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Avis sur Transformer

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Le roi de la pop était partout. Le milieu des 70's appartenait bel et bien à David Bowie, personnage quasi mystique se permettant même de publier des albums sous un pseudonyme : Ziggy Stardust, et omniprésent dans l'inconscient collectif, autant dans les bars new-yorkais que dans les rues de Londres.
Et quelle ne fut la surprise de la critique rock quand celle-ci appris que le maître du glam était parvenu à apprivoiser l'artiste indomptable par définition : Lou Reed. Celui qui avait fait ses armes en tant que leader d'un des groupes les plus influents de l'époque, le regretté Velvet Underground, décidait de s'exprimer en solo, mais pour cela la maison de disque a un impératif, une condition : cet album solo sera produit par David Bowie ou ne sortira pas. Fulminant, complètement accro à l'héro, Lou entre en studio la rage au ventre, et avec la résolution de ne pas se laisser faire par ce soi-disant prince de la pop qui tenterait certainement de détourner sa musique pour un faire de l'horrible pop commerciale. Pour Bowie, c'est une occasion unique de rendre hommage à l'une de ses idoles.
La rencontre n'est pas aussi explosive que prévu, et avec de la patience, Bowie réussira même à amadouer la bête, le rock'n'roll animal, Lou Reed, qui se dira charmé par Bowie qui tente d'être aussi discret que possible, n'imposant pas ses visions à Lou qui restera le maître à bord.
Tout le disque est en fait l'histoire de la rencontre entre cet artiste vénéneux new-yorkais et ce producteur raffiné venu tout droit d'Angleterre. De fait, Bowie capte tout la magie Reedienne, cette poésie urbaine décadente, ces guitares électriques crasseuses, ces mélodies formidables, le tout avec un son très travaillé mais gardant tout de même une part de violence brute Velvetienne. Le premier titre de l'album annonce la couleur : "Vicious". Sur un riff imparable, guitares stridentes à l'appui, Lou dénonce une femme sans scrupules : "Quand je te vois venir, j'ai juste envie de courir... loin d'ici ! Tu n'es pas le genre de personne que j'aimerai rencontrer... Oh bébé, tu es tellement vicieuse" entre autres gentillesses.
Une chanson comme "Perfect Day" présente un Lou Reed apaisé et légèrement grandiloquent dans une belle ballade ensoleillée qui prouve à qui en doutait encore que son auteur est bel et bien l'un des meilleurs paroliers de son époque. Suivent plusieurs saillies rock'n'roll, dont le rockabilly "Hangin' 'Round", continuant son portrait délirant de femmes odieuses, ou le tube potentiel "I'm So Free" dévoilant la dimension stonienne du bad boy.
Lou Reed en vient aussi à jouer au crooner à plusieurs reprises, chantant d'une voix puissante des opérettes jazz, cuivres bien présents, ou des chansons d'amour romantiques, tout cela assez éloigné du Velvet, et plus proche en vérité de... David Bowie.
Reed alterne donc ballades, comme "Satellite Of Love" qui est doté d'une magnifique mélodie, ou "Make Up" (dans le même esprit que "Perfect Day"), mais aussi de grosses blagues dans le style comédie musicale ("New York Telephone Conversation"), ainsi qu'une pure chanson de crooner, tuba et piano au rendez-vous : "Goodnight Ladies". "Wagon Wheel" et "Andy's Chest" (ultime hommage à Warhol) sont entre chien et chat, comme un mélange presque parfait du glamour, de la pop, de la grandiloquence de Bowie et de la poésie décadente et électrique de Reed.
Le tout est d'un esprit très rétro, on sent ici la douce euphorie du New York de la fin du XIXème siècle.
Et enfin, bien sûr, on en vient au tube. C'est LA chanson. "Walk On The Wild Side" reste aujourd'hui encore l'hymne des junkies, des putes, camés, artistes, dealers, homos, tout le New York warholien décadent, tellement rock'n'roll en fin de compte. Sur une mélodie tout simplement sublime, d'une pureté absolue, Lou Reed parvient à nous raconter des horreurs... C'est un tour de force magistral que réussit là Lou Reed, réussissant à combiner sans compromission mais avec une réussite totale sa poésie perverse et décadente avec un succès considérable auprès du grand public. Un peu comme Nirvana au fond, qui deux décennies plus tard parviendra aussi à gagner de l'argent tout en refusant de vendre son âme. Cette chanson reste au final le seul vrai succès commercial de la carrière maudite de Lou Reed. Utilisant les métaphores qu'il avait déjà utilisées avec le Velvet ("Janie" pour l'héroïne, ...), il raconte parmi d'autres l'histoire d'une prostituée, avec qui "tout le monde devait payer et payait". Parlant autant de l'homosexualité que de la drogue, Lou se fait l'avocat de la perversité, de la défonce, comme un prophète chamanique invitant ses auditeurs à "faire un tour du côté sauvage...". The wild side donc, le côté sauvage, obscure de la vie, qui n'a cessé d'obséder Lou Reed toute son existence. Cette chanson est son ultime profession de foi, qu'il nous livre ici sous la forme d'une magnifique confession apaisée, d'un trip intégral qui prend toute son ampleur quand l'auditeur est sous l'influence de quelconque substance, se laissant alors aller en suivant le conseil du maître, et marchant ainsi un peu avec lui du mauvais côté...

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