Les vices d’Hamza

Avis sur Zombie Life

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Autant dire qu’il était attendu, ce projet. Zombie Life, le premier album d’Hamza, digne représentant de cette scène belge qui ne fait que prendre de l’ampleur, vient de sortir. A seulement 21 ans, Hamza s’est vu élire ambassadeur de la trap d’Atlanta en Belgique. Un mandat qu’il honora de la meilleure des manières avec une seconde mixtape intitulée H24 sorti fin 2015 sur Haute Culture, qui nous en dévoilait déjà un peu sur le jeune emcee.

Pour comprendre Hamza, il faut retourner dans la région de Bruxelles. Le jeune MC grandit dans la banlieue de la capitale européenne et découvre le son au côté de ses compères, avec qui il formera par la suite le groupe Kilogrammes Gang. Une mixtape commune sort. Le résultat reste encore approximatif et un bidouillage des machines est très fortement ressenti. Les directions deviennent différentes et K.G s’effrite peu à peu. Hamza prend la route solo et sort une première mixtape Recto Verso. Mais la reconnaissance tarde.

Le boug persévère, travaille son personnage et sa musique. Il explosera avec H24. Cette mixtape de 24 titres s’inscrit directement dans les meilleurs téléchargement du fameux site Haute Culture où la tape est hébergée. Avec ce projet, la direction du belge est trouvée. Tournée vers l’ouest et la France, les states dans le viseur. Souvent comparé à Young Thug par le personnage qu’il incarne et sa production incessante, Hamza était attendu au tournant avec son premier album. Que vaut ce projet ? On y a prêté une oreille.

Encore plus en profondeur

Dans une conversation entre les producteurs Brodinski et Myth Syzer, Hamza fut comparé à un conducteur faisant route sur sa propre autoroute. Comparé à Young Thug par son style musical, sa productivité, son flow et son utilisation des outils comme l’auto-tune ; le jeune belge est un copieur pour certains ou même un imposteur pour d’autres. On choisira le terme d’OVNI en prenant, impartialement, sa défense. Hamza est bien sur sa route, travaillant son image. Hermétique aux autres mais s’informant toujours sur ce qui est produit par ses collègues forcés.

Le morceau d’ouverture « Lever de Soleil » est pour l’artiste la définition exacte de cette position prise face au rap-jeux. Hamza est un petit Roi Soleil, sur un son de quatre minutes, le flow saccadé propre à H24 est toujours présent. Toujours dans le subtil excès des outils mis à sa disposition, la voix du rappeur s’élève et part dans des hauteurs naturellement inatteignable pour Hamza. La musicalité du morceau n’en est que sublimée. On redécouvre pourtant même ce titre, sorti lors de la promo de l’album.

Comme il l’expliquait pour d’autres, Hamza cherche à retranscrire une émotion/une histoire dans sa musique. Le projet H24 n’était alors qu’un brouillon dans cet « transition historique », la mixtape n’abordait qu’une seule émotion froide et monochrome (mais amplement suffisante). Avec Zombie Life, Hamza a réussi à passer à l’étape supérieure. Les ambiances sont différentes, le flow n’est plus identique et varie même presque au cas par cas. Avec néanmoins toujours un côté sombre dans lequel le Hamza saute la tête la première. Le second titre éponyme « Zombie Life » en est la preuve.

Les vices d’Hamza

La création d’un personnage implique d’habituer le public à des thèmes marronniers, ce qui peut porter préjudice quand la mise à jour n’est pas bien faite. Pour Hamza, son personnage n’a besoin que de peu de choses : ses meufs, ses potes, un peu d’adrénaline pour mater la concurrence et pas mal de drogues. Un point pour ceux qui boudent sa musique, l’éclectisme n’est pas le maître mot du H. Mais le rappeur s’enfonce tellement dans ce délire, exploitant chaque filon en studio (il dit d’ailleurs y passer plus de temps que chez lui) que la maîtrise de sa musique est totale.

Avec un amour plus grand que lui même pour les femmes, Hamza en a beaucoup à revendre pour celles qui l’entendront. Pas forcément de la meilleure des manières, certes, mais c’est quand même une belle preuve d’amour. Le featuring avec son compatriote Damso sur le morceau « Slow » en est la preuve. Nos rappeurs, ces grands loveurs.

« BABY MOI ET LES DROGUES ONT S’EST MARIÉS » (« AU TOP », PISTE 17).

Si l’album s’était intitulé « Sober Life », on y aurait pas cru. Dans le processus créatif du H, la place à l’imagination est indéniable mais celle des drogues brille comme jamais. A la limite du rap effrayant (l’intro de « Zombie Life » fait son effet), Hamza nous fait voir son monde un peu déformé et souvent simplifié par les psychotropes. A vingt et un ans, à peine sorti de l’influençable adolescence, le rappeur n’en est qu’au premier pas dans le game. Patience : l’histoire de son personnage n’en est qu’à son premier chapitre. Zombie Life est un pas, lent et musical, dans le monde d’Hamza où le jeune belge roule au volant d’une grosse berline, cheveux au vent et, on l’espère pour lui, bien accompagné sur le siège passager.

Hamza suit pour l'instant une carrière type sans accrocs : d'une mixtape qui l'a fait explosé sur la scène francophone, il sort aujourd'hui un album sur lequel il dévoile encore plus le personnage qu'il incarne. Dans la surprise perpétuelle, les collaborations de haut standing s'accumule pour notre jeune belge pour qui la musique occupe désormais une part indéniable dans sa vie. Hamza compte briller pour son art, il ne "sait pas de quoi sera fait demain", mais il prendra "ce cash, en chemin".

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