Le meurtrier n'est pas celui qu'on croit...

Avis sur Batman : Un deuil dans la famille

Avatar Antevre
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Ami lecteur, si tu te trouves sur cette fiche, tu sais certainement de quoi il en retourne, dans le cas contraire, dirige tes talons en arrière et non en avant (comme le dirait l’ami Lautréamont). Je te donne encore quelques secondes pour le faire, car l’on va parler ici d’un événement terrible.

Ca y est, tu es parti ? Bon.

La mort de Robin.

Événement éditorial important, bouleversement du statu quo, traumatisme dont les effets inspireront les auteurs jusqu’à aujourd’hui (tout comme The Killing Joke d’ailleurs), A Death in the Family constitue un incontournable. Et pourtant, je suis pas fan.

À l’époque des faits, Dick Grayson, le jeune prodige, le premier Robin, constituant le dynamique duo avec Batman, a quitté Gotham pour intégrer l’université et l’équipe de super-héros des Titans, sous l’identité de Nightwing. Batman, esseulé, l’a remplacé par un jeune qui avait besoin d’une image paternelle, Jason Todd, orphelin qui vit de petits larcins (il a essayé de faucher les pneus de la Batmobile, ce qui lui a fait rencontrer l’encapé). Mais Jason contient un trop-plein d’agressivité qu’il ne parvient pas à contrôler, et après un entrainement trop court que pour lui enseigner la discipline, le voilà parti sillonner les rues en tant que Robin. Batman éprouve beaucoup de difficulté à le contrôler, et finit par l’écarter temporairement. Dans le même temps, Jason, désœuvré, tombe sur une ancienne voisine qui lui donne une caisse d’affaires appartenant à ses parents, où il découvre sur son acte de naissance que la femme qui l’a élevé n’était pas sa mère biologique. Il décide donc de partir à la rencontre de la femme qui lui a donné naissance, et après quelques recherches, il isole trois candidates, toutes trois vivant actuellement au Moyen-Orient. Il s’envole donc pour là-bas sans en avertir Bruce. Ce qu’il ne sait pas, c’est que celui-ci est parti aux trousses du Joker, justement parti pour le Moyen-Orient avec un appareil nucléaire…

L’essentiel du récit se passe donc là-bas, à la quête des trois femmes. Première chose qui m’a déçu, le grand simplisme des intrigues (hormis l’idée de base qui reste correcte). Ca frise parfois le ridicule. Ensuite, les dessins. J’ai jamais été fan de Jim Aparo, et ça ne s’arrange pas. Je trouve son trait grossier et désagréable, notamment lorsqu’il dessine le Joker ou Robin. Et puis, l’ensemble baigne dans un projet éditorial vaguement didactique de sensibilisation aux problèmes des régions où se situe l’action, mais avec un manque de profondeur flagrant. Et puis je sais pas, mais quand je vois que l’Iran mandate le Joker pour commettre des meurtres de masse, j’ai la désagréable impression qu’on verse dans la propagande.

Mais surtout, je n’aime pas ce qu’est cette histoire en elle-même. Une idée géniale pour booster les ventes. On va proposer de tuer Robin, donner deux numéros de téléphone aux gens pour qu’ils puissent voter pour sa mort ou sa survie. Déjà ça, c’est répugnant, puisqu’on parle d’un personnage dans lequel les enfants s’identifient naturellement. Pire encore, lorsque le vote se clôt… et que Robin doit mourir. J’aimerais que vous preniez une seconde pour réaliser de quoi l’on parle : même si ça a été relativement serré, une majorité de personnes a baissé le pouce pour voir un enfant se faire exécuter par un maniaque compulsif avec une rare violence dans une histoire qui brasse un public comprenant des personnes de toutes sensibilités. Qu’est-ce que cela révèle sur l’humanité ? Je pousserai pas la réflexion plus loin car on s’éloignerait du sujet, mais avouez que l’on se croirait revenu au temps des gladiateurs, où la foule scandait le sort réservé au combattant pour influencer le choix de l’empereur, où une foule anonyme assouvissait ses fantasmes en assassinant des innocents juste pour le fun. Je n’aime pas ce que les éditeurs de DC ont fait à l’époque, et j’aime encore moins la façon dont cela a réveillé une facette méprisable d’une certaine partie des lecteurs. Dans le prologue, il est expliqué comment certains enfants ont été traumatisés par le décès de leur idole, de l’enfant qui symbolise un début de vie difficile MAIS la rédemption, parce qu’il a un bon fond.

Alors oui, A Death in the Family constitue un tournant, il est très intéressant de lire cette histoire, de comprendre l’événement éditorial qu’il a constitué, c’est un véritable objet d’étude, mais ce n’est pas pour autant que j’aime ou approuve ce que c’est. Ce n'est pas un comics exceptionnel, ni sur le fond, ni sur la forme, et c'est un projet que je trouve fortement douteux.

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