Papy fait de la résistance

Avis sur The Next Day

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Oui, je l’avoue, j’ai mis longtemps à apprécier David Bowie. Je viens d’une génération pour laquelle le bonhomme était avant tout un opportuniste malin. Une carrière prolifique et éclectique bâtie sur sa capacité à vampiriser les tendances musicales de son époque. Chose qu’il est idéalement parvenu à accomplir durant les triomphantes 70’s, où il fut au sommet de son art. Un art de l’imitation et du recyclage. Si j’appréciais certains morceaux ici et là, Bowie ne pouvait être à mes oreilles que l’ombre de Lou Reed, Iggy Pop, Marc Bolan, Brian Eno, Kraftwerk, Trent Reznor, la liste est longue…

C’est avec l’âge que j’ai appris que l’originalité à tout prix n’était pas essentielle et qu’il y a une certaine gloire à singer avec talent. Surtout, Bowie a popularisé des genres et des artistes parfois obscurs et il faut bien lui reconnaître un grand sens du spectacle. Une rock star, donc, en chair et surtout en os. Doté d’un indéniable flair et d’une capacité assez impressionnante de renouvellement et d’adaptation. D’où le surnom parfait de caméléon. Aujourd’hui, j'avoue sans mal adorer au moins la moitié de sa production des années 1970.

Après une décennie de silence et de multiples rumeurs plus ou moins funestes, The Next Day était inespéré. Mais, plus surprenant encore, c’est un album qui reprend les choses là où la carrière quasi parfaite de l’artiste a commencé à dévisser. C’est-à-dire après ses chefs-d’œuvre de la trilogie berlinoise (Low, Heroes, Lodger) et Scary Monsters. Par bien des aspects, et surtout son côté brutalement rock’n’roll, The Next Day rappelle ce qui est quasi unanimement considéré comme le dernier grand disque de son auteur.

C’est une musique en forme de bilan de santé et de revanche. Même si les thèmes abordés parcourent toute la carrière de Bowie, leur présentation se rêvet presque intégralement des oripeaux du pop rock le plus classique. Les expérimentations de la période berlinoise ne se font entendre que par rapides échos. Néanmoins, la qualité des compositions, l’énergie de leur interprétation, presque enragée par moments, en font le meilleur album du Thin White Duke depuis le fameux Scary Monsters.

Oui, les atmosphères d’Outside étaient séduisantes, mais le disque, sur sa durée, se perdait en digressions assez inutiles que peu écoutent encore aujourd’hui. The Next Day est cohérent, bien qu’un peu monotone, surtout dans sa seconde moitié. On en vient à regretter qu’un autre slow comme Where Are We Now (premier extrait dévoilé et absolument pas représentatif) ne vienne briser la déferlante. Mais il ne faut jamais perdre de vue l’essentiel : les chansons sont vraiment bonnes et parfois même excellentes (The Next Day, The Stars (Are Out Tonight), Valentine’s Day, If You Can See Me, How Does The Grass Grow). A présent, le compositeur se contente de s’imiter lui-même et on ne lui réclame pas davantage.

Au final, Bowie revient quasiment là où tout a commencé : en imitant Scott Walker. Heat, la chanson qui conclut The Next Day rappelle bien sûr The Electrician des Walker Brothers. Scott Walker, celui qui a failli être Bowie à la place de Bowie. Et ici c’est 1978 à nouveau, là où le temps s’est arrêté. The Next Day s’écoute avec un immense plaisir et réconcilie avec un artiste désormais indéboulonnable mais qui n’avait pas été à ce point enthousiasmant depuis bien des décennies. C’est aussi, ironiquement, une réponse virulente à la chanson des Flaming Lips : Is David Bowie dying ?. Non, loin, de là, il est vivant. Et il compte bien le rester demain, et le jour d’après, et le jour suivant…

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