Steve Swell's Fire Into Music – For Jemeel - Fire From The Road (2004 - 2005) – (2023)


Je vous avais présenté, il y a quelques mois, le coffret trois Cds « Muntu Recordings » de Jemeel Moondoc, paru chez NoBusiness Records et devenu difficile à trouver car il date de deux mille neuf. Il regroupait « First Feeding », « The Evening Of The Blue Men » et « Live At Ali's Alley », des enregistrements de soixante-quinze, soixante-dix-sept et soixante-dix-neuf. Pour moi ce sont des pépites, comme un peu tout ce qui touche à Jemeel Moondoc, mais nous ne sommes qu’une minorité dans ce trip-là.


Rien de surprenant donc à ce que je me précipite sur ce triple Cd, sorti cette année sur RogueArt, et regroupant, pour trois heures durant, des enregistrements de concerts donnés entre deux mille quatre et deux mille cinq. « Steve Swell's Fire Into Music » est une formation qui regroupe un quartet formé par Steve Swell au trombone, Jemeel Moondoc au saxophone alto, William Parker à la basse et Hamid Drake à la batterie. Jusqu’alors ils n’ont fait paraître qu’un seul album « Swimming In A Galaxy Of Goodwill And Sorrow », en deux mille sept, toujours chez RogueArt.


Jemeel Moondoc est décédé en deux mille vingt et un, il faisait partie de l’aventure « Fire Into Music » depuis le tout début, en deux mille quatre. Le quartet avait alors beaucoup tourné et c’est tout naturellement qu’il s’est tourné vers le passé pour faire paraître ces enregistrements live de haute qualité, « For Jemeel – Fire From The Road ».


S’il fallait catégoriser cette musique, comme pour l’Art Ensemble on dirait « Free jazz » parce que c’est le plus simple, mais quand je l’écoute, j’y trouve essentiellement une très grande liberté avec, surtout, des improvisations continuelles, souvent à partir de pas grand-chose, basées sur une suite de soli, parfois très longs, car ici on ne se presse pas…


Le premier Cd de cinquante-cinq minutes et trente secondes, provient d’un concert à l’« El Dorado Ballroom » à Houston, au Texas. Il n’y a qu’un seul titre entièrement improvisé qui se nomme « Improvised Music at The El Dorado ». Comme indiqué plus haut c’est une suite d’échanges et de solos absolument extraordinaires, où chacun s’exprime, trombone, saxo, contrebasse et batterie, et quand on connaît les lapins à la manœuvre, on ne peut être qu’ébloui : le jazz, c’est ça !


La seconde étape se situe à nouveau au Texas, au « Ballroom Mafa », cette fois-ci soixante-quatre minutes sont enregistrées, six jours plus tard, dans la ville de Mafa. On retrouve la même qualité au niveau du son, c’est irréprochable. Trois pièces sont enregistrées, « Junka Nu » ouvre la face, elle est également présente sur le troisième Cd, bien que différente. C’est une pièce de Jemeel Moondoc, le premier solo est de Steve Swell, vraiment un maître du trombone, ensuite Jemmeel prend la suite, lui aussi porté par la section rythmique, son domaine de prédilection c’est l’impro, la plus souvent totale, c’est là qu’il excelle, quand les chevaux sont lâchés et que la spontanéité est de mise, il possède en lui ce bon vieux blues qui le guide et sa sensibilité d’écorché vif qui en fait une sorte de capteur émotionnel.


Ensuite William Parker prend un solo, puis Hamid Drake, c’est ainsi, on joue, ensemble, puis à trois, à deux, ou en solo, et on écoute les autres, sans jamais quitter la musique qui bat et qui vit. La seconde pièce « Improvised Music at Ballroom Marfa » dont le nom indique clairement de quoi il s’agit, près de trente-deux minutes de free, le cœur de ce concert, puis le Cd se termine avec « Space Cowboys » signé Steve Swell aux accents légèrement Swing.


Le troisième Cd est aussi conséquent, il se décline en trois pièces, « Box Set », « Junka Nu » dans sa seconde version et « Swimming In a Galaxy of Goodwill and Sorrow », qui est une relecture d’une partie du premier album.


Ce qui singularise l’entièreté de cette prestation, outre l’incroyable fusion des talents à laquelle on assiste, ce sont les références jazz qui traversent les époques et l’histoire de cette musique, que l’on peut percevoir ici ou là, dans le jeu des uns et des autres, qui se placent d’office au bon diapason, tant dans les réminiscences classiques que modernes. Ainsi c’est un album de « Jazz » avec un grand « J », comme une synthèse miraculeuse.

xeres
10
Écrit par

Créée

le 13 mai 2025

Critique lue 2 fois

xeres

Écrit par

Critique lue 2 fois

Du même critique

Lanquidity

Lanquidity

10

xeres

2059 critiques

Un voyage dans le "Space-Jazz-Rock"...

Plus que tout autre, Sun Ra est une bibliothèque, il a parcouru, lu et écrit l'histoire du jazz, de l’intérieur, il a vécu les évolutions et participé aux révolutions. Membre actif de cette longue...

le 28 févr. 2016

Bitches Brew

Bitches Brew

10

xeres

2059 critiques

Critique de Bitches Brew par xeres

Ce qui frappe en premier lieu, c’est la beauté de la pochette créée par Mati Klarwein. On la devine symbolique, plus particulièrement quand elle s’offre déployée, pochette gatefold ouverte. On...

le 5 mars 2016

Both Directions at Once: The Lost Album

Both Directions at Once: The Lost Album

10

xeres

2059 critiques

Critique de Both Directions at Once: The Lost Album par xeres

« Il » est arrivé ce matin, bien protégé, sous cellophane, belle pochette avec deux triangles découpés laissant apercevoir la sous-pochette… Le vinyle avec le prestigieux macaron « Impulse »,...

le 2 juil. 2018