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The ghost of Mandela, hope my flows they propel it

Avis sur To Pimp a Butterfly

Avatar Gronaldo
Critique publiée par le

Il y a un peu plus de 10 ans Game sortait son Documentary. Il était un peu comme Kendrick Lamar à ce moment là, comme si chaque décennie il fallait un fils prodigue pour remettre la côte ouest sur la carte. Mais ce constat s'étant fait à 2 époques différentes il s'est forcément traduit par des albums très différents. Chez Game cela voulait très simplement dire sortir un super blockbuster, avec des lowrider et les basses de Dr.Dre, de donner un nouvel os à mordre à MTV. Chez Kendrick c'est très différent, mais cela conduit à la même chose : une fois que l'emballement général a commencé il est impossible de l'arrêter.

Pourtant To Pimp A Butterfly n'est pas vraiment le Documentary de Kendrick, puisqu'il a déjà Good Kid, maad city. il est à la fois une suite et un approfondissement en donnant sa substance et explicitant le fond du premier. La recette n'a pas vraiment changé, les qualités et les défauts non plus. Mais ces derniers sont exacerbés, To Pimp a Butterfly étant un album excessif sur à peu près tout les points. C'est son premier et plus gros défaut. Le fait que l'album était un succès téléguidé, que Kendrick devait rentrer dans un costume plus grand, lui en font faire des tonnes. J'avais déjà pesté sur les delivery pétés il y a plus de 2 ans, depuis ce ne fut qu'une descente aux enfers. Kendrick ne sait plus accoucher d'un rap sobre (c'est à prendre au sens littéral sur "u", lorsqu'il surjoue un état d'ébriété dans la 2ème partie du morceau, très gênant pour lui). Il se sent obligé de surinterpréter quasiment tout les morceaux, à 2-3 exceptions prés. Pourquoi ? Manqueraient-ils de profondeur en eux même ?

Cet excès ne tient pas seulement à l'interprétation mais aussi à l'écriture des morceaux. Tout n'est que grandiloquence. Kendrick ne tient plus seulement à faire de son album un concept de durée, mais aussi à distiller les moments forts. Hélas, il y arrive très rarement. Et lorsqu'il n'y arrive pas, ou partiellement, le résultat peut être ridicule. Régulièrement K.Dot use de l'interrogation, martèle et utilise des formules ronflantes. Il interpelle ses fans sur "Mortal Man", énumère sur l'irrégulier "Momma", fait dans la fausse profondeur sur "How Much A Dollar Cost" qui rappelle le récent J.Cole dans l'esprit. Et parfois il va trop loin dans l'émotivité, se trouant complètement sur un "i" niaiseux qui l'obligea à s'expliquer accapella dans cette nouvelle version de l'album. Beaucoup de choses se mélangent dans l'album, mais souvent le pseudo apport de nouvelles idées semble forcé et inutile. Un exemple parmi d'autres est la figure de Lucy, qui symbolise Lucifer, de là ou Kendrick embraye sur la dualité de ses 2 vies. Mais ce genre de symbole prosaique a été vu des milliers de fois, c'est ça le problème. A force de camoufler ses sons dans la formule et le symbole pour faire dire que c'est génial, la forme et le fond sont complètement dilués dedans et les morceaux ne font pas grand sens. Comme si l'objet de l'album était juste de s'étaler, de vouloir se faire plus profond qu'il ne l'est.

Excès enfin dans le contenu même, ce que l'album veut globalement être. Comme dit précédemment il a l'ambition de suivre son aîné (en multipliant les références à celui ci, construisant même entièrement certains morceaux dessus comme le d'ailleurs plutôt bon et pour le coup assez fin dans l'écriture "These Walls" qui revient sur le sort du tueur de Dave, compagnon du road trip dans Compton de good kid maad city) tout en étant cet espèce de porte étendard d'une communauté dans le brouillard, par l'exhortation des racines (par la dichotomie roi et opprimé de "King Kunta"), des réflexions sur l'Amerique blanche et sur le racisme (avec quelques cautions pseudo profondes et une auto-critique clichée à souhait sur "The Blacker The Berry"). Le tout enrobé donc dans cette idée de devoir porter un héritage apparemment très lourd et de marcher dans les pas des légendes, comme symbolisé par cette interview fictive de 2Pac en fin d'album. Interview qui précède la conclusion explicitant le symbole (on ne peut plus simplet, mais apparemment c'est génial) de la chenille et du papillon, et du titre du disque en référence au célèbre livre d'Harper Lee, To Kill A Mockinbird.

Comme pour le précédent, je n'ai donc pas vraiment été convaincu. Néanmoins l'album possède quelques atouts indéniables au premier rang desquels figure la production. Ultra soignée, et surtout très différente de GKMC, Kendrick a choisi de joindre les sonorités au contenu, dans une ambiance qui se rapproche de DJ Quik ou Battlecat. Le rythme binaire kick-snare des beats funky de "King Kunta" ou "Wesley's Theory", les basses hydrauliques, la talkbox et divers vocals et sirènes mais aussi les morceaux plus jazz donnent au projet une couleur très agréable.
En parallèle, si les interprétations gachent beaucoup de morceaux, et que K.Dot n'est pas un top lyriciste, on ne peut nier qu'il s'en sort bien ponctuellement, comme sur "How Much A Dollar Cost" ou "Momma". Et puis plus globalement, en dépit de ce qui est frustrant dans l'esprit de conception de l'album et dans le personnage de Kendrick, peut on dire que TPAB est un mauvais album ou un album baclé ? Après avoir écouté le dernier Action Bronson à l'instant c'est très difficile. C'est clairement un album dense, même si c'était une escroquerie, ce serait une escroquerie bien ficelée.

Le problème reste encore une fois l'aspect ultra calculé du projet, le manque de spontanéité (et peut être de sincérité, voire de modestie) comparé aux rappeurs qu'il tente d'émuler, le discours calibré pour ces gens qui cherchent désespérément quelqu'un pour redresser la barre. Le fils prodigue semble plus être le produit de ce que les médias et le public en ont fait qu'un MC accompli, à la manière de son verse sur le "Control" de Big Sean, qui demandait déjà aux rappeurs de hausser le niveau, comme si le demander était une finalité en soit et pouvait automatiquement dispenser de parler des bars de Kendrick sur ce même "Control". To Pimp A Butterfly c'est pareil, on préfère voir ce dont parle l'album puis le sur-intellectualiser, plutôt que de regarder vraiment le traitement qu'en fait Kendrick. Et finalement je ne retiens que peu de morceaux qui ne tombent pas dans la case du son tape à l'oeil et déjà fait. Un peu comme si on avait arraché les ailes du papillon et qu'on les avait collé avec du scotch sur la chenille avant de balancer cette dernière dans les airs. N'en jetez plus, la relève est là, qu'on le veuille ou non.

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