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Cinquante ans et plus qu'à moelle.

Avis sur To the Bone

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Déroutant. C'est ce que l'on peut aisément penser quand on voit apparaitre les premiers éléments distillés sur le web pour annoncer la cuvée 2017. Ça commence par un visuel (signé Lasse Hoile). Son simple portrait en plan poitrine, torse nu, le tout en tons froids sur fond rouge vif, en lieu et place des ses habituels artworks conceptuels. L'opération changement de cap opérée depuis deux bonnes années semble désormais aboutie jusque dans l'image que Wilson, ayant pris le melon en même temps que du gallon, souhaite véhiculer. Et les premiers extraits/clips proposés, dénués de toute homogénéité structurelle, ne font qu'accentuer ce sentiment. Tout cela gratte un brin quand on sait ce qu'est susceptible de construire l'un des derniers grands maîtres du Prog Symphonique, capable de signer un concept Littéraire inspiré de son livre de chevet du moment ou le dernier documentaire qui l'a émotionnellement touché, et ce en toute cohérence avec son approche mélodique et rythmique aux contours complexes.
Mais finalement, est-ce si étonnant ? Après avoir revisité les constructions et sonorités élaborées entendues dans sa prime jeunesse, il s'attaque aux sons de son adolescence. Vingt ans en 1987. C'est dire s'il a grandit avec une musique à l'efficacité FM primant bien souvent sur l'intérêt artistique.

Nouvelles textures, nouvelle approche.

Finalement, l'EP Four and a half annonçait la couleur : Un dernier opus sous contrat chez K-Scope, expédié en mode "fonds de tiroir" avant de rejoindre le label Caroline International et en profiter pour changer un peu d'air avec comme ingénieur du son Paul Stacey (Oasis, The Black Crowes), également lead guitariste sur "Refuge". (Hasard ou coïncidence, une section de "Permanating" sonne clairement Oasis mélodiquement).
Adam Holzmann reste derrière des claviers aux couches moins vintage qu'à l'accoutumée, moins acides que par le passé. Quelques rares apparitions de Nick Beggs (seulement sur "Permanating" qui a pu lui rappeler les lignes stériles qu'il concevait avec Kajagoogoo !) ainsi que de Craig Blundell (batteur de la dernière tournée) et sur les titres les plus éloignés de l'esprit Prog' !). Dave Kilminster, lead guitariste de la formation du Hand.Cannot Erase tour, se trouve relégué en simple choriste. Dave Stewart s'occupe toujours brillamment des arrangements de cordes. Et Ninet Tayeb, de sa tessiture hors norme et de son grain vocal chaleureux, vient délicatement habiller deux plages ("Pariah" et l'acoustique "Blank Tapes") que l'auteur dit avoir composés spécialement pour sa voix à elle. Bel hommage à son indéniable talent.

Pour le reste de nouvelles têtes : Jeremy Stacey (batterie), David Kollar (guitares), Robin Mullarckey (basse), Pete Eckford (percussions que l'on croirait parfaitement synthétiques) et l'harmoniciste Mark Feltham qui, de ses quelques apparitions vient sérieusement appuyer la nouvelle approche de Wilson. On note également la co-écriture du titre d'ouverture (assez rare que Steven partage l'affiche !) avec Andy Partridge, leader de XTC.

Et la sauce prend... To the bone est plutôt brillant ! Oh évidemment les aficionados du Progressif pur jus ne s'y retrouveront pas vraiment. Pas plus que les fans du Metal Prog de Porcupine Tree. Pas sûr, enfin, que les Pop'Addicts ne s'y retrouvent non plus, au grand désespoir de l'auteur qui dit souffrir d'un manque de reconnaissance (interview à MusicWaves.fr). Pourtant, Wilson le dit bien sur son site officiel :

"[...] par bien des aspects inspiré des albums de Pop progressiste ambitieux que j'ai aimé dans ma jeunesse, à savoir So (Peter Gabriel), Hounds of love (Kate Bush), Colour of spring (Talk Talk) et le Seeds of love de Tears for Fears. [...]".

Ce sont en effet les références auxquelles on pense nécessairement, en particulier les deux derniers cités. Seeds of love qu'il vient d'ailleurs de déconstruire et reconstruire entièrement pour en réaliser le remix.

Premier extrait déposé sur le web il y a quelques mois déjà, "Pariah" est un clin d’œil évident au "Don't give up" de Peter Gabriel, en duo avec Kate Bush.
Ajoutons-y Depeche Mode pour les parts plus électroniques de l'opus ("Song of I" en duo avec la suissesse Sophie Hunger), INXS, Julian Cope ou plus partiellement, sur "The same Asylum as before", le Genesis d'après sa renaissance en trio, mêlé de quelques touches que l'on pourrait trouver chez "The Who". Bref, To the Bone verse souvent dans le Synth Pop teinté de trop légères touches de Prog' oubliant souvent le rock des grandes heures et quasi-pleinement le metal.

Trajectoires antagonistes et bang supersonique.

