Le syndrome de la (belle) page « blanche »

Avis sur Arctic-Nation - Blacksad, tome 2

Avatar l'homme grenouille
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Rien à redire visuellement : c’est toujours aussi sublime.
Mais bon, malgré tout me concernant je dois bien reconnaitre qu’avec ce deuxième tome, cette saga « Blacksad » s’est mise à naviguer sur une ligne de crête assez scabreuse me concernant.

D’un côté – et ce fut ma première impression – on a là affaire à une œuvre qui n’a pas de fond.
C’est magnifique, c’est vrai, et d’une certaine manière on peut considérer que la création visuelle de cette bande-dessinée est en soi une certaine forme de fond.
Néanmoins, l’intrigue reproduit à nouveau un schéma très codifié et très convenu. Une fois ça passe, mais au bout d’un moment, le classique use très vite le lecteur et peine à justifier une flopée d’albums.

Or, ce mauvais côté de la crête, j’avoue que je m’y suis senti attiré tout le long de ma lecture.
Malgré tout, au final, la position d’équilibre s’est tout de même maintenue. Elle a même finie par s’incliner du bon côté.
Pourquoi ?

Eh bien parce que l’air de rien – comme je le signalais quelques lignes plus tôt – il y a comme une sorte de fond dans la forme.
Se positionner sur la question racialiste en adoptant un ton de polar classique, mais en utilisant des personnages qui sont des animaux, cela créé un décalage étrange qui permet de reconsidérer ce genre d’intrigue et de questions selon un angle nouveau.
D’un côté, en plaçant une lecture racialiste sur d’autres espèces animales que l’humain, l’intrigue peut amener à appréhender les choses plus facilement selon ce point de vue très américanisé. Et comme l’auteur intègre dans ses décors des individus qui sont aussi blancs mais sans être pour autant loup, cela permet en contrepartie de souligner l’aspect arbitraire et absurde de ce prisme.
D’un autre côté – et à bien tout prendre – on peut aussi regretter que cette thématique ne soit qu’un fond justement. Car au-delà du questionnement visuel, le scénario finit par fuir la question.

Alors certes, le cœur de l’intrigue ne quitte jamais vraiment la thématique choisie mais au fond il n’en dit rien.
Un peu comme tout le reste, le sujet comme le scénario n’est qu’un décor ; un stéréotype qu’on aime peindre.
Et dès lors se pose la question de la pertinence d’une telle composition.
Certes la peinture est belle, élégante et cohérente… Et on pourrait clairement s’en satisfaire.
D’ailleurs c’est le choix pour lequel semble avoir opté le duo Canales / Guarnido : éviter toute aspérité – même au niveau de l’intrigue – afin de seulement laisser parler l’univers à travers le dessin.
Et si d’un côté j’avoue trouver l’exercice légèrement timoré, de l’autre difficile de brimer que deux auteurs aient finalement opté pour le choix qui sublimait le mieux leur art de la planche.
Car même blanche, une page scénaristique peut-être jolie…
…A condition que ce blanc ait été joliment brossé.
…Ce qui est le cas indéniablement ici

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