Les tables de la loi du punk-rock.

Avis sur The Velvet Underground & Nico

Avatar Errol 'Gardner
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Impossible de dissocier ce disque de la voix de Nico, princesse de la mode arrivée dans le combo new-yorkais un peu par hasard. Un réalisateur, Paul Morrisey, estimait que le Velvet Underground était un groupe sans leader, et par conséquent sans avenir : il y avait bien un chanteur, se disait-il, mais il jugeait ce dernier sans personnalité, sans charisme, et la belle blonde allemande, véritable « femme fatale », mannequin à la voix enchanteresse et au corps de déesse grecque ne pouvait qu'intégrer ce qui allait devenir alors l'un des groupes les plus influents de tous les temps. Dans cet album, chaque note, chaque bris de verre enregistré ici (« European Son »), chaque riff malmené et distordu (annonçant déjà l'album suivant « White Light/White Heat ») est imprégné du rock'n roll le plus pur qui soit : c'est comme si l'énergie originelle d'Elvis passait par les mots et l'intellectualisme de Dylan, pour donner ce mélange détonnant, transcendant, cette synthèse musicale parfaite et parfaitement inimitable que nous a pondu là le Velours Souterrain de la plus belle des Venus à la fourrure.

Un programme de rêve : une douce chanson rêveuse se buvant comme un délicieux expresso au petit déjeuner du dimanche matin (« Sunday Morning »), un rock optimiste et joyeux aux accords de guitare inoubliables donnant le bon tempo d'une fête arrosée (« I'm Waiting For The Man »), une chanson d'avant-garde mystique, véritable messe pour introduire les cérémonies des sectes, incroyablement enrobée des notes lancinantes et langoureuses du violon électrique d'un John Cale inspiré (« Venus In Furs »), que, logiquement, et légitimement, on réécoute sans cesse après la première écoute : la première face de ce disque mémorable n'est composée que de pépites.

La face B est tout aussi remarquable, ne serait-ce que par la déclaration d'amour de Lou Reed à l'heroïne qui arpentait alors ses veines (« Heroïn »), mélopée que ce bon vieux Lou de mer chantait comme pour atteindre des cieux divins imaginaires, par la "simple" rédemption du rock'n roll. On ne peut que se prosterner devant l'un des rois du rock, ce loup urbain qui écrivait alors sans le savoir, par ses solos ubuesques et emprunts de cette maladresse propres aux apprentis guitaristes en herbe mais terriblement honnêtes et sincères, les tables de la loi du punk-rock.
La légende est bien connue : au début des années 2000, on disait que l'album ne s'était vendu qu'à 500.000 exemplaires. Mais, disait-on, les 500.000 acheteurs ont tous fondé un groupe... Le Velvet, par ce son crade, brut de décoffrage, saturé, par leur audace, par ce « son » très personnel, par ce disque enregistré en 4 jours dans un studio minable de New York pour la modique somme de 1500 dollars, est devenu un groupe aussi important que les Beatles. Mais ça, il ne le sait toujours pas.

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