ne mentent pas là-dessus. Tout un pataquès de tics pop, filmé avec un maniérisme bichrome, preuve de prétention pédante et non de talent, par ailleurs.

Le pompiérisme en musique, ce serait le piano de Where I Live... Ce serait cette familiarité étrange... Ce piano... Chris ?... Chris Martin ?... Coldplay, Muse, Woodkid : une même famille finalement ?
Une même famille, finalement.
Une recherche du grandiose, chacun à sa façon. L'un fait de la mauvaise pop symphonique, l'autre fait du mauvais prog symphonique, le troisième tente l'électronique.
Voilà pour le passage obligé de la comparaison.

Terminons sur une reprise. Je disais plus haut aimer la musique qui fait pleurer dans les chaumières ; et c'est un fait.
L'album à eu le bon goût -et c'est son unique- de me rappeler que d'autres avant ont aussi tenté l'emphase sonore. D'autres que j'ai su apprécier ; mais, il faut du talent pour réussir à cet exercice périlleux.

Springsteen, maître en la matière, et Bacharach avant lui, nous prouvèrent l'existence d'un fil, métaphorique. Un fil sur lequel tiendrait quelques artistes : ceux-ci seraient en équilibre parfait entre, d'un côté, le mauvais goût, et de l'autre, la plus grande des finesse, et ne saurait tomber ni dans l'un ni dans l'autre. Cela tient beaucoup au talent de compositeur, sachons-le.
Ces gens-là, les Carpenters de Close To You, le Elton John de Your Song, le Springsteen de Thunder Road, les Pet Shop Boys de You Were Always On My Mind (tout comme l'Elvis original) me semblent être de réels génies. Peut-être parce qu'ils semblent, mais qu'ils ne sont pas.
Usent-ils de facilité ? Non. De talent, simplement, mais pour rester ambigüe.
C'est une issue que je souhaiterais à l'Enfant de Bois.
Mais Woodkid, pendant ce temps, est déjà au sol ; il tient même le coussin molletonneux qui attends celui qui chuteras du fil. Vous vous doutez de quel côté il se trouve, bien sûr...

Bref. Lorsque Woodkid aura pigé ça, peut-être deviendra-t-il grand ? Car il semble malgré tout savoir écrire, au moins pour un orchestre...

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