Vers une fin destructrice?

Avis sur À Couteaux tirés - Scalped, tome 9

Avatar Romain Bouvet
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Dans la crasse et la poussière de Prairie Rose, Red Crow a construit son empire. Mais aujourd’hui rattrapé par les fantômes de son passé, l’heure est venue pour le chef de la tribu Lakota de s’amender. Sous le regard stupéfait de ses associés, il décide de mettre radicalement fin à son trafic de drogue et à ses autres activités illicites. De son côté, Dashiell, lourdement blessé, découvre enfin l’identité de l’assassin de sa mère. (contient les épisodes #50 à 55)

Dashiell a donc découvert qui a tué sa mère. Il s’agit de l’homme qui l’aimait pourtant, en secret : Catcher. Et nous étions restés sur une scène de bagarre absolument culte, d’une rare violence, laissant les deux hommes dans un sale état.
Dans le même temps, Red Crow à, lui, décidé de tout changer, de s’amender de toutes les horreurs commises dans le passé où qu’il commet en ce moment même.
Mais Dashiell et Red Crow ne sont pas les deux seuls protagonistes de ce tome, il y en un autre, peut-être encore davantage central dans ce tome #9 « A Couteaux Tirés » : Shunka. Personnage qui se révèle volume après volume, et qui va être l’occasion pour Aaron d’encore un peu plus frapper les belles et pauvres âmes.

Le tome s’ouvre avec le chapitre #50, sorte de chapitre un peu spécial, pour marquer le coup de la numérotation, un numéro 50 c’est toujours un petit évènement. Aaron nous envoie alors en 1876 pour un cours sur la façon de scalper un homme du point de vue d’un homme blanc l’apprenant à son fils, puis d’un Indien pour lui aussi l’apprendre à son fils. L’ironie c’est que c’est l’homme blanc du début qui se fait scalper, de la même façon, avec la même haine, et l’Indien utilisant les mêmes mots haineux pour expliquer cela à son fils. Histoire pour Aaron de nous montrer que la haine envers l’autre est la même des deux côtés.
Mais petit bond de 13 ans pour nous montrer que si la haine entre les deux peuples était peut-être équivalente, les moyens pour se débarrasser de l’autre ne l’étaient pas. Et l’on assiste avec effroi aux parcages des Indiens, comme du bétail, dans la violence la plus effroyable et l’indifférence la plus totale. Et c’est ainsi que l’on découvre la création de Prairie Rose. Et lorsque l’on voit que les fondations mêmes de la réserve sont le sang et la haine, il est logique de se retrouver avec le bordel et la misère actuelle !
Comme toujours les dessins de Guéra sont d’une rare violence, âmes sensibles attention, accrochez-vous au moment du double scalpe ! Nous avons le droit, de par le côté « spécial numéro 50 », à sept pleines pages de sept artistes différents, illustrant des personnages importants de la réserve symboles d’une révolution silencieuse.

Les cinq autres chapitres du volume, forment une seule et même saga, « A Couteaux Tirés » ! On y retrouve Dashiell à l’hôpital après sa bagarre avec Catcher. Et le pauvre ne peut plus parler, forcément prendre une bastos qui vous traverse les deux joues ça n’aide pas. L’agent Nitz est dans tous ces états, car il sait que Dashiell est proche de faire tomber Red Crow. Red Crow qui lui, fait brûler un à un ses labos de méthamphétamine, il veut nettoyer la réserve de toutes les merdes qu’il a lui-même introduites, et peu importe les conséquences. Il n’est pas le seul à se racheter une conduite, vu que le shérif Karnow, lui aussi se ressaisit et décide de faire le ménage en commençant par Rath, que Red Crow abandonne aussi. Casse la tienne, ce même Rath possède une taupe chez Red Crow et décide de le faire tuer. Mais cette taupe semble ressentir de profonds sentiments pour notre chef tribal. Rajoutons à cela un Catcher en pleine crise de manque… de son cheval… (oui il ne va toujours pas bien celui-là)

Mais malgré tous ces évènements, nous n’avons pas encore parlé de la véritable révélation de ce tome : Shunka. Celui que l’on prenait pour une grosse brute, nous avait déjà dévoilé son homosexualité et la façon dont il le cachait. Cela va plus loin dans ce tome. Aaron nous offre des moments intenses en émotions en explorant la complexité d’un homme tourmenté par ses sentiments. Il en devient presque touchant, malheureusement pour lui…

De façon plus radicale que dans les tomes précédents, Aaron commence à faire le ménage, et comme l’on pouvait s’en douter, cela se fait dans le sang et la douleur. Un bon nombre de cadavres, et même des personnages que l’on pensait pouvoir s’en sortir sombre de nouveau dans le chaos, comme le jeune Dino… Il y a beaucoup de haine, de violence et de morts dans ce tome, et l’on referme ce volume avec une impression de goût de sang dans la bouche. Mais sans pour autant être choqué, car comme depuis le début avec Scalped, ce n’est pas de la violence gratuite, où l’on tue des gens pour faire du buzz. Aaron utilise cette violence et cette noirceur, pour développer la richesse de ses personnages, de leur psychologie, pour pointer la beauté dissimulée, étouffés par le poids de l’absence d’espoir. Des personnages écrasés par la dureté et la violence de leur lieu de naissance, le lieu de vie, souillés dès leur premier jour d’existence par la noirceur, le mal qui règne à Prairie Rose, et où la seule école qui peut leur permettre de vivre, non de survivre est celle de la violence.

Le cliff final nous promet encore des moments forts et intenses pour le dernier tome. Et l’on est en droit de s’interroger sur comment tout cela va se finir. Quel destin funeste Aaron prépare pour ses personnages ? On ne peut s’imaginer une fin heureuse, on est obligé de s’attendre à encore plus de noirceur, plus de malheur, plus d’horreur, parce qu’au final nous sommes à Prairie Rose et ses habitants sont tous voués à souffrir…

Bref, un tome où Aaron et Guéra prennent des chemins beaucoup plus directs, nous offrant une intensité plus poignante, plus oppressante. Aaron s’amuse à détruire un peu plus psychologiquement ses personnages. Personnages qui convergent tous vers la fin destructrice annoncée !

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