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Ayako par Pariston

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Bien après ASTRO BOY et LE ROI LEO et ses autres mangas qui lui ont valu l'adoration universelle, Tezuka le Magnifique dessinait AYAKO, une sombre affaire familiale, noire et incestueuse dans le Japon d'après-guerre.
En trois tomes tout de même bien conséquents, Tezuka monte son récit, l'articule principalement autour des personnages de la famille Tenge, en proie aux doutes dans un pays ravagé par la guerre. Entre les nouvelles lois instaurées par l'occupant américain, l'explosion du parti communiste nippon et quelques manigances familiales qui vont du meurtre à l'inceste, l'univers que dépeint Tezuka parait monstrueux, sans sentiment, où les magouilles vont bon train et où l'horreur est courante.
Comme le titre de l'œuvre l'indique, le mangaka dresse sa vision du Japon en plein renouveau forcé à travers le portrait d'Ayako, gamine illégitime née de la liaison prétendument cachée mais connue de tous entre son grand père et sa tante. Chaque tome a sur sa couverture un portrait d'Ayako à trois âges différents, de l'enfant, à l'adulte en passant par l'adolescence. Ayako, témoin d'une affaire trop embarrassante pour être divulguée concernant sa famille, est enfermée de force dans une cave pendant plusieurs année. Totalement isolée du monde, ne recevant du monde que pour se nourrir ou copuler avec son frère, la jeune fille mute et devient totalement en inadéquation avec extérieur qu'elle retrouve de nombreuses années plus tard.
Si le troisième tome est le moins intriguant, j'ai trouvé la fin monstrueuse et terrible. Je ne saisissais pas comment Tezuka pouvait parvenir à faire passer de l'émotion avec son coup de crayon somme toute assez "enfantin" et peu expressif ; mais ce final, tout comme les nombreuses scènes dans la "prison" d'Ayako", sont dantesques et horrible, mettant souvent mal à l'aise.

Concernant la symbolique de ce manga, il y aurait beaucoup à dire, à la fois sur le rapport au contexte politique japonais de l'époque, où les Américains imposent leurs règles (propriétaires terriens en plein bouleversement) et chassent le coco, ainsi que sur les rapports dans une société qui évolue démesurément vite, voire même trop pour la famille Tenge, inadapté à ce brusque changement et aux mœurs presque médiévales et assurément réactionnaires et enlisées dans des carcans dépassés.

En somme, AYAKO est une œuvre sombre comme on en voit rarement. Tezuka sublime cette intrigue tortueuse et les trois tomes sont avalés en un rien de temps et nous laisse sous le choc.

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