Misanthropic Alchemy
7.8
Misanthropic Alchemy

Album de Ramesses (2007)

Premier album de Ramesses (Ramses en français) après quelques démos, singles et EP comme il est coutume dans ce milieu. C’est du doom à tendance black/death. Les thèmes généraux tournent autour de l’occultisme et de la misanthropie, c’est qui n’est pas pour nous déplaire.

Le groupe est formé par la section rythmique historique d’Electric Wizard avec Mark Greening aux fûts et le bassiste Tim Bagshaw qui passe à la guitare pour l’occasion (ce qui peut en dire long, un changement d’instrument n’étant jamais anodin), autant dire que l’on a pas affaire ici à des demis-sels. La pochette est ésotérique à souhait, fourmillant de détails et symboles occultes qu’on passe des heures à décrypter tandis que tourne la galette sur le pick-up comme au bon vieux temps des vinyles. L’album contient 7 titres assez longs dans la pure tradition du doom.

Le premier morceau (2 minutes et quelques) ouvre le bal sur un tempo assez rapide pour un morceau ultra efficace et qui met d’emblée dans le bain. Ce qui fait dresser les esgourdes, c’est le son de caisse claire, très peu timbré, un peu dans l’esprit de ce qu’avait tenté Lars sur St Anger, sauf qu’ici, c’est réussi. Ce son sera celui de tout l’album, comme un phare dans une nuit de tempête, seul repère auquel l’oreille pourra s’accrocher tout au long de ce maelstrom de bruit et de fureur qu’est l’album. Dès le second morceau, le tempo diminue. On a affaire ici à du doom lent, lourd, désespéré, implacable. C’est lancinant comme une lance qui te fouille la panse avec sadisme, comme une dent creuse enflammée que ta langue ne cesse de titiller, comme une cuticule à moitié détachée sur le côté de ton doigt que tu ne cesse de trifouiller. Ça fait un peu mal mais tu ne peux t’en empêcher. C’est répétitif dans le bon sens du terme, à savoir que toute musique est répétitive par essence. Le cerveau est très fort pour reconnaître des patterns et cette répétition a pour but de bien t’enfoncer dans le crane que Ramesses ne fait pas dans la dentelle et que cet album est très bon. C’est la botte de l’oppression qui t’écrase la tronche contre le trottoir et dans le caniveau, au milieu de la fange et des immondices. Le chant est tour à tour clair, black ou growlé. La parenté avec Electric Wizard s’entend bien ici ou là et c’est normal après tout et somme toute bienvenue. Quelques sons clairs, quelques arpèges viennent nuancer le monolithisme ambiant. Le paradoxe est que ces passages n’en sont pas moins lourd pour autant. Le groupe sait jouer avec les attentes et expectatives de son auditeur qui ne trouvent jamais de conclusion et finissent par se faire une raison et se résigner à l’éternelle boucle déceptive. L’album se conclut par une marche funèbre, un enterrement sous la pluie et dans la boue, le corbillard n’étant suivi que par quelques chiens errants mendiants une maigre pitance.

Ramesses, c’est un peu le sale petit frère d’Electric Wizard, pire que son aîné mais qui n’a, comme souvent, jamais transformé l’essai sur les albums suivants. Cela reste un très bonne album à notre avis.

Joe-Penhauer
9
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le 8 févr. 2025

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Joe Penhauer

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