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The Octopus par Benoit Baylé

Avatar Benoit Baylé
Critique publiée par le

Docteur Savage
Médecine Nécrologique
Registration n°4815162342

Dossier nécrologique
Patient n°19691974 :
Nom : PROGRESSIF.
Prénom : ROCK

Date d'écriture du dossier : 4 septembre 2031

Naissance du patient :

5 juillet 1969, Hyde Park, Londres.

Rock Progressif nait à partir de l'acte inaugural suivant : le concert du groupe King Crimson à Hyde Park devant plus de 300 000 personnes en première partie des Rolling Stones il y a maintenant plus de soixante ans. Si sa date de naissance peut être contestée, certains lui prêtant Procol Harum, Moody Blues ou Beatles comme parents plus précoces, King Crimson est le premier groupe à donner à Mr Progressif une incarnation emblèmatique. Incarnation dont l'album In The Court Of The Crimson King représente l'essence la plus brut : les carcans de la pop s'y voient littéralement brisés, qu'il s'agisse des restrictions temporelles (aucune chanson ne dure moins de six minutes), techniques (la fulgurance de "21st Century Schizoid Man") ou instrumentales (démultiplication de McDonald au mellotron et au saxophone)... Ainsi est né Rock Progressif, dans l'originalité la plus iconoclaste.

Décès du patient :

Automne 1974.

Cinq ans plus tard, l'économie occidentale en pleine crise frappe l'industrie musicale. En guise de réponse, cette dernière décide de prendre des mesures drastiques pour assurer son avenir alors incertain. Il n'est plus question pour les maisons de disques de signer des groupes aux inclinaisons musicales aventureuses. Rock Progressif voit donc ses adhérents se diviser en deux groupes : les adeptes à la cause depuis les débuts, les machines à succès, les Yes, Genesis et King Crimson, et les adeptes amateurs, incapables de se faire signer dans une major. La créativité du déjà usé Mr Progressif subit alors une grave régression, cessant d'être progressiste, enfantant une musique de plus en plus élitiste et incompréhensible. Ainsi, 1974 signe sa mort spirituelle. Ce n'est qu'en 1976 qu'intervient sa mort physique, à travers la déferlante de Punk, aux antipodes du patient ici étudié.

Tentatives (défectueuses) de renaissance de la mémoire du patient :

Neo-Prog : né en 1983, hautement surestimé, il est incarné par trois entités ringardes pauvrement inspirées des gloires de la décennie précédente : Marillion, Pendragon, IQ. Il s'agit chez Neo Prog de jouer un rock plus progressif que progressiste au mauvais goût jamais vu jusqu'alors, influencé par les synthétiseurs arriérés propres aux années 80. Rock Progressif renaît sur le papier, il est en réalité toujours bel et bien mort.

Metal Prog : naissance officielle en 1992, date de la sortie de l'album de Dream Theater, Images And Words, il est tout aussi surestimé, voire plus. L'acte de naissance officieux (et plus perspicace) est en réalité de 1986, pour l'album Awaken the Guardian de Fates Warning. Malgré une ambition progressive indéniable, Mr Metal Prog tombe trop souvent dans des clichés "metal-FM" et n'apporte rien de plus à la cause progressiste, jusqu'à tomber dans l'oubli en 2011 avec la sortie du chaotique et bien nommé A Dramatic Turn of Events de Dream Theater. Un an plus tard, au bout du rouleau, le terroriste auditif James Labrie mue en kamikaze vocal et meurt d'une grave intoxication des cordes vocales en tentant d'atteindre un sol dièse, immédiatement létal.

Des hommages tardifs mais notables :

S'il apparaît désormais clairement que l'esprit progressiste propre à Monsieur Progressif est définitivement décédé, de vibrantes et innovantes révérences se sont manifestées au cours des années 00, parmi lesquelles Porcupine Tree, Muse ou the Mars Volta. En 2011, un nouveau collectif s'ajoute aux nouvelles grandes réussites du genre : Amplifier.

Renouvellement de l'esprit du patient :

En 2011, Amplifier existe depuis une douzaine d'années, pourtant son exposition dans les milieux intéressés reste assez confidentielle malgré la sortie de deux LP plutôt réussis mais pas révolutionnaires (pas encore !) en 2004 et 2006. L'esprit libertaire, le trio s'affranchit de sa maison de disque et devient indépendant. Délivré de ses contraintes, Sel Balamir, le chanteur/guitariste et leader, est pris d'une créativité débordante et décide de composer simultanément les deux albums à venir. Dans son processus de conception, le groupe choisit finalement de coupler cette doublette en un unique double album.

Si le double album est bien souvent sujet à des remplissages et/ou à une mauvaise estimation des capacités créatives, surtout durant l'âge d'or de Mr Progressif (Tales From Topographic Oceans, The Lamb Lies Down On Broadway), The Octopus fait excellente figure dans la liste des doubles consistants. Qu'il s'agisse du premier ou du second CD, Amplifier dépeint une ambiance corrosive et cryptique, ancrée dans un rock/metal alternatif aux ambitions progressives incontestables et omniprésentes. Mieux, The Octopus est, avec Deadwing de Porcupine Tree, ce qui s'est fait de mieux d'un point de vue progressisme entre 2000 et 2020. L'audace liée à la liberté totale des membres du groupe leur permet de livrer des prestations insolites : dans The Octopus, les mélopées pop côtoient l'hypnotisme propre au stoner rock, la virilité métallique joue avec les subtiles digressions du progressisme. De la pop, Amplifier puise des lignes de chant très attractives, grâce à une voix dans la lignée directe de celle de Steven Wilson. Du Stoner rock, le trio tire quelques riffs écrasants de puissance, à l'instar de "The Wave" ou "Fall Of The Empire", sabbathien en diable. Du metal, Amplifier emprunte la technicité et un son brut. Quant au progressisme, The Octopus embrasse tous ses codes : d'un mysticisme profond à la diversité des instrumentalisations (trompette sur "Interglacial Spell"), de la longueur des morceaux (en omettant l'introduction, de cinq à onze minutes) aux quelques interludes atmosphériques ("Oscar Night // Embryo") sans oublier cette pochette intrigante, tout dans cet album transpire l'art cher à Rock Progressif. Dans sa grande époque. Ainsi, 2011 marque l'avènement d'une recrudescence exceptionnelle de la qualité dite progressive. Plus fort que Porcupine Tree, Amplifier se crée à l'époque une place de choix dans les nouveaux groupes qui comptent vraiment. La suite est aujourd'hui connue de tous.

4 septembre 2031.
Dossier Nécrologique de Mr Rock Progressif
Par Docteur Savage, Nécrologue et Progressiste.

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