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The pleasures of a normal man

Avis sur Unknown Pleasures

Avatar toothless
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"Notre James Dean gothique s'est jeté à corps perdu dans la vie, c'est-à-dire le vide"
C'est ainsi que Bruno Tavarant, dit Bayon, annonce la mort de Ian Curtis dans le journal Libération.
Agé de 23 ans, le chanteur de Joy Division, maniaco-dépressif, torturé par ses crises d'épilepsie, de plus en plus fréquentes et handicapantes, se donne la mort le 18 mai 1980, en se pendant dans sa cuisine. Toute sa vie a été une lutte contre l'obscurité qui planait sur lui, et qui a fini par l'emmurer. Il a cédé sous le poids de ses problèmes affectifs, de la célébrité grandissante de son groupe, célébrité pour laquelle il n'était pas fait. Inconsciemment, involontairement, il a changé l'histoire de la musique. Retour sur la discographie des Divisions de la Joie.

  1. Depuis quelques temps déjà, un certain groupe cartonne pas mal dans la scène underground de Manchester. Leur nom : Warsaw, avant de changer pour Joy Division. Ils ont un petit quelque chose de bien particulier. Ils donnent dans le Punk avec une aura très sombre, incarnée par la voix grave et si glaçante de leur frontman. Leurs thèmes favoris ? Dépression, frustration, colère, honte, suicide. Le reflet de l'Angleterre puritaine et dégueulasse de cette époque maudite. Un EP est déjà sorti en 1978, An Ideal For Living, un 45 tours avec une pochette réalisée à la main.
    Tel est le contexte qui servira d'environnement à la création du premier des deux albums du groupe, l'implacable Unknown Pleasures, un album incroyablement noir qui va transformer le rock.

Je dois dire qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour l'aimer. Etrange pourtant, j'ai eu un coup de coeur sur "Disorder" dès la première écoute. Je peux vous assurer que j'en suis resté comme deux ronds de flanc. Probablement le morceau d'ouverture le plus hallucinant jamais enregistré, un chef d'oeuvre du Punk (genre pourtant saturé de branquignols communistes) qui pose les bases de ce qu'est la musique du groupe. Basse surpuissante, guitares geignardes, son délavé, motif de batterie répétitif mais non sans énergie, on est littéralement cap-ti-vé pendant plus de trois minutes. Et le reste de l'album n'est qu'une plongée encore plus désespérée dans la tristesse. Curtis, passant par tous les états possibles et imaginables (vénère sur "Day of the Lords", désenchanté sur "Candidate", halluciné sur "New Dawn Fades"...), surplombe l'album de sa voix sépulcrale dans une frénésie d'une rare honnêteté. Le tout se termine par un "I Remember Nothing" absolument terrifiant, expérimental et tourmenté dont on se souviendra comme un des plus grands moments de bravoure du quatuor britannique.

Au fil des écoutes, on comprend que ce disque qui semblait si misérable/minimaliste au début est en fait novateur en tout point. Ce jeu de basse en totale opposition avec la disco qui inondait de merde l'industrie musicale de l'époque, ces percussions froides et martiales qui seront reprises par les Cure sur Pornography, et surtout le texte de Ian Curtis, si sincère et réel, si poignant, si douloureux mais fascinant : tout cela ne pouvait que faire l'effet d'un pavé dans la marre. C'est là que le Punk n'était plus seulement une musique destinée aux paumés, c'est là qu'une nouvelle voix s'élevait : celle des coeurs brisés, de ces jeunes dont on a volé l'enfance à grands renforts de traditionalisme, d'usines crachant leur fumée noire, de briques aux tonalités immondes, cette jeunesse perdue, qui se drogue, qui est fatiguée d'espérer, finalement celle de l'Angleterre toute entière.

Disque extrême, profond, difficile d'accès, plus noir que noir, Unknown Pleasures ne peut laisser personne indifférent. On peut ne pas l'aimer, mais personne ne niera l'indescriptible fureur qui se dégage de l'album, en particulier grâce à un vocaliste complètement habité par ses démons. Le dégoût et le mépris de soi-même commençait alors à ronger Ian Curtis, et nous savons tous que cela ne s'est pas arrangé avec le temps. Véritable expérience nouvelle à l'époque, l'album sera suivi par un ultime chef-d'oeuvre, Closer, qui ira encore plus loin dans la démarche jusqu'au-boutiste entamée par ce diamant brut qui brille dans le noir.

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