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Up the Downstair par Benoit Baylé

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Encouragé par le succès critique d'On The Sunday Of Life dans les milieux underground anglais du début des années quatre-vingt dix, le label Delirium voit en Steven Wilson et son projet solo Porcupine Tree une fontaine de jouvence psychédélique aux ressources encore inexploitées. La boulimie de créativité du principal intéressé, comparable à celle des plus grands artistes seventies dont il s'inspire sans retenue demandait un certain contrôle, une ligne de conduite. Plutôt que de fournir des albums inadéquats car imprécis et désordonnés, Wilson et son perfectionnisme sans concession refusent toute demande du label inverse à leurs attentes. Pour Delirium, Up The Downstair sera un double album, et "Voyage 34" constituera sa pièce maîtresse. Mais le jeune compositeur perçoit son travail autrement et la chanson d'une durée de trente minutes sortira finalement en single en 1992, se frayant une place dans le top 20 des singles indépendants. Au temps pour le contrôle. Le thème de la chanson et sa construction décousue en disent long sur les préoccupations de Wilson à cette période : il s'agit pendant cette demi-heure de mettre en scène le voyage d'un personnage sous LSD, rétablissant chacune des étapes de son "trip". Ainsi, au rythme hypnotique des débuts suivent des rires mettant en scène la phase euphorisante et incontrôlable du "voyage" puis le personnage se referme sur lui-même, entre dans la phase d'émerveillement, avant de reprendre peu à peu ses esprits. Notons également que le chant est remplacé par une voix grave anonçant chaque phase. Pour établir au mieux ce "voyage" psychotrope d'une manière musicale, Wilson pioche dans un psychédélisme plus moderne, empreint de psytrance, définitivement influencé par les pionniers du genre que sont Ozric Tentacles et le projet de Simon Posford, Hallucinogen. Up The Downstair, paru un an plus tard, est très différent de Voyage 34, d'où la réticence légitime de Wilson quant à son association à cet album.

Pour autant, les influences psychédéliques y sont toujours primordiales, comme l'affirme la voix de l'lintroductif "What You Are Listening To" : "What you are listening to are musicians performing psychedelic music under the influence of a mind altering chemical called...", et "Synesthesia" débute. Première constatation : la boîte à rythme est toujours présente mais nettement moins affligeante que dans le premier opus. Wilson semble avoir trouvé un moyen dans les nouvelles technologies obtenues grâce à sa nouvelle situation financière de rendre le son de batterie plus réel, moins sur-fabriqué. Passée cette appréhension liée à la boîte à rythme, l'auditeur peut réellement apprécier "Synesthesia", la première chanson d'Up The Downstair. D'aucuns considèrent toutes les productions de Porcupine Tree avant Signify ou Stupid Dream comme anecdotiques... Ce n'est pas totalement erroné, mais pas totalement vrai non plus. Quelques pépites émergent parfois de l'embrouillamini qu'est l'époque hallucinogène de Porcupine Tree, comme "Synesthesia". Parangon de musique hypnotique, et plus généralement de psychédélisme, cette dernière sublime le genre : le synthétiseur, jouant pendant cinq minutes les douze mêmes notes, est rejoint par la voix de Wilson, possédée à souhait. Le plus mystérieux dans ces cinq minutes réside dans cette capacité incroyable à créer une ambiance autour de douze simples notes, jouées à l'infini, sans jamais pousser l'auditeur vers un ennui rébarbatif. Synesthesia est le sommet de la période introductive de Porcupine Tree, sur-droguée et psychédélico-paranoïaque. Ce n'est pas l'interminable "Up The Downstair" ni le poussif "Burning Sky", ni l'anecdotique "Small Fish" ou l'ennuyeux "Not Beautiful Anymore" qui contrediront cet apophtegme. Cependant, "Always Never" et "Fadeaway" se révèlent sympathiques, sans pour autant transcender le genre autant que "Synesthesia". Dans l'ensemble Porcupine Tree s'enfonce petit à petit dans un psychédélisme peu attrayant même si attaché à tous ses codes : le virage progressif à suivre, The Sky Moves Sideways, bien que bref, se révèle donc salutaire. Pour ce faire, Wilson appelle plusieurs musiciens ayant modestement participé à Up The Downstair : Colin Edwin et Richard Barbieri, futurs membres de Porcupine Tree, cessant peu à peu d'être un projet solo pour devenir un réel groupe en studio comme sur scène.

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