En terme de Production, le niveau est clairement un cran plus haut et pas vraiment moins lisse que pour H.C.E.. Pour une simple et bonne raison : le choix est cette fois assumé ! Hand.Cannot.Erase., tendait déjà vers ces sonorités pop, alourdies (heureusement !) de touches plus progressistes et percutantes . Wilson se devait de ne pas oublier totalement son chef d'œuvre précédent. Dans ce tiraillement, l'album était seulement partiellement réussi. Au regard de The Raven... tout du moins. Et Four and a half, appuyé sur les chutes des deux derniers opus, n'avait pu que confirmer cette tendance .

Mais pourquoi ranger un artiste dans une seule catégorie ? Il évolue, nous aussi. Chaque opus se doit d'être différent du précédent tout en restant dans une sorte de linéarité qui ne démangera pas le fan de la première heure. Demander à un artiste d'aller plus loin dans son art pour nous émerveiller d'avantage, mais sans pour autant qu'il ne s'affranchisse de la case dans laquelle nous l'avons nous-même circonscrit... quand on y pense, c'est absurde ! The Raven that refused to sing est probablement indépassable (par l'auteur lui-même j'entends). Autant visiter d'autres contrées ! Quand on a été fan tour-à-tour de Donna Summer et d'Electric Light Orchestra, le spectre des possibles est large !

Broyer du noir mais dans une zone de confort.

Ici pas de patterns complexes derrière les fûts, pas de virtuosité excessives aux lead guitares, excepté peut-être sur l'ambitieuse "Detonation". Wilson s'y révèle encore un peu chercheur d'inattendu, mais en mêlant les genres plus qu'en développant son style de prédilection. Une piste frisant les dix minutes, mélodiquement riche dans sa partie centrale (breaks de guitares bien sentis!) virant au Jazz-electro des années 80 dans sa troisième section.

Peu de breaks alambiqués dans les rythmiques. Un petit quand même sur "People Who eat Darkness" dans le pur style Rock brut Made In Seattle (Pearl Jam en particulier)...
Ce qui a fait sa renommée disparait donc presque totalement. Pourtant toujours une atmosphère qui est propre au bonhomme, et un sens aigu de la mélodie dans sa progressivité et sa gestion en clairs-obscures. C'est d'ailleurs là le seul aspect qui relève la sauce Pop : la longueur des titres, et le développement de ceux-ci.
"Nowhere Now" ou "The same Asylum as before" s'avèrent être bien moins simplistes qu'elles n'y paraissent quand on y décortique les différentes trames. Toujours une texture lumineuse bien placée venant approfondir la relative passivité de la composition.

"Refuge", sans doute la plage la plus Wilsonienne, se joue sur trois accords surannés et pourtant, est-ce l'effet de l'harmonica, des choix de sonorités, de sa progressivité en terme d'intensité, ou de sa thématique d'actualité, elle est assez saisissante.
Et même "Permanating" ! Passé l'effet de surprise désagréable de production Pop FM bas de gamme, sur boite à rythmes et le clip aux couleurs très orientales et festives, la piste n'est pas si mauvaise. Un petit côté disco qu'il assume :

"[...]à l’époque (...), j’étais davantage attiré par les disques de ma mère, ceux de Donna Summer ou la B.O. de Saturday night fever… Cette première émotion a nourri mon ADN musical, m’a donné une certaine sensibilité pop, avant que je ne me tourne vers les groupes plus complexes de mon père. (Pink Floyd ndlr.)[...]" (interview parue dans Télérama)

Et le "taciturne" Wilson se sent obligé, de justifier encore ce morceau positif, haut en couleur et à l'innocence enfantine :

"[...]J'ai toujours aimé les danses Bollywoodiennes parce qu'elle sont une forme d'expression joyeuse. Travailler avec des danseuses Indiennes n'est pas une décision contrainte[...]" (source firstpost.com)

Il faut dire que les commentaires Youtube des fans à la publication de ce clip étaient quelques-peu incrédules... Thématique et sonorités en contraste grossier avec ce que nous propose Steven Wilson depuis vingt-cinq ans. Mais aussi avec le reste de l'album dont il est extrait et dont les thèmes sont encrés dans notre sombre époque : quête de la vérité, crise migratoire, montée des fondamentalismes et terrorisme.

Un Blackfield plus musclé et sans édulcorant.

Au final, le plus décevant est sans doute la piste de clôture, "Song of unborn", qu'il aurait tout aussi bien pu développer avec Aviv Geffen. On pense d'ailleurs souvent à Blackfield à l'écoute de To the bone. Mais un Blackfield qui serait, "idéal", comme le souligne Cyrille Delanlssays sur Amarok Magazine. Plus inventif et moins sirupeux.

N'est ce pas là la marque forte d'un artiste ayant, en une seule œuvre, synthétisé toutes les facettes de sa personnalité musicale ?! Qu'en sera t-il au prochain passage en caisse ? Lui qui ne m'a pour l'heure jamais perdu mais qui "rêve de réaliser un album qui fasse le pont entre Kate Bush et Daft Punk" ... pourrait bien, un jour, finir par trouver porte-feuille clôt. Certaines alchimies peuvent sentir le rance... Mais, avec Steven Wilson, sait-on jamais ?!

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