Detroit family, le Hip-Hop et le Monde

Avis sur Welcome 2 Detroit

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Il faudrait un paquet d'heures pour appréhender l'oeuvre de J Dilla dans sa totalité tant sa contribution au Hip-Hop a été immense. Des heures d'écoute minutieuse pour apprécier à sa juste valeur la subtilité de ses productions dont la simplicité n'enlève rien au génie. Depuis le milieu des années 90, les prods de Jay D ont apportées d'innombrables perles de Hip-Hop. Membre des collectifs Native Tongue et Soulquarian, il a contribué a façonner un Hip-Hop aux racines Jazz et Soul, porteur de la culture afro-américaine, héritier du mouvement des droits civiques. Les MCs associés à ces mouvements, Qtip, Questlove, Common ont été les principaux acteurs du conscient rap des années 90, sur les prods de Dilla. Celui-ci à produit de nombreux chef d'oeuvres : Like Water for Chocolate de Common, Labcabincalifornia des Pharcyde, imprimant sa marque sur le Hip-Hop à l'Est et à l'Ouest. En 2001, il quitte son groupe Slum Village dont il a produit les deux très bons premiers albums et réalise son premier album solo Welcome 2 Detroit.

Il est signé sur le label anglais BBE dans la série Beat Generation où figurent entre autres Pete Rock et Marley Marl. Au départ, Dilla avait le projet de produire un album de breakbeat, mais desside finalement de produire cet album hétéroclite, aux influences variées, très intéressant à bien des égards. On peut y voir un tournant dans la carrière de J Dilla, une prise de hauteur avec un album plus personnel, plus expérimental. C'est à ce moment que Dilla change son pseudo, de Jay Dee à J Dilla pour se démarquer du producteur et rappeur Jermaine Dupri, lui aussi appelé J D (l'album parait sous le nom de Jay Dee aka J Dilla). Sur cet album, Dilla rend hommage à sa ville de Détroit mais aussi au Hip-Hop et à ses grandes figures (dédicaces sur l'outro "One"). Il choisit des MCs originaires de Détroit, tous alors peu connus. (On citera l'exemple de Elzhi qui rejoindra Slum Village par la suite.)

Welcome 2 Detroit se distingue par la diversité de ses inflluences. Alors que Dilla s'illustrait jusqu'alors par des prods très classiques, cet album apparait comme un canevas musical assez particulier : Big Booty Express, pastiche de Kraftwerk ; African Rythms aux sons afrobeat ; Rico Suave Bossa, hommage à Sergio Mendes (Dilla exprimera son intérêt pour les musiques brésiliennes) ; Une très intéressante reprise de Donald Byrd, Think Twice, au caractère cool et ambiant. Des prods bien efficaces comme The Clapper, une belle performance de Elzhi dans Come Get It sur un beat aussi minimaliste qu'approprié. Cet album oscille entre samples et instrumentaux avec pas mal de synthés qui lui confèrent un caractère tantôt sombre et inquiétant, tantôt plus tempéré et funky. Des bonnes basses bien ronflantes, marque de fabrique de J Dilla, des batteries aussi simples que percutantes. Le tout orchestré avec finesse et subtilité.

Mais si le manque de cohésion instrumentale peut apparaître autant comme une force qu'une faiblesse, on déplore l'absence totale de songwritting : Si les performances des divers MCs sont plutôt bonnes, si Dilla s'avère être un rappeur tout à fait correct, il n'en va pas de même pour les textes. Egotrips sans intêrets, vides de contenu, on se rend compte que cet album qui aurait pu être très bon n'est qu'un étalage démonstratif et sonne finalement creux. On reconnaîtra quand même une certaine prise de risque quant aux sonorités explorées, on ressentira une certaine affection pour ce travail "en famille" des acteurs de la scène Hip-Hop de Détroit. Si on ressent une certaine frustration devant cet album finalement assez difficile à saisir et à situer cela ne doit pas nous empêcher d'en apprécier la qualité.

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