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Avis sur Amarillo - Blacksad, tome 5

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Blacksad avait conquis son lectorat par son ambiance, son dessin merveilleux et ses "tronches", tous les personnages sont des caricatures de polar, amplifiées par leur espèce animalière qui appuie chaque cliché.

Chaque tome rendait hommage aux classiques du genre, avec une ambiance forte, un héros sombre archétypal et de belles scènes de bad-assitude.

Dans ce tome 5, la qualité du dessin est toujours impressionnante. Chaque planche est une petite oeuvre d'art dynamique et équilibrée, aux traits et aux couleurs maîtrisées (même si le dessin a l'air plus vite expédié, ça reste superbe). L'ambiance est toutefois plus colorée, comme le tome précédent les auteurs ont placé leur intrigue au cœur d'une Amérique ensoleillée, permettant à Guarnido de varier beaucoup plus ses palettes, ça pète plus à l'oeil, pour moi ça enlève un peu de la cohérence qui marquait l'ambiance des 3 premiers mais ça n'enlève rien au talent du bougre.

Mais le gros point noir de ce tome est sans aucun doute le scénario.
C'est simple, j'y ai pas accroché un seul instant. L'histoire est une succession d’événements un peu absurdes qui tombent sur Chad, écrivain raté dépressif qui fait des trucs qu'on comprend pas trop, mais ça fait des coups de théâtre alors on s'en fout. On s'y attache jamais parce que ces événements absurdes arrivent toutes les deux pages, on ne s'arrête jamais pour prendre son temps... Et puis Chad c'est un con, et c'est dommage parce que c'est le centre de l'intrigue.

Et Blacksad là-dedans ? C'est le héros normalement...
Ben pas trop, il se contente de se promener et regarder ce qui se passe sans jamais servir vraiment à rien, il subit une histoire qui n'est pas la sienne. Tout commence quand il rend service à un mec, par hasard, puis ce mec l'engage comme chauffeur et lui laisse sa bagnole, comme ça, parce qu'un chat inconnu c'est sympa. Et Blacksad se fait voler la voiture par Chad, par hasard. Puis c'est pas grave parce qu'un biker sympa lui prête une moto, comme ça, par hasard, parce que les bikers c'est aimable (et que le dessinateur avait sûrement envie de dessiner son héros sur une moto, c'est tellement trop classe), et donc il va suivre les voleurs pendant 50 pages et découvrir leurs destinées, mais il reste quasi-spectateur tout le long.
Sauf quand surgissent, par hasard, les deux flics qui veulent arrêter blacksad, ça ajoute de l'action, c'est bien mais ça sert à rien, épaississant une histoire déjà très dense pour pas grand chose. Et tous les autres personnages qui défilent sont survolés, et ils sont nombreux.

Ce genre de scénario où un personnage subit une succession d’événements aléatoires malchanceux plus ou moins débiles peut se tenir, on pense énormément aux frères Cohen, Fargo, Big Lebowski, à ce genre d'ambiance "loser absurde", mais la clé pour que ça tienne c'est de pas tout faire au premier degré, on peut pas construire ça sans pousser le côté décalé à fond. Je pense que c'est ça que réussissent les frères Cohen, et que loupe complètement Juan Diaz Canales.

Amarillo est un tome magnifique graphiquement, mais c'est tout, c'est en somme un bel art-book de Juanjo Guarnido, mais la déception sur le scénario est énorme pour moi.

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