Quand il enregistre ce concert les 17 et 18 décembre 1991 dans un club de Cologne, le Luxor, la période dorée d’Herman Brood est déjà loin (les années 70). C’est là qu’il aurait pu connaître un succès international mais ce dernier lui ait passé sous le nez. Il avait dissous son groupe en 1979 et s’était en priorité consacré à la peinture mais le virus du rock était toujours en lui, bien ancré, il n’avait donc pas abandonné totalement la musique, à savoir un rock sans fioriture qui doit pas mal aux punks mais qui connaît ses classiques. A la fin des années 80, il a connu tout de même un regain de célébrité quand en 1990, il a remporté le BV Popprijs, l'une des plus hautes distinctions néerlandaises de musique populaire, et a enregistré « Freeze » avec Clarence Clemons du E Street Band et l'accordéoniste Flaco Jiménez. Un album live, « Saturday Night Live », est sorti en 1992, l’occasion de faire le point sur une carrière en montagnes russes et qui mérite d’être redécouverte. Lors de ce concert avec son groupe des Wild Romance nouvelle formule, il reprend comme il aimait le faire des classiques du rock, souvent à 200 à l’heure : « Somethin’ Else », « Great Balls of Fire » sont envoyés le pied sur l’accélérateur. Brood, personnage complexe et excessif, toxicomane depuis très longtemps, savait que le temps lui était compté alors il ne s’économisait pas. Je suis un peu moins convaincu par sa reprise de «Knockin' On Heavens Door » (difficile de dynamiter du Dylan !).
Il interprète aussi certains de ses titres originaux les plus connus et sans surprise, la drogue et les addictions multiples y ont une place prépondérante, que ce soit « Rock & roll junkie » écrit pour son père ou encore « Dope sucks », une sorte de cri de désespoir lucide, poussé dans la nuit, l’impossibilité de se sortir du cercle infernal (et il a essayé) : "I hate to see you fade away/ In some heartbreak-hotel room/ I don't like to see you run and hide/ Like a disease, without any clue/ Hey child, get back to your instinct/ Get back to what you actually feel" (« Dope sucks »). Et pour terminer ce concert il enchaîne avec une ultime reprise, celle du Velvet Underground (Herman était un grand fan de Lou Reed) avec « Waiting for the man », autre chanson sur la dépendance sordide et la souffrance. Malgré ses efforts, Brood a fini par être se perdre dans le puits sans fond de ses tourments et s’est suicidé à Amsterdam en 2001. Il est devenu une figure légendaire du rock néerlandais même s’il n’a jamais vraiment fait de carrière internationale. Un artiste à redécouvrir, presque la quintessence de la rockstar maudite